Après sept ans passés comme informaticienne aux États-Unis, Mariam Issoufou change de cap et se tourne vers l’architecture. Aujourd’hui, son agence Mariam Issoufou Architects, fondée à Niamey, a pris une large envergure : elle s’exporte jusqu’à New York et Zurich, et fait de la construction durable, de la terre crue et des matériaux locaux sa signature.
Mariam Issoufou dirige depuis 2014 l’agence Mariam Issoufou Architects, fondée à Niamey sous le nom d’atelier masōmī. Elle y développe une architecture pensée pour le climat sahélien. Cette attention portée au territoire et à ses contraintes ne vient pas de nulle part. Elle prend racine dans une enfance passée au Niger, au contact de paysages, de savoir-faire et d’un patrimoine dont elle découvre très tôt la richesse.
Mariam Issoufou naît en avril 1979 à Saint-Étienne, mais sa famille rentre au Niger quelques mois après sa naissance. Son père, Mahamadou Issoufou, ingénieur des mines, deviendra plus tard président de la République du Niger, de 2011 à 2021. Entre six et douze ans, elle grandit à Arlit, ville minière du nord du pays fondée pour l’exploitation de l’uranium. Avec son père, elle visite régulièrement des sites archéologiques néolithiques de la région, une proximité précoce avec un patrimoine millénaire qui nourrira plus tard sa sensibilité d’architecte.
Grandir dans le désert nigérien ne lui laisse pourtant pas entrevoir l’architecture comme un métier possible. Après le lycée, elle se tourne vers l’informatique. Elle obtient un bachelor en technologies informatiques à l’université Purdue en 2001, puis un master en informatique à NYU en 2004. Elle travaille ensuite comme développeuse pendant sept ans.
Malgré cette carrière, l’architecture reste une obsession de jeunesse, nourrie par ses observations autour de la maison familiale de Niamey, construite dans un style occidental qui ne correspond pas au climat ni à la culture nigériens. Vivant alors à Seattle, elle démissionne et s’inscrit en architecture à l’université de Washington, enceinte de sa fille. Elle en sort diplômée en 2013, avec un mémoire, Mobile Loitering, qui interroge la place des femmes dans les espaces publics nigériens.
Mariam Issoufou : de Niamey 2000 à Hikma, la naissance d’une signature
Encore aux États-Unis, elle cofonde en 2013 united4design, un collectif international d’architectes. L’année suivante, de retour au pays, elle fonde seule son agence à Niamey. Son premier projet marquant, Niamey 2000, un programme de logements en terre et béton achevé en 2016, sera présélectionné pour le prix Aga Khan d’architecture en 2022.
Le complexe communautaire Hikma, qui associe bibliothèque et mosquée à Dandaji, construit avec l’architecte Yasaman Esmaili, la fait connaître à l’international. Le projet remporte la médaille d’or régionale Moyen-Orient/Afrique des LafargeHolcim Awards en 2017, puis la médaille d’argent au niveau mondial en 2018.
La même période la voit intégrer le programme Rolex Mentor & Protégé, accompagnée par l’architecte britannico-ghanéen David Adjaye, puis recevoir en 2019 le Prince Claus Award. En parallèle, Mariam Issoufou enseigne. Elle devient professeure associée invitée en études urbaines à Brown University, puis critique invitée du programme Aga Khan à la Harvard Graduate School of Design en 2021, avant de rejoindre l’ETH Zurich comme professeure titulaire d’architecture, patrimoine et durabilité.
Une agence résiliente, de Niamey à Venise
En 2023, le coup d’État au Niger fragilise durement son agence de Niamey, presque démantelée du jour au lendemain, la contraignant à réduire fortement son équipe avant d’entamer une reconstruction progressive. En 2024, l’agence célèbre malgré tout ses dix ans avec une expansion notable. Elle fait l’ouverture de bureaux satellites à New York et à Zurich, sans jamais délocaliser son ancrage nigérien.
Parmi les projets en cours figurent le Yantala Office au Niger, l’Ellen Johnson Sirleaf Presidential Center for Women and Development au Liberia, et le musée Bët-bi au Sénégal, toujours en chantier. En 2025, Rolex lui confie la conception du pavillon de la marque pour la Biennale d’architecture de Venise, dont le toit de verre est réalisé avec le verrier vénitien Vistosi.
La même année, les Nations unies lui décernent, le 10 décembre à Nairobi, le prix UN Champion of the Earth, catégorie vision entrepreneuriale, pour saluer son travail sur la résilience climatique au Sahel. En juin 2026, la revue américaine Architectural Record la classe parmi son Design Vanguard 2026, une sélection des agences les plus prometteuses au monde.