97 milliards de dollars en 2024. Puis une chute de 38 % en 2025. Les investissements étrangers en Afrique ressemblent à une course à obstacles. Mais, sous les chiffres globaux se cachent des réalités très différentes selon les pays. Certains progressent. D’autres reculent. Et les gagnants ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Classement du Top 10.
Le record de 2024 était un trompe-l’œil. Les investissements directs étrangers en Afrique (IDE) ont bondi de 75 % cette année-là pour atteindre 97 milliards de dollars, soit 6 % des flux mondiaux. Mais, hors un accord exceptionnel de financement en Égypte, les flux n’ont progressé que de 12 %, à environ 62 milliards. Un seul projet a gonflé le bilan du continent entier.
Puis en 2025, la réalité s’est imposée : les IDE à destination de l’Afrique ont chuté de 38 % pour s’établir à 59 milliards de dollars selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED). C’est dans ce contexte que les investisseurs étrangers recomposent leur carte du continent en 2026. Les arbitrages qu’ils font révèlent quelque chose d’important sur l’état réel des économies africaines.
Classement des investissements étrangers en Afrique en 2026 : la surprise du Top 10, deux petites îles devant tout le monde

Chaque année, Rand Merchant Bank (RMB), l’une des principales banques d’investissement d’Afrique du Sud, publie son rapport “Where to Invest in Africa”. C’est la référence du secteur. L’édition 2025/26 analyse 31 économies africaines qui représentent 90 % du PIB (Produit Intérieur Brut) du continent, à partir de 20 indicateurs distincts.
Le résultat étonne à chaque lecture. Voici le classement complet des dix premières destinations des investissements étrangers en Afrique pour 2025/2026, selon RMB :
- Seychelles : première place grâce à ses niveaux élevés de liberté personnelle, de développement humain et à un environnement économique stable.
- Maurice : deuxième pour son orientation vers l’innovation, la liberté économique et un revenu par habitant parmi les plus élevés d’Afrique. Son cadre réglementaire solide et transparent renforce son attractivité.
- Égypte : troisième grâce à son vaste marché domestique de 105 millions d’habitants et ses réformes structurelles en cours, malgré une dépendance encore forte aux grands projets d’investissement ponctuels.
- Afrique du Sud : quatrième, portée par les marchés financiers les plus sophistiqués du continent et une base industrielle solide.
- Maroc : cinquième, tiré par une montée en gamme industrielle continue dans l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables.
- Ghana : sixième, première destination des investissements étrangers en Afrique de l’Ouest, avec un rebond spectaculaire de ses IDE au premier semestre 2025.
- Algérie : septième, portée par ses ressources en hydrocarbures et une diversification économique progressive.
- Côte d’Ivoire : huitième, avec la plus forte progression du continent : +8 places en un an, portée par sa croissance économique et sa diversification sectorielle.
- Tanzanie : neuvième, appréciée pour sa stabilité politique et ses ressources naturelles variées.
- Kenya : dixième, hub technologique de l’Afrique de l’Est et première place financière de la région.
Cette hiérarchie reflète l’importance croissante de la qualité institutionnelle et de la prévisibilité plutôt que de la seule taille du marché. Deux archipels de l’océan Indien devant les géants économiques du continent. Le message est limpide.
L’Égypte : le géant sous surveillance
Troisième du classement RMB, l’Égypte reste la destination qui attire le plus de capitaux en volume. Mais sa trajectoire mérite d’être lue avec recul. En 2024, elle a capté 46,57 milliards de dollars des investissements étrangers en Afrique. Ce montant a été obtenu grâce au méga-projet de Ras El-Hekma, une ville côtière intelligente portée par ADQ (Abu Dhabi Developmental Holding Company), le fonds souverain d’Abu Dhabi, destinée à devenir une destination touristique, un centre financier et une zone franche.
Ce chiffre représentait à lui seul près de la moitié des IDE totaux du continent. Sans ce projet unique, l’attractivité égyptienne est celle d’une économie en réforme, solide mais encore fragile. Les investisseurs le savent. Ils continuent de regarder l’Égypte, mais ils regardent désormais aussi ailleurs.
Le Maroc monte, la Côte d’Ivoire fait le bond de l’année

Les investissements étrangers au Maroc ont progressé de 55 % en 2024 pour atteindre 1,63 milliard de dollars. Le Royaume consolide une attractivité construite sur des décennies : industrie automobile, aéronautique, énergies renouvelables, et un positionnement de hub logistique entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe.
L’énorme révélation du dernier classement RMB, c’est la Côte d’Ivoire. Elle affiche la plus forte progression du continent avec une hausse de 8 places, pour atteindre le 8e rang, portée par sa croissance économique et sa diversification sectorielle.
Abidjan incarne une Afrique de l’Ouest qui rattrape son retard. Les investissements étrangers en Côte d’Ivoire ont atteint 3,80 milliards de dollars en 2024. L’industrie, les services, l’agroalimentaire et l’énergie y progressent ensemble.
Le Nigeria, grand paradoxe du continent
180 millions d’habitants. Première économie d’Afrique de l’Ouest. Et pourtant. Le Nigeria a accusé la plus sévère régression du classement RMB des investissements étrangers en Afrique. Le pays a perdu 9 places pour tomber à la 18e position, pénalisé par l’inflation et les turbulences liées à ses réformes.
Ce recul ne signifie pas que le pays est mort pour les investisseurs étrangers. Il signifie que les réformes radicales du président Bola Tinubu, notamment la suppression des subventions pétrolières, la dévaluation du naira, ou encore la libéralisation du marché des changes, ont créé une période d’incertitude que les marchés n’aiment pas.
Le Nigeria affiche néanmoins une croissance du PIB de 4,23 % au deuxième trimestre 2025, son plus haut niveau en quatre ans. Le potentiel est intact. La confiance doit se reconstruire.
Investissements étrangers en Afrique : ce que les chiffres disent vraiment

En 2024, derrière l’Égypte, voici ce que les données de la CNUCED révèlent sur les flux des investissements étrangers en Afrique reçus par pays :
- Égypte — 46,57 milliards de dollars
- Éthiopie — 3,98 milliards de dollars
- Côte d’Ivoire — 3,80 milliards de dollars
- Mozambique — 3,55 milliards de dollars
- Ouganda — 3,30 milliards de dollars
- RDC — 3,11 milliards de dollars
- Afrique du Sud — 2,46 milliards de dollars
- Namibie — 2,06 milliards de dollars
- Sénégal — 2,01 milliards de dollars
- Guinée — 1,82 milliard de dollars
Ces investissements étrangers en Afrique sont dominés par des projets miniers en Guinée et en RDC, des hydrocarbures en Ouganda, au Mozambique et au Sénégal, des énergies renouvelables en Namibie et en Éthiopie, et de l’industrie en Éthiopie et en Afrique du Sud. Chaque pays a une histoire à raconter aux investisseurs. C’est ce récit-là que les capitaux cherchent en 2026.
Les perspectives à moyen terme demeurent prometteuses pour les pays qui sauront adapter leurs politiques d’accueil de l’investissement, notamment autour du numérique et de la transition énergétique.
Les investissements étrangers en Afrique en 2026 ne récompensent pas la taille. Il récompense la prévisibilité. Un cadre réglementaire stable vaut plus qu’un sous-sol bien garni. Une monnaie gérée correctement pèse plus qu’un vaste marché intérieur instable.
Les Seychelles et Maurice l’ont compris depuis longtemps. Le Maroc et la Côte d’Ivoire en font la démonstration. Et les géants comme le Nigeria ou l’Éthiopie ont encore la capacité de le prouver, à condition de tenir leurs réformes sur la durée.
