Fondateur d’ADS Group, Samba Bathily a structuré plus de 50 milliards de dollars de projets à travers le continent. L’entrepreneur et homme d’affaires malin est attendu à Kigali pour l’Africa CEO Forum, les 14 et 15 mai 2026. Son nom reste discret. Son empreinte, elle, est partout. Portrait.
Il revendique une seule méthode depuis vingt ans. « Vous me présentez un problème, et je vous propose une solution financière et le meilleur partenaire technique pour le résoudre. C’est ce que je fais depuis vingt ans. » Cette phrase de Samba Bathily, prononcée dans un entretien accordé à Jeune Afrique, résume mieux que n’importe quel organigramme ce que représente ADS Group sur le continent.
Le groupe n’a pas été bâti sur une rente ou un monopole d’État. Il s’est imposé comme une machine capable d’assembler des capitaux, des technologies et des volontés politiques pour faire sortir de terre des barrages, des réseaux numériques, des centrales solaires et des usines.
Avec 240 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel confirmé dès 2023 et des opérations dans 18 pays, le fondateur d’Africa Development Solutions est l’un des rares entrepreneurs africains à avoir fait de la structuration financière un modèle d’affaires continental.
Samba Bathily naît à Badalabougou, un quartier de Bamako. Son père est commerçant, ancien député de la région de Kayes, et premier Malien à avoir décroché une licence d’exportation de pétrole face à des multinationales comme ELF et Texaco. Dans cette maison, le commerce n’est pas une ambition. C’est un héritage.
Le jeune Samba observe et apprend de cet univers. Quand il suit ses cours à l’ENA de Bamako, il prend son argent de poche pour acheter des distributeurs de pompes à essence. Il les installe dans plusieurs communes du district, sous l’enseigne qu’il baptise “Pachenko Petroleum”. Il achète 1 000 litres à crédit, vend, rembourse, recommence. Il gagne ses premiers francs CFA en dehors de la maison familiale, seul, par la débrouille.
Son ambition initiale était académique. Il part en Belgique étudier le droit à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve. Un problème de visa met fin à deux ans d’études. Il rentre au Mali sans diplôme. Il aurait pu y voir un échec. Il y voit un signal.
Samba Bathily, du pays Dogon à la Guinée-Conakry

De retour au Mali en 1993, Samba Bathily crée Timbuktu International Cross Roads, une agence de tourisme spécialisée dans le pays Dogon. Il organise des voyages pour des Européens curieux, apprend à vendre un produit qu’il prend le temps de comprendre, et tisse ses premiers réseaux internationaux. Chaque voyage lui rapporte deux à trois millions de francs CFA. Chaque visiteur étranger est aussi une relation.
En 1995, il entre en Guinée-Conakry. Un financier malien, Amadou Madani Tall, lui ouvre une porte dans le secteur pharmaceutique. Il développe les médicaments génériques sur le marché guinéen via Pharmaguinée. Il ouvre un bureau, constitue une équipe, gère une masse salariale en dollars. C’est ce terrain guinéen qui lui donne sa première vraie maîtrise du B2B et des administrations africaines. « Cette étape a été très importante dans ma vie parce que cela m’a permis de rentrer dans un autre niveau du business », confiera-t-il plus tard.
Au tournant des années 2000, Samba Bathily revient au Mali pour la préparation de la Coupe d’Afrique des Nations 2002. Il décroche des marchés liés à l’événement, entre dans les télécoms en achetant des minutes de communication en gros aux États-Unis, puis développe l’import-export d’équipements automobiles avec la société familiale “Les Frères Bathily”. Chaque étape lui ouvre une porte. Chaque porte lui révèle la suivante.
En 2004, Samba Bathily fonde Africa Development Solutions (ADS) à Dakar. Le choix du Sénégal comme siège positionne ADS comme un groupe panafricain dès le départ, pas comme une entreprise malienne qui s’exporte. La vision est continentale. La structure, délibérément polyvalente.
ADS Group agrège des filiales dans des secteurs complémentaires. ADS Consulting structure les financements de grands projets d’infrastructure pour des gouvernements et des institutions. Africa Digital Solutions déploie des infrastructures numériques et des solutions d’e-gouvernance, avec le Pool Numérique Ouest Africain parmi ses chantiers. Multi Industries Group fabrique des équipements électriques, des solutions de mobilité et des ordinateurs dans la zone industrielle de Diamniadio. Le groupe est également présent dans l’hôtellerie, l’automobile, la logistique et le transport maritime.
Parmi les réalisations les plus emblématiques figure le passeport biométrique malien, développé en partenariat avec IDEMIA, leader mondial de l’identité numérique. Sur le terrain de l’hydraulique, Samba Bathily a structuré le financement du barrage de Kaleta en Guinée, un projet à 526 millions de dollars, et participé au montage du barrage de Souapiti, estimé à 1,3 milliard de dollars. Pour ce dernier, il est allé négocier en Chine avec les dirigeants de China Three Gorges Corporation. Le portefeuille total de projets supervisés par ADS dépasse aujourd’hui 50 milliards de dollars.
Akon Lighting Africa : quand la célébrité devient un levier

En 2014, l’histoire prend une dimension nouvelle. Samba Bathily co-fonde Solektra International avec le chanteur sénégalo-américain Akon et le consultant Thione Niang. La structure pilote Akon Lighting Africa, une initiative pour électrifier les zones rurales africaines par l’énergie solaire. En quelques années, le projet touche plus de 1 800 localités et 7 millions de personnes.
La démarche va au-delà de l’installation de panneaux. Samba Bathily conçoit des “smart solar ecosystems”, qui combinent l’accès à l’énergie avec des classes numériques, des services connectés, des solutions de mobilité électrique et des centres de microcrédit. Le village de Tumba au Rwanda sert de modèle pilote. Pour former les techniciens qui entretiendront ces installations, il inaugure en 2015 la Solektra Solar Academy à Bamako, puis un second campus à Diamniadio.
Discret dans les médias, présent dans les antichambres et efficace là où les décisions se prennent, ceux qui connaissent Samba Bathily décrivent « un homme de l’ombre, un autodidacte qui a su se tisser un important réseau jusqu’à l’intérieur de nombreux palais africains. »
Sur la scène panafricaine, il joue aussi un rôle d’architecte institutionnel. Il co-fonde l’initiative AfroChampions aux côtés d’Aliko Dangote. L’objectif est d’accélérer l’émergence de grands groupes africains en favorisant les échanges commerciaux intra-africains. Il préside également la Fondation Volontaires d’Afrique, qui accompagne des jeunes, des femmes et des populations rurales via des bourses et des programmes de formation à travers le continent.
Sa présence à l’Africa CEO Forum de Kigali, les 14 et 15 mai 2026, s’inscrit dans cette logique. Le thème retenu cette année par le forum : “atteindre la taille critique pour peser dans l’économie mondiale”, est précisément le terrain sur lequel Samba Bathily travaille depuis vingt ans. Pas depuis les tribunes. Depuis les chantiers.
Samba Bathily est le produit d’une trajectoire qui n’a rien d’évident. Un étudiant sans diplôme revenu de Belgique, un touriste-manager dans le pays Dogon, un distributeur de médicaments en Guinée, devenu l’un des dealmakers financiers les plus actifs du continent.
