Un métier se prouve-t-il par un diplôme, par une formation ou par des années de pratique ? Un décret examiné à Lomé touche à cette question. La certification professionnelle au Togo pourrait bientôt avoir son agence.
Le Togo veut une agence pour garantir la fiabilité, la transparence et la reconnaissance de la certification professionnelle au Togo. Le Conseil des ministres a examiné en première lecture, jeudi 22 octobre 2026, le projet de décret de création de l’Agence togolaise de certification professionnelle. Il avait adopté le 6 octobre le décret qui fixe un cadre national. Ce cadre classe les certifications sur neuf niveaux.
Le premier temps date du 6 octobre. Le gouvernement a adopté le décret qui fixe le Cadre national des certifications du Togo, le CNC-Togo. Ce cadre classe les certifications sur neuf niveaux de complexité croissante, à partir de descripteurs communs. Il positionne les diplômes, titres et certifications quelle que soit leur voie d’acquisition. Formation initiale, formation continue, apprentissage et validation des acquis de l’expérience sont couverts.
Le second temps est l’agence. Le texte examiné le 22 octobre vise à doter le pays d’un cadre institutionnel qui garantisse la fiabilité, la transparence et la reconnaissance des certifications, dans un contexte d’évolution des métiers et des besoins en compétences.
Le point de départ explique cette séquence. Une étude cartographique de 2020, menée pour le cadre continental africain des certifications, constatait que le Togo n’avait pas de cadre national. Au moins quatre institutions publiques traitaient alors des certifications professionnelles.
Les niveaux reposaient sur la durée des formations plutôt que sur les compétences acquises, et les registres des sous-secteurs n’étaient pas connectés. L’étude citait aussi une difficulté centrale. Il fallait désigner un organisme que tous les acteurs acceptent comme agence autonome. Le projet du 22 octobre s’attaque à cette question.
Certification professionnelle au Togo : un levier pour adapter les compétences aux exigences du marché
La certification atteste qu’une personne possède les compétences et les connaissances nécessaires pour exercer un métier. Elle s’obtient à l’issue d’une formation ou d’une évaluation des compétences acquises. L’expérience professionnelle peut aussi être reconnue, dans le cadre des dispositifs en vigueur.
Pour un employeur, elle donne un repère pour apprécier les compétences d’un candidat et l’adapter au poste à pourvoir. Pour un travailleur, elle permet de faire reconnaître ses qualifications, ce qui facilite l’insertion ou l’évolution professionnelle.
L’ouverture à la validation des acquis de l’expérience pèse lourd dans cette équation. Elle s’adresse aux travailleurs formés sur le terrain, dont le savoir-faire ne figure sur aucun diplôme. La confiance conditionne tout. Un recruteur ne se fie à une certification que si l’organisme qui la garantit est reconnu.
L’exemple de la France et le Kenya
La France a réformé sa certification par la loi du 5 septembre 2018. Elle s’appuie sur un cadre national à huit niveaux et sur un répertoire des certifications tenu par France compétences. Le Togo en retient neuf.
La Cour des comptes relevait en 2023 que France compétences avait rejeté, depuis 2019, les demandes d’enregistrement dont l’utilité était insuffisante. Elle recommandait d’appliquer des critères aussi stricts aux certifications des ministères. La leçon vaut pour Lomé. Une agence crédible doit pouvoir dire non, y compris aux certifications de l’État.
Le modèle français a aussi un coût. France compétences cumule la régulation des certifications et le financement de l’alternance et de la formation professionnelle. Des déficits sont apparus dans ses comptes dès 2020, relève la Cour des comptes dans son rapport de 2023. Le compte rendu togolais ne confie aucune mission de financement à la future agence.
Le Kenya a créé en 2015 sa KNQA, sur la base d’une loi de 2014. Cette autorité gère le cadre national des qualifications et accrédite les institutions qui délivrent des diplômes. Elle doit aussi mettre en place un système national de vérification des certificats.
Ces autorités nationales se retrouvent à l’échelle du continent. Le 7e forum du cadre continental africain des qualifications s’est tenu à Nairobi les 28, 29 et 30 juillet 2026. Les autorités nationales y ont présenté leurs rapports de référencement, et une plateforme continentale de vérification des qualifications a été lancée.
Le protocole de 2018 sur la libre circulation des personnes prévoit que les États établissent un cadre continental de qualifications. « Une qualification sans reconnaissance, c’est comme mettre un diplômé en cage », explique Kaviraj Sukon, ministre mauricien de l’Enseignement supérieur, lors d’un forum à Maurice fin septembre 2025.
Pour le Togo, le CNC-Togo et la future agence sont deux briques qui peuvent rendre ses certifications lisibles au-delà des frontières. La certification professionnelle au Togo se jouera sur trois points que le compte rendu ne tranche pas.
L’agence délivrera-t-elle des certifications ou contrôlera-t-elle ceux qui les délivrent ? Aura-t-elle le pouvoir de refuser une certification de l’État ? Et qui financera ses contrôles ? Leurs réponses diront si l’agence s’ajoute aux institutions déjà en place ou si elle devient le point de référence des certifications togolaises, au Togo comme à l’étranger.