Abdou Diop dirige Forvis Mazars au Maroc depuis janvier 2017. Il est aussi, depuis décembre 2024, l’un des rares dirigeants africains à siéger au conseil de gouvernance mondial du groupe. Portrait.
Casablanca, 1992. Abdou Diop alors jeune diplômé de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises pousse pour la première fois la porte de Mazars Masnaoui. Il y entre comme stagiaire.
Trente-deux ans plus tard, c’est au conseil de gouvernance mondiale de Forvis Mazars que le Sénégalais prend place, aux côtés des dirigeants qui pilotent le cabinet à travers le monde. Une seule maison, jamais quittée.
Une enfance entre les continents
Abdou Diop naît à Dakar. Fils d’un ambassadeur sénégalais, son enfance se construit au rythme des affectations de son père, loin du Sénégal. L’Inde d’abord, l’Australie ensuite. Puis, un jour, le Maroc. Il a seize ans et ne le sait pas encore, mais ce pays ne le laissera plus partir.
Il y termine sa scolarité, s’inscrit à l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises de Casablanca, et en sort diplômé en 1992. La même année, sans détour par un autre employeur, il rejoint Mazars Masnaoui comme stagiaire.
Le cabinet d’audit marocain est loin de se douter de l’importance que ce jeune homme, venu de si loin pour s’établir ici, représentera pour lui au cours des décennies à venir.
Quatre ans après son arrivée, Abdou Diop prend la responsabilité du bureau de Rabat. Le stagiaire casablancais dirige désormais une équipe. Trois ans plus tard, en 1999, il devient l’un des trois associés dirigeants du cabinet. En 2002, à Budapest, l’assemblée générale des associés de Mazars le coopte associé international.
Pour la première fois, sa fonction dépasse le seul cadre marocain. Quinze ans après son premier jour de stage, en janvier 2017, il prend la direction générale de Forvis Mazars Maroc. Il succède à Kamal Mokdad. La même année, il entre au board Afrique et Moyen-Orient du groupe.
Abdou Diop, l’art de conseiller des États et des groupes africains

Depuis plus de vingt-cinq ans, Abdou Diop conseille des entreprises d’intérêt public, des bailleurs de fonds internationaux et des gouvernements. Burkina Faso, Comores, Mauritanie, Burundi, Sénégal, Madagascar, autant de capitales où son expertise en stratégie et en réformes sectorielles a été sollicitée.
Ce travail le tient souvent loin de Casablanca, entre les pays qui le consultent et les instances mondiales où il représente désormais le réseau. Il accompagne aussi de grands groupes marocains dans leur expansion continentale, parmi lesquels Attijariwafa Bank, la Banque Centrale Populaire, l’assureur RMA ou Maroc Telecom.
Pour grandir ailleurs sur le continent, ces groupes ont eu besoin d’un regard capable de parler à la fois le langage marocain et celui des marchés visés. En septembre 2020, sous la présidence de Chakib Alj, la Confédération générale des entreprises du Maroc le place à la tête de sa Commission Afrique et Sud-Sud. Abdou Diop y coordonne les groupes d’impulsion économique entre le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
En décembre 2024, Mazars et Forvis fusionnent et donnent naissance à Forvis Mazars, un réseau désormais classé parmi les dix premiers cabinets mondiaux du secteur. Abdou Diop rejoint le conseil de gouvernance du nouveau groupe, une place que peu de dirigeants originaires d’Afrique occupent dans ce secteur.
À Kigali le 14 mai 2026, Abdou Diop monte sur la scène de l’Africa CEO Forum. Il décrit les verrous qui empêchent encore les entreprises africaines de devenir des champions multinationaux, et le profil de dirigeants qui émerge chez les lauréats des Africa CEO Awards, partenariat auquel son cabinet est associé.
Ce jour-là, il ne parle pas en observateur venu commenter le continent depuis l’extérieur. Il parle depuis l’intérieur de ce qu’il raconte, avec les trois décennies de terrain qui lui permettent de le dire sans emprunter les mots d’un autre.
Resté fidèle à une seule maison depuis 1992, Abdou Diop porte aujourd’hui, depuis l’intérieur de cette maison, une voix qui dépasse largement les frontières marocaines.
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