Trois semaines après avoir associé Ripple à sa levée de fonds, la fintech Flutterwave ajoute un second stablecoin à son réseau de paiement africain. La société d’Olugbenga Agboola a obtenu un investissement de Circle Ventures, la filiale de capital-risque de l’émetteur de l’USDC. L’opération confirme une bataille grandissante autour du règlement des paiements transfrontaliers en Afrique, un marché où les stablecoins progressent plus vite que partout ailleurs dans le monde.
Flutterwave a annoncé, le 7 juillet 2026, un investissement de Circle Ventures, la filiale de capital-risque de Circle Internet Group, l’émetteur coté à New York du stablecoin USDC. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Grâce à ce partenariat, les commerçants qui utilisent la plateforme de la fintech Flutterwave pourront désormais encaisser leurs paiements en monnaie locale et régler leurs transactions en USDC, avec un règlement disponible en quelques minutes, à toute heure du jour ou de la nuit.
Cet accord intervient trois semaines après l’entrée de Ripple au capital de Flutterwave, dans le cadre d’un tour de table de série E qui valorisait l’entreprise à 3,2 milliards de dollars, le 16 juin 2026. Cet accord désignait alors le RLUSD de Ripple comme actif de règlement principal sur les principaux corridors de paiement de Flutterwave, avec la blockchain XRP Ledger pour la compensation des transactions, et le Nigeria comme premier marché concerné.
Flutterwave se retrouve donc à porter les jetons de deux émetteurs concurrents. L’USDC affichait une capitalisation boursière d’environ 75 milliards de dollars à la mi-2026, contre 1,65 milliard de dollars pour le RLUSD et 186,5 milliards de dollars pour l’USDT de Tether. L’entreprise affirme rester neutre vis-à-vis des différents stablecoins, et laisser les commerçants choisir eux-mêmes le rail qui leur convient.
La fintech Flutterwave et l’argument des coûts
Le fondateur et directeur général de Flutterwave, Olugbenga Agboola, présente cet investissement comme un pari d’infrastructure plutôt que comme un pari spéculatif sur les cryptomonnaies. « Les stablecoins ne sont plus une expérimentation, ils deviennent une infrastructure financière centrale », a-t-il déclaré.
Les transferts bancaires transfrontaliers depuis l’Afrique prennent historiquement plusieurs jours et coûtent jusqu’à 8 % de frais, une grande partie de cette somme étant captée par la chaîne des banques correspondantes. La fintech Flutterwave affirme avoir maintenu ses frais de règlement en stablecoins sous la barre des 1 %.
L’entreprise construit ce virage depuis un an. Elle a participé au lancement du Circle Payments Network en 2025, testé des paiements en stablecoins sur la blockchain Polygon auprès d’un groupe restreint de commerçants, et intégré une infrastructure de portefeuille numérique qui permet à ses clients de détenir de l’USDC et de l’USDT sans ouvrir de compte crypto séparé.
La circulation mondiale des stablecoins dépasse désormais 300 milliards de dollars. L’USDC seul a atteint 75,3 milliards de dollars en circulation à la fin de 2025, en hausse de 72 % sur un an, tandis que la valeur totale de ses transactions a bondi de 247 %, à 11 900 milliards de dollars.
L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur en transactions on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, une progression de 52 %, ce qui en fait l’une des régions du monde où l’adoption des stablecoins progresse le plus vite. Cette progression s’explique en grande partie par l’instabilité des monnaies locales et l’accès limité aux comptes en dollars pour les entreprises africaines.
Flutterwave a déjà traité depuis 2016 plus d’un milliard de transactions, pour une valeur cumulée de plus de 50 milliards de dollars, dans 34 pays africains. Deux de ses concurrents directs, Onafriq et Yellow Card, participent également au Circle Payments Network, ce qui relativise l’exclusivité obtenue par Flutterwave auprès de l’émetteur de l’USDC. Aucun calendrier de déploiement n’a été communiqué pour les 34 marchés du groupe.
Au Nigeria, où la Commission des opérations de bourse et la banque centrale ont durci leurs règles sur les actifs numériques ces dernières années, le rythme de ce déploiement dépendra moins de la technologie que de la capacité de Flutterwave à obtenir les agréments réglementaires nécessaires.