Une robe colorée, des motifs inspirés du peuple xhosa, des noms de pays africains brodés sur une pièce en maille. Chez Laduma Ngxokolo, les vêtements racontent autant une histoire qu’ils habillent.
MaXhosa Africa a présenté son premier défilé au calendrier officiel de la Semaine de la mode de Paris le 28 septembre 2026, seize ans après la création de la marque. « Ça fait seize ans que j’attends mon tour », a-t-il confié à l’AFP en coulisses. Cette phrase résume un parcours bien plus long que ce seul défilé.
Né à Port Elizabeth, dans la province sud-africaine du Cap-Oriental, Laduma Ngxokolo grandit dans le quartier de KwaDwesi, imprégné de la culture xhosa. C’est sa mère, Lindelwa Ngxokolo, qui lui apprend à tricoter sur une machine à main, dès le collège. Le jeune homme garde cette compétence comme un loisir, jusqu’à en faire une matière d’étude au lycée, puis à l’université.
C’est pendant ses études de design textile à la Nelson Mandela Metropolitan University de Port Elizabeth que tout bascule. Pour son mémoire de fin d’études, Ngxokolo travaille sur un sujet qui vise à trouver des solutions de maille innovantes pour les amakrwala, les jeunes hommes xhosa tenus, après leur rite de passage initiatique, de porter une tenue formelle neuve pendant six mois.
Il juge les tenues occidentales habituellement portées à cette occasion trop éloignées de la culture xhosa, et décide de créer une alternative fidèle aux motifs et couleurs du perlage traditionnel. Ce projet universitaire devient, en 2010-2011, la collection fondatrice de MaXhosa.
Laduma Ngxokolo, une marque devenue langage visuel international
Au fil des années, son travail attire l’attention de personnalités internationales comme Beyoncé, Michelle Obama et Alicia Keys, donnant à la marque une visibilité bien au-delà de l’Afrique du Sud. Pour Laduma Ngxokolo, la mode ne se limite pas à la création de vêtements. Elle peut aussi raconter une culture et contribuer à changer le regard porté sur le continent. « Nous nous sommes donné pour mission d’être parmi les pionniers du rayonnement du continent africain dans le monde », explique-t-il.
Cette ambition se retrouve dans la manière dont MaXhosa produit ses collections. La marque fabrique ses pièces dans ses deux ateliers sud-africains, à Johannesburg et East London, et emploie aujourd’hui environ 300 personnes.
Elle compte également huit boutiques, et selon son fondateur, 90 % de ses produits sont réalisés en interne. Si la maille reste au centre de son savoir-faire, Laduma Ngxokolo élargit progressivement son univers. Pour sa dernière collection, il a notamment exploré la soie, la mousseline, l’organza, l’organdi et le coton. MaXhosa s’est aussi lancée dans les chaussures et les accessoires, avec notamment des lunettes réalisées à partir de matériaux upcyclés par l’artiste kényan Cyrus Kabiru.
Le défilé parisien du 28 septembre 2026, baptisé Izihlwele Zivumile et composé de 54 silhouettes, a ainsi prolongé un langage visuel construit depuis les débuts de la marque plutôt qu’inauguré quelque chose de nouveau.
Pour le créateur, cette présence à Paris représente surtout un levier commercial. Il veut transformer cette visibilité en accords de distribution et installer progressivement MaXhosa dans de grandes boutiques internationales. « Nous sommes encore sous-représentés en tant que continent africain, et davantage de plateformes peuvent être offertes », reconnaît-il.
À travers son parcours, parti d’un mémoire universitaire sur les tenues d’initiation xhosa, Laduma Ngxokolo défend une vision de la mode africaine qui ne fait pas que s’inspirer du continent. Elle peut aussi être pensée, créée et produite depuis l’Afrique, avant de s’exporter vers le reste du monde.