En 2025, Africa Re a bouclé son cinquantième anniversaire avec 1,34 milliard de dollars de primes et un bénéfice net en hausse de 50 %. À la tête du premier réassureur panafricain depuis 2011, Corneille Karekezi a transformé en quatorze ans une institution continentale en acteur classé dans le top 40 mondial de la réassurance. Portrait.
Lorsque Corneille Karekezi s’est rendu à Kigali pour l’Africa CEO Forum en mai 2024, c’était pour lui comme un retour à la maison. La révolution sociale rwandaise de 1959 a poussé ses parents à fuir le pays. Il naît en exil, grandit entre le Burundi et le Rwanda, et entre dans l’assurance à Bujumbura en 1991, à 24 ans, comme chef comptable. Rien dans ce départ ne laissait prévoir qu’il dirigerait un jour le principal réassureur du continent africain depuis Lagos.
Sa carrière commence en 1991 chez SOCABU au Burundi, où il est chef comptable et responsable réassurance avant de prendre la tête du département financier. En 1995, il rejoint SONARWA au Rwanda comme directeur adjoint commercial et technique. À partir de 1996, il prend successivement la direction de tous les départements techniques (automobile, incendie, accidents, vie) puis devient directeur général adjoint en 2001. Il est nommé directeur général de SONARWA en janvier 2008.
Ce passage dans l’assurance directe n’est pas un détail biographique. C’est le socle sur lequel tout le reste repose. En dix-sept ans répartis entre le Burundi et le Rwanda, Corneille Karekezi a traversé tous les métiers du secteur : comptabilité, réassurance, technique, marketing, opérations vie et non-vie, puis direction générale. Quand il rejoint Africa Re en 2009, il connaît l’assurance africaine de l’intérieur, marché après marché.
Il entre à Africa Re en 2009 comme directeur général adjoint, avant de prendre la direction générale du groupe en juillet 2011. Fait peu connu : entre 2003 et 2005, alors qu’il était encore en poste à Kigali, il siégeait déjà au conseil d’administration d’Africa Re.
Corneille Karekezi, une formation menée en parallèle de la carrière

Corneille Karekezi est diplômé en économie de l’Université du Burundi. Il y ajoute un master en management et économie, puis deux diplômes postgraduats en administration des affaires à l’Edinburgh Business School de l’Université Heriot-Watt et à l’Université de Liverpool au Royaume-Uni. Il obtient ensuite un Doctorat en Business Administration en planification stratégique à la PSB Paris School of Business entre 2015 et 2020, soit en pleine direction générale d’Africa Re, avec plusieurs milliards de dollars à gérer en parallèle.
En 2023, Africa Re passe pour la première fois le cap du milliard de dollars de chiffre d’affaires. Deux ans plus tard, le groupe referme son cinquantième exercice sur des résultats nets.
En 2025, Africa Re affiche des primes brutes émises de 1,34 milliard de dollars, en hausse de 10,18 % sur un an. Le bénéfice net après impôts progresse de 50,62 % pour atteindre 199 millions de dollars. Les capitaux propres atteignent 1,37 milliard de dollars, en hausse de 18,99 %.
Africa Re se classe 38e dans le classement 2024 de S&P Global des 40 premiers groupes de réassurance mondiaux et souscrit environ un cinquième de l’ensemble des primes de réassurance cédées sur le continent africain. Le groupe est noté A par AM Best depuis 2016 et A par Standard & Poor’s, deux notations avec perspective stable qui ouvrent les portes des plus grands programmes de réassurance mondiale. Corneille Karekezi a lié cette performance à la stratégie de diversification du groupe et à la récente remontée de la note S&P à un plein « A ».
Corneille Karekezi est également président d’Africa Re Afrique du Sud, président d’Africa Retakaful Company en Égypte, membre du conseil exécutif de l’International Insurance Society et membre du comité exécutif de l’African Insurance Organization.
Africa Re a été fondée en 1976 par 36 États africains sur recommandation de la Banque africaine de développement avec l’objectif de retenir une plus grande part des primes de réassurance sur le continent, plutôt que de les exporter vers Londres ou Paris. À sa création, il n’existait presque pas de professionnels de l’assurance et quasiment pas d’industrie de réassurance en Afrique.
Cinquante ans plus tard, l’institution figure dans le top 40 mondial, gère plus de 1,37 milliard de dollars de capitaux propres et opère depuis dix bureaux sur le continent plus un bureau au DIFC de Dubaï. Ce résultat n’est pas venu d’un seul mandat. Mais les quatorze années de Corneille Karekezi à la direction générale représentent la période au cours de laquelle l’institution a franchi tous ses paliers financiers significatifs.
