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AskMandla sort 1,6 million de travailleurs domestiques de l’économie invisible

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En Afrique du Sud, environ 80 % des relations de travail domestique se déroulent sans contrat écrit, sans bulletin de paie et sans couverture sociale. AskMandla, une start-up sud-africaine, propose de corriger cette anomalie via WhatsApp, en rendant la conformité légale aussi simple qu’un échange de messages. Pour les travailleurs de maison, le bénéfice est immédiat : l’accès pour la première fois à une existence dans le système financier formel.

L’Afrique du Sud compte environ 1,6 million de travailleurs domestiques. Parmi eux, la grande majorité n’a accès à aucun système qui favorise l’inclusion financière. Pas de contrat formalisé, pas de fiche de salaire, pas d’inscription au Fonds d’assurance chômage (UIF). C’est pour combler ce vide qu’AskMandla a été lancée le 1er mai 2025, Journée internationale des travailleurs.

La plateforme fonctionne entièrement via WhatsApp. Elle automatise les contrats conformes au BCEA (Basic Conditions of Employment Act), l’inscription à l’UIF, le suivi des congés et la paie mensuelle. Le tout géré par échange de messages, sans application supplémentaire à télécharger. L’employeur reçoit chaque mois une facture unique couvrant le salaire, les cotisations UIF et les frais du service. L’employé reçoit sa fiche de paie directement sur WhatsApp.

Au-delà de la conformité, AskMandla propose un accès au salaire anticipé (Earned Wage Access) : un travailleur peut percevoir une partie de sa rémunération en milieu de mois et recevoir l’argent sur son compte en moins de 24 heures. Selon Ean Barnard, responsable de la croissance chez AskMandla, les frais sont fixes, connus à l’avance et sans coûts cachés. Une façon de se démarquer des produits de crédit prédateurs qui ont longtemps ciblé les ménages à faibles revenus.

La start-up, issue de Shesha-LawZA, une plateforme de droit du travail domestique fondée par la juriste Janine Kane-Berman, a été entièrement repensée en 2025 pour privilégier l’interface conversationnelle de WhatsApp. En un an, elle a traité plus de 5 millions de rands (environ 300 000 dollars) de salaires et émis près de 1 000 bulletins de paie, avec un taux de désabonnement mensuel inférieur à 2 %.

La Start-up et le contexte d’un secteur à la dérive

Le secteur de l’emploi domestique en Afrique du Sud cumule les fragilités structurelles. Les enquêtes et analyses pointent régulièrement le sous-paiement, la surcharge de responsabilités et les abus physiques et psychologiques de la part des employeurs. Bien que des protections légales existent dans le cadre du Basic Conditions of Employment Act, la Sectoral Determination 7, leur application reste incohérente, laissant de nombreux travailleurs domestiques exposés à l’exploitation.

Une enquête conduite en juin et juillet 2025 auprès de travailleurs domestiques révèle que 72 % d’entre eux déclarent ne pas gagner suffisamment pour épargner, 13 % seulement disposent d’une forme d’épargne ou de retraite, et 1 % bénéficie d’une assurance maladie. La majorité des répondants étaient des femmes entre 26 et 41 ans.

Du côté des outils numériques, le marché était jusqu’ici mal équipé pour ce secteur. Des solutions comme Sage ou SimplePay ont été conçues pour les entreprises formelles. Les prestataires de salaire anticipé tels que Paymenow ou Floatpays ne peuvent pas intervenir dans un secteur majoritairement informel. La digitalisation du travail domestique offre pourtant des perspectives réelles de transformation sociale par la technologie, comme l’ont démontré plusieurs expériences réussies dans les pays en développement.

AskMandla se positionne précisément à cet endroit : entre le droit du travail existant et les outils fintech déjà performants, pour relier les deux via la plateforme déjà utilisée au quotidien par les travailleurs comme par les employeurs.

AskMandla comme levier d’inclusion financière

Le vrai enjeu n’est pas seulement administratif. Chaque bulletin de paie émis par AskMandla est, pour une partie de ces travailleurs, le premier document officiel accepté par une banque comme justificatif de revenus. C’est le seuil d’entrée dans le système financier formel : la possibilité d’ouvrir un compte, d’accéder à un crédit, de souscrire à une assurance.

L’Afrique du Sud obtient un score de 94,6 sur 100 dans l’African Women’s Inclusion Index 2025, grâce notamment à son système financier développé. Mais ce score global masque une réalité à deux vitesses : des millions de travailleurs domestiques, majoritairement des femmes noires, restent invisibles pour ce même système, faute de preuves de revenus formalisées.

En Afrique subsaharienne, 52 % des femmes possédaient un compte financier en 2024, contre 64 % des hommes. Un écart de 12 points, le deuxième plus élevé au monde. La formalisation du travail domestique peut directement corriger une partie de ce déséquilibre.

La stratégie d’AskMandla repose sur une logique d’infrastructure : l’abonnement mensuel sert d’outil d’acquisition et de conformité, tandis que les services financiers, (accès au salaire anticipé aujourd’hui, épargne, assurance et couverture santé demain), constituent le cœur du modèle économique. Chaque relation employeur-employé formalisée crée un dossier d’emploi, chaque dossier d’emploi rend un travailleur visible, et cette visibilité ouvre la voie à des produits financiers à plus grande échelle.

La start-up opère uniquement en Afrique du Sud pour l’instant, avec une concentration dans les banlieues de Johannesburg, Cape Town et Durban. Une expansion à l’étranger nécessiterait de reconstruire entièrement le cadre juridique intégré dans les agents IA de la plateforme pour chaque nouveau code du travail national.

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