Elles ont fondé des fonds d’investissement, lancé des plateformes fintech, créé des outils d’épargne pour des millions d’utilisateurs et réinventé l’accès au capital sur un continent qui leur oppose encore des barrières systémiques. Les femmes entrepreneures africaines les plus influentes dans la finance reconfigurent l’écosystème.
Le chiffre est brutal. Selon les données compilées par Aruwa Capital, en 2019, seulement dix fonds dirigés par des femmes en Afrique avaient atteint leur clôture finale depuis 2008. En 2026, ce nombre est passé à 45, soit une croissance de 15 % d’une année sur l’autre.
Selon la Banque africaine de développement (BAD), le déficit de financement pour les femmes entrepreneures en Afrique est estimé à 42 milliards de dollars. Dans la tech, moins de 3 % des financements en capital-risque vont à des startups fondées uniquement par des femmes, selon le rapport Partech Africa. Ces femmes de notre classement travaillent précisément à réduire cet écart par leurs propres structures, leurs propres capitaux et leurs propres décisions d’investissement.
Ce classement des femmes entrepreneures africaines les plus influentes dans la finance repose sur quatre critères. La nature entrepreneuriale (01) : seules les femmes qui ont fondé ou cofondé leur propre structure financière sont retenues. L’impact quantifiable (02) : montants levés, actifs sous gestion, nombre d’utilisateurs, nombre d’entreprises financées. La reconnaissance internationale (03) : palmarès et distinctions sectorielles africaines.
Le quatrième est l’actualité 2025-2026 : leur activité récente est documentée par des sources vérifiables. Les sources mobilisées incluent le World Economic Forum, Forbes Africa, TIME Magazine, Avance Media (100 African Female Finance Leaders 2025), les rapports annuels des structures concernées et la presse économique africaine spécialisée.
Classement des 8 femmes entrepreneures africaines les plus influentes en 2026

- 1. Fatoumata Bâ : Fondatrice et Managing Partner de Janngo Capital (Sénégal)
Fatoumata Bâ est aujourd’hui la femme entrepreneur africaine la plus visible dans le capital-risque continental. Son parcours commence à Dakar, où elle naît en 1986 dans une famille de classe moyenne. Après son baccalauréat au Togo, elle part en France en 2004 pour étudier à la Toulouse Business School. Elle débute sa carrière chez France Télécom, puis chez Atos à Paris.
En 2013, elle fonde la filiale Jumia en Côte d’Ivoire, puis prend la direction de Jumia Nigeria, qui devient la première licorne africaine cotée au NYSE. Elle rejoint ensuite le comité exécutif du groupe et supervise les performances de plus de 130 opérations dans plus de 30 pays, pour plus de 3 000 emplois directs et des opportunités pour plus de 500 000 PME africaines.
En 2018, elle fonde Janngo Capital à Abidjan. En octobre 2024, elle boucle le plus grand fonds de capital-risque tech paritaire d’Afrique à 78 millions de dollars, sursouscrit de 20 %, avec 56 % des startups du portefeuille dirigées ou codirigées par des femmes. Depuis sa création, le fonds a réalisé plus de 30 investissements dans 14 pays.
Janngo Capital est classée parmi les TIME100 Most Influential Companies 2025 et remporte le TIME100 Impact Award dans la catégorie égalité, seule firme africaine et seule firme de capital-risque au monde à recevoir cette distinction. Fatoumata Bâ est également présidente du conseil d’administration d’Auchan Afrique et Jeune Leader Mondiale du Forum Économique Mondial.

- 2. Adesuwa Okunbo Rhodes : Fondatrice et Managing Partner de Aruwa Capital Management (Nigéria)
Adesuwa Okunbo Rhodes est née le 16 février 1990 à Lagos. Elle quitte le Nigéria à 11 ans pour l’Angleterre, obtient un BSc en Économie à l’Université de Bristol, puis intègre JPMorgan à Londres dans les équipes Leveraged Finance et Fusions-Acquisitions. Elle a participé à des transactions cumulées de plus de 6 milliards de dollars sur les marchés émergents, dont le Nigéria.
Elle quitte Wall Street par conviction. En 2014, elle fonde Syntaxis Capital Africa, un fonds de capital de croissance pour les PME en Afrique subsaharienne, où elle supervise des transactions qui dépassent 200 millions de dollars. En 2019, à 29 ans, Adesuwa Okunbo Rhodes lance Aruwa Capital Management, l’un des rares fonds de private equity africains détenus et dirigés par une femme.
Le portail investisseurs d’Aruwa Capital indique 59,7 millions de dollars levés sur un objectif de 65 millions pour le Fund II au 19 avril 2026. Le fund II cible une clôture finale à 50 millions de dollars, avec un hard cap de 60 millions, après une première clôture à 35 millions de dollars en avril 2025.
La moitié des entreprises du portefeuille sont dirigées par des femmes ou comptent des femmes à des postes de direction. En 2026, elle est nommée Young Global Leader du Forum Économique Mondial. Elle a remporté le prix Woman Fund Manager of the Year aux 2X Global Awards en 2023.

- 3. Maya Horgan Famodu : Fondatrice et Managing Partner d’Ingressive Capital (Nigéria-États-Unis)
Maya Horgan Famodu a lancé son premier fonds à 23 ans. Elle est la plus jeune femme noire à avoir levé un fonds tech, et la première femme à avoir levé seule un fonds tech au Nigéria. Fille d’un père nigérian et d’une mère américaine, elle grandit au Minnesota, étudie au Pomona College et complète le programme de droit de Cornell avant de rejoindre JPMorgan Chase.
En 2014, elle fonde Ingressive, une société de conseil pour les entreprises internationales qui souhaitent s’implanter en Afrique subsaharienne. En 2017, elle lance Ingressive Capital, un fonds de capital-risque focalisé sur les startups tech en phase précoce.
Le Fund I atteint 10 millions de dollars et le Fund II 50 millions de dollars. Parmi les startups financées figurent Paystack, rachetée par Stripe pour plus de 200 millions de dollars, Carry1st, Mono, Bamboo et OZÉ. Environ 40 % des entreprises du portefeuille ont des cofondatrices. Ingressive Advisory a accompagné plus de 50 entreprises et fonds internationaux dans leur entrée en Afrique, dont Y Combinator, USAID et GitHub.
Maya Horgan Famodu est également cofondatrice d’Ingressive for Good. Le programme a formé des centaines de milliers de jeunes Africains aux compétences techniques. Deux fois Forbes 30 Under 30, désignée Personne la plus influente d’ascendance africaine par les Nations Unies, elle est en 2026 Young Global Leader du WEF. Son nom dans ce classement des femmes entrepreneures africaines les plus influentes est donc logique.

- 4. Odunayo Eweniyi : Cofondatrice et COO de PiggyVest, cofondatrice de FirstCheck Africa (Nigéria)
Odunayo Eweniyi a transformé l’épargne en outil de masse pour des millions de Nigérians. Elle obtient un diplôme d’ingénieure informatique avec mention très bien à l’Université Covenant en 2013. La même année, elle fonde PushCV avec Somto Ifezue et Joshua Chibueze. En 2016, le trio lance PiggyBank.ng, rebaptisé PiggyVest.
En 2025, PiggyVest dépasse les 6 millions d’utilisateurs et enregistre 1,3 trillion de nairas de paiements sur l’année. Une hausse de 56 % par rapport aux 835 milliards de nairas de 2024. En 2026, pour son 10e anniversaire, la plateforme franchit le cap de 3 trillions de nairas de paiements cumulés depuis sa création en 2016. La plateforme a été classée parmi les 250 meilleures fintechs mondiales par CNBC en 2024 et 2025.
En 2021, avec Eloho Omame, elle fonde FirstCheck Africa, un fonds d’investissement dédié aux startups dirigées par des femmes en Afrique. Le fonds investit jusqu’à 25 000 dollars dans des fondatrices en phase précoce. Les entreprises financées incluent Foondamate, Healthtracka, Tushop, Zoie Health et MoneyHash.
En mars 2026, Odunayo Eweniyi représente PiggyVest à une réception à St. James’s Palace à Londres lors de la visite d’État du président nigérian au Royaume-Uni. Forbes Africa 30 Under 30, TIME100 Next, Bloomberg New Economy Catalyst.

- 5. Anne-Marie Chidzero : Investment Leadership, Alitheia IDF (Zimbabwe-Kenya)
Anne-Marie Chidzero est une pionnière discrète mais fondamentale du financement des entreprises dirigées par des femmes en Afrique. Avec plus de deux décennies d’expérience dans la microfinance et l’investissement sur le continent, elle occupe un poste de direction dans l’investissement chez Alitheia IDF, un fonds spécialisé dans les investissements à résultats de genre explicites.
Alitheia IDF compte 73 % de ses entreprises en portefeuille détenues par des femmes, et 54 % avec des femmes à leurs conseils d’administration. Elle est membre de la Yale World Fellow et de l’Aspen Institute Finance Leaders Fellowship. Son parcours couvre la microfinance au Zimbabwe et au Kenya, deux des marchés les plus dynamiques du continent en matière d’inclusion financière. Elle figure dans le classement Avance Media des 100 African Female Finance Leaders 2025.

- 6. Hilda Moraa : Fondatrice de Pezesha (Kenya)
Hilda Moraa vient en 6e position de notre classement des femmes entrepreneures africaines les plus influentes. Hilda Moraa est l’une des entrepreneures kényanes les plus influentes dans la fintech de l’inclusion financière. Elle a fondé Weza Tele, l’une des premières startups africaines à être rachetée avec succès en 2015, une sortie qui fait d’elle une pionnière de l’exit dans l’écosystème tech africain. Elle réinvestit cette expérience dans Pezesha, une plateforme de prêt entre pairs pour combler le déficit de financement des PME africaines.
Pezesha utilise des données alternatives pour scorer les emprunteurs non bancarisés, un modèle qui permet d’atteindre des commerçants et des PME que les banques traditionnelles ne peuvent pas servir. Hilda Moraa est l’une des rares entrepreneures africaines à avoir bouclé un cycle complet : création, scaling, exit réussi, puis relancement avec une ambition plus large.

- 7. Yanmo Omorogbe : Cofondatrice de Bamboo (Nigéria)
Yanmo Omorogbe est à la tête de l’une des plateformes d’investissement retail les plus utilisées par les Nigérians et les Africains en diaspora. Elle a fondé Bamboo, une application qui permet aux utilisateurs africains d’accéder aux marchés boursiers locaux et internationaux, notamment les actions américaines.
La plateforme a levé plusieurs millions de dollars et compte des dizaines de milliers d’utilisateurs actifs. Bamboo fait partie du portefeuille d’Ingressive Capital. Dans un Nigeria où la dévaluation du naira a rendu l’investissement en devises fortes encore plus stratégique pour les classes moyennes, Bamboo répond à un besoin réel et urgent. Yanmo Omorogbe est l’une des figures montantes les plus citées dans la fintech nigériane de 2025.

- 8. Nkem Okocha : Fondatrice de Mamamoni (Nigéria)
Nkem Okocha travaille là où les autres ne regardent pas. Elle est la fondatrice de Mamamoni, une plateforme spécialisée dans les micro-prêts pour les femmes des communautés mal desservies au Nigéria. Là où les banques exigent des garanties et des historiques de crédit, Mamamoni construit des modèles alternatifs d’évaluation du risque, ancrés dans les réseaux communautaires.
Son modèle cible les femmes des zones rurales et péri-urbaines, celles qui forment l’essentiel de l’économie informelle nigériane mais n’ont aucun accès au crédit formel. Mamamoni transforme ces femmes en emprunteuses, puis en entrepreneuses structurées. Nkem Okocha est citée parmi les figures montantes de la fintech nigériane par Accomplish Magazine en 2025.
Un regard sur l’Afrique financière en 2026
Ces femmes entrepreneures n’ont pas attendu que le système change pour elles. Elles ont construit leurs propres structures. Elles gèrent leur propre capital. Elles décident elles-mêmes où l’argent va.
Les fonds de private equity et de capital-risque avec des équipes d’investissement à parité génèrent entre 10 et 20 % de rendements supplémentaires par rapport à ceux dominés par un seul genre, selon plusieurs études sectorielles. Ce n’est plus un argument idéologique. C’est un argument financier.
La tendance de fond, c’est la montée d’un écosystème féminin de financement africain : des fonds, des plateformes et des réseaux construits par des femmes, pour des femmes et pour l’ensemble du continent. Ce mouvement ne se limite plus à quelques capitales. Il s’étend de Lagos à Abidjan, de Nairobi à Douala. Et il produit des exits, des retours sur investissement et des millions d’utilisateurs.
