La fintech tanzanienne Nala a sécurisé une facilité de crédit pouvant atteindre 50 millions de dollars pour accélérer le transfert d’argent de la diaspora africaine vers le continent. Derrière cette levée de fonds, une réalité chiffrée : les Africains perdent chaque année environ 8 milliards de dollars en frais de transfert. Ceci, avec 7 à 8 % prélevés en commission à chaque envoi, faisant de l’Afrique le continent où envoyer de l’argent coûte le plus cher au monde. Nala entend corriger cela grâce aux stablecoins.
Nala a sécurisé jusqu’à 50 millions de dollars de financement auprès de Liquidity, société mondiale de crédit privé. La facilité démarre avec une première tranche de 25 millions de dollars, extensible à plus de 50 millions via Mars Growth Capital, coentreprise soutenue par Liquidity et la banque japonaise MUFG Bank, l’une des plus grandes institutions financières mondiales.
La facilité est non dilutive pour les actionnaires existants. La start-up conserve par ailleurs plus de la moitié du capital levé lors de son tour de table de 40 millions de dollars en 2024, ce qui lui permet de déployer ce nouveau financement vers l’expansion plutôt qu’en soutien à son bilan.
L’explication de cette levée est directement liée à la croissance du transfert d’argent de la diaspora africaine. Selon Benjamin Fernandes, fondateur et directeur général de Nala : « À certains moments, notre activité plus que doublait chaque trimestre. Nous avons grandi plus vite que notre capacité à gérer le pré-financement des paiements dans un seul sens. » La facilité de crédit apporte la liquidité nécessaire pour honorer les transferts sans délai, même lors des pics de volume.
Le service de Nala permet de déplacer de l’argent instantanément entre les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Europe, l’Asie et l’Afrique, avec des règlements en monnaie locale ou en stablecoins, via une seule API, sans frais cachés. Les fonds serviront aussi à ouvrir de nouveaux corridors, à développer une infrastructure néobancaire fondée sur les stablecoins et à renforcer Rafiki, sa plateforme de paiements interentreprises.
La demande pour les infrastructures d’entrée et de sortie en stablecoins a été multipliée par 100 au cours des 12 derniers mois. Les volumes traités par l’API de Rafiki ont, eux, été multipliés par 30 sur la même période.
Nala et le transfert d’argent de la diaspora africaine : un marché structurellement défaillant
L’Afrique est le continent où il est le plus coûteux d’envoyer de l’argent pour la diaspora. Ce constat, posé au moment de la création de Nala en 2017 par Benjamin Fernandes, reste d’actualité en 2026.
Les opérateurs traditionnels comme Western Union ou MoneyGram ont longtemps dominé ce marché, mais ils sont désormais concurrencés par des acteurs numériques proposant des frais réduits et des délais quasi instantanés.
La diaspora africaine envoie plus de 100 milliards de dollars par an vers le continent, davantage que l’aide publique au développement.
Pour beaucoup de familles africaines, l’argent envoyé par un fils ou une fille à l’étranger représente la principale source de revenus, qui finance la scolarité des enfants, les soins médicaux, la nourriture et parfois le lancement d’un petit commerce. Pourtant, envoyer 200 euros vers l’Afrique subsaharienne coûte en moyenne 8,46 % en frais, soit près de 17 euros perdus en commissions.
Les stablecoins apportent une réponse technique à ce problème. Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur on-chain, soit une augmentation de 52 % sur un an.
Les stablecoins représentent 43 % de cette activité. Le marché mondial des stablecoins a atteint un record de 308 milliards de dollars en 2025, les entreprises y recourant de plus en plus pour déplacer l’argent plus rapidement et efficacement.
Transfert d’argent vers l’Afrique, un levier de développement concret
L’enjeu dépasse largement la technologie ou la finance d’entreprise. Les remises migratoires vers l’Afrique et l’Asie ont dépassé 460 milliards de dollars depuis 2022. Les frais moyens vers l’Afrique subsaharienne restent à 8,16 %, tandis que de nombreux corridors asiatiques prélèvent environ 5 %. Chaque point de pourcentage économisé se traduit directement en revenus supplémentaires pour les familles bénéficiaires.
Fondée en 2017 par Benjamin Fernandes comme service de transfert local en Tanzanie, la société a pivoté vers les transferts internationaux en 2021. À mi-2025, Nala avait traité plus d’un milliard de dollars de volume cumulé pour plus de 500 000 utilisateurs. En avril 2026, Nala a conclu un partenariat stratégique avec MoneyGram pour alimenter les paiements de nouvelle génération vers les marchés émergents via une infrastructure de règlement fondée sur les stablecoins.
Le marché des paiements transfrontaliers en Afrique devrait passer d’environ 329 milliards de dollars en 2025 à 1 000 milliards de dollars en 2035, avec un taux de croissance annuel de 12 %. Dans cette course, la capacité à pré-financer les transferts, c’est-à-dire à disposer immédiatement de la liquidité nécessaire pour honorer chaque envoi sans attendre les règlements interbancaires, est l’avantage compétitif décisif. C’est exactement ce que la facilité de 50 millions de dollars vient consolider pour Nala.
La structure de dette retenue plutôt qu’un nouveau tour de table en capital permet à Nala d’accéder aux fonds nécessaires à ses opérations sans forcer un retour sur les marchés pour une nouvelle levée en actions. Pour une start-up dont le modèle repose sur la gestion de flux financiers massifs, c’est une logique de maturité qui la distingue d’une large partie de l’écosystème fintech africain encore très dépendant du capital-risque.