Lancée à Abidjan, la fintech Yelen bouscule les codes du commerce en ligne en Afrique de l’Ouest. En moins d’un an, la plateforme a séduit 5 000 vendeurs sociaux sur WhatsApp et TikTok, le tout sans dépenser un seul franc en publicité. Pour accélérer son déploiement dans l’UEMOA et structurer ce marché informel géant, la startup prépare désormais une levée de fonds de 300 000 dollars.
Yelen développe une plateforme tout-en-un pour les commerçants qui vendent sur WhatsApp, Facebook et TikTok en Afrique de l’Ouest francophone. En moins d’un an, la startup a enregistré 5 000 boutiques actives dans dix pays africains sans un seul franc investi en publicité.
Dans l’espace UEMOA, des dizaines de millions d’entrepreneurs vendent chaque jour depuis leur smartphone. Les commandes arrivent par messages privés sur WhatsApp. Les paiements passent par Mobile Money. La comptabilité, elle, reste dans la tête du commerçant.
Sans données financières structurées, ces entrepreneurs restent exclus du crédit, de l’assurance et de tout mécanisme d’accompagnement formel. La fintech Yelen a été construite pour changer cette réalité.
La fintech ivoirienne estime à 50 millions le nombre de commerçants informels dans l’UEMOA, pour un volume annuel d’activité pouvant atteindre 200 milliards de dollars. C’est ce marché que Yelen s’est donné pour mission de structurer.
Yelen propose une plateforme qui réunit boutique en ligne, paiements numériques, suivi des commandes et gestion des transactions en un seul outil. En trois minutes, un commerçant crée sa vitrine. Il reçoit ses paiements par Mobile Money, carte bancaire ou d’autres méthodes disponibles dans vingt pays africains. Il gère ses clients et ses ventes depuis une seule interface.
La plateforme prend en charge les commandes qui arrivent depuis WhatsApp, Facebook et Instagram. Une intégration directe avec Instagram permet aux vendeurs d’importer leurs publications dans leur boutique en quelques clics.
Pour Ibrahima Sylla, cofondateur et CEO, la fintech Yelen vise à être l’infrastructure e-commerce des vendeurs sociaux africains. Contrairement à des plateformes comme Shopify, Yelen n’exige pas d’entité juridique étrangère et n’impose pas de passer par des solutions de paiement comme Stripe ou PayPal, inaccessibles à la majorité des commerçants africains.
La fintech Yelen, un produit né d’un retour au terrain d’Ibrahima Sylla
Ibrahima Sylla a quitté Google en mai 2024 après avoir occupé un poste de Sales Manager chez Anka, une plateforme e-commerce panafricaine. De retour en Côte d’Ivoire, il expérimente d’abord un marketplace de créateurs baptisé Alpha Influencer, destiné à connecter marques et influenceurs en Afrique francophone. Le marché n’est pas encore prêt.
Il prend alors des missions de développement logiciel pour des universités, avant de pivoter à nouveau. C’est en parlant directement avec des vendeurs sociaux qu’il identifie le problème réel. Il s’associe avec Christian Okoth, expert en infrastructures de paiement mobile, rencontré via l’African Leadership Group ALX Africa. Ensemble, ils lancent Yelen en juin 2025.
Depuis son lancement en juin 2025, Yelen a enregistré 5 000 boutiques actives dans dix pays africains, pour près de 50 000 dollars de transactions traitées et 5 000 dollars de revenus mensuels récurrents. Une croissance réalisée sans aucun investissement publicitaire, uniquement par le bouche-à-oreille entre commerçants.
La startup prépare une levée de pré-amorçage de 300 000 dollars pour accélérer son déploiement dans l’UEMOA. Au-delà des paiements et de la gestion de boutique, la startup Yelen construit des outils de sourcing produit et de logistique pour accompagner les commerçants dans la croissance de leur activité.
L’ambition de Yelen dépasse la vente en ligne. Chaque transaction traitée sur la plateforme produit une donnée financière. Accumulées dans le temps, ces données constitueront un historique de crédit pour des commerçants aujourd’hui invisibles aux yeux des banques.
C’est là que réside la vraie proposition de valeur de la fintech : transformer le commerce informel africain en données financières exploitables, pour ouvrir progressivement l’accès au crédit, à l’assurance et aux services bancaires formels.
Dans une région où le taux de bancarisation stricte dépasse à peine 25 % malgré une pénétration du Mobile Money supérieure à 70 %, Yelen occupe un espace que ni les banques traditionnelles ni les opérateurs de Mobile Money n’adressent aujourd’hui.