Un technicien, un atelier, trois cents téléphones réparés par mois. Ce n’est pas un hasard si SIKILI a choisi de commencer petit. C’est une manière de construire la confiance, dans un marché où elle reste encore à gagner.
SIKILI est une startup sénégalaise créée en 2024. Elle propose des smartphones, tablettes et ordinateurs reconditionnés au Sénégal et en Côte d’Ivoire.L’entreprise a été fondée par Kadia Faye et Maguelone Biau, la première basée à Dakar, la seconde à Abidjan. « Nous avons décidé de prendre le train du recyclage en marche », résume Maguelone Biau, CEO de SIKILI.
Le reconditionné électronique de SIKILI cible un problème précis, celui de la demande croissante en équipements numériques dans une région où l’achat d’un appareil neuf reste hors de portée pour une large partie des consommateurs.
SIKILI travaille uniquement sur des appareils Samsung, iPhone et Apple. Les produits chinois, pourtant très répandus sur le continent, ne gardent pas une valeur résiduelle suffisante une fois réparés, selon la CEO. Chaque appareil passe par 65 points de contrôle avant d’être revendu, avec une garantie de 12 mois et une livraison annoncée sous 48 heures.
La startup a vendu son premier téléphone reconditionné en octobre 2024, avant d’élargir son offre aux tablettes puis aux ordinateurs. Un technicien expérimenté répare environ 300 téléphones par mois dans les ateliers propres de l’entreprise. Ce choix lui permet de garder un contact direct avec sa clientèle en cas de panne.
Le paiement échelonné, pilier du reconditionné électronique de SIKILI
Le prix seul ne suffit pas à convaincre. Un appareil reconditionné coûte en moyenne entre 300 et 500 euros chez SIKILI, contre 500 à 800 euros à l’état neuf. Mais l’entreprise mise surtout sur le paiement en plusieurs échéances. Pour y accéder, un client doit présenter un justificatif de contrat de travail, à durée déterminée ou indéterminée. Des partenariats avec les services RH d’entreprises permettent des remboursements mensualisés sur une durée qui peut aller jusqu’à un an.
Pour les chauffeurs de l’application Yango, qui ont besoin d’un téléphone fiable pour exercer, SIKILI propose un paiement quotidien d’environ 3 000 francs CFA. Des investisseurs soutiennent déjà cette activité de crédit. Selon une étude citée par la CEO, 30% des téléphones achetés au Sénégal sont offerts en cadeau.
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ne réagissent pas de la même façon. Les consommateurs sénégalais privilégient la réparation et les facilités de paiement. Les Ivoiriens recherchent davantage le dernier iPhone disponible. En Côte d’Ivoire, le taux de pénétration de la téléphonie mobile atteint 181%, selon l’Autorité de régulation des télécommunications et des TIC. Il n’est donc pas rare d’y croiser un consommateur avec deux ou trois téléphones en poche.
Pour toucher ces deux publics, SIKILI s’appuie sur une vingtaine de points de vente physiques, en plus de la vente en ligne, sur un partenariat avec l’opérateur YAS au Sénégal, et sur des accords avec Baobab+ pour le microcrédit et avec la marketplace de Bank of Africa. Des discussions sont en cours avec MTN et Orange.
L’entreprise a réuni environ 500 000 euros en 2023 auprès de Janngo Capital, Techstars, Beenok, Digital Africa et plusieurs Business Angels. Une seconde levée d’un million d’euros est en préparation. Les appareils proviennent pour l’instant surtout des États-Unis. SIKILI veut aussi récupérer les anciens téléphones de ses propres clients pour les reconditionner à nouveau. Cette piste réduirait les frais de douane et de transport.
Kadia Faye et Maguelone Biau, le duo de SIKILI
L’histoire de SIKILI commence par un échec.Maguelone Biau, arrivée en Côte d’Ivoire pour le travail et jamais repartie, avait lancé une première startup qui n’a pas abouti. Plutôt que d’abandonner, elle utilise les fonds restants de ses premiers investisseurs pour chercher une nouvelle idée.
Kadia Faye, elle, a d’abord travaillé plusieurs années chez Samsung avant de rejoindre Canon. Elle occupe encore ce poste quand un investisseur de la première aventure de Biau, qui la connaît, les met en relation.
S’ensuivent des appels d’une heure par semaine, pendant plusieurs mois. Les deux femmes affinent leur projet à distance. Leur première rencontre en personne a lieu à Abidjan, lors d’un événement professionnel organisé par Canon.
À son retour à Dakar, Kadia Faye remet sa démission. C’est ainsi que Dakar, plutôt qu’Abidjan, devient le premier marché de SIKILI, un peu par accident. Les deux fondatrices ont construit une répartition des rôles assumée dès le départ.
« Si Kadia a la distribution, c’est elle qui est décisionnaire », explique Maguelone Biau, qui garde la main sur les autres arbitrages. Cette complémentarité reste aujourd’hui le socle de la startup, bien plus que n’importe quel chiffre de levée de fonds.