À l’approche du Cyber Africa Forum 2026, qui se tiendra les 16 et 17 novembre à Cotonou, l’initiative Cyber Africa Women entend faire évoluer la place des femmes dans les discussions sur le numérique. Son ambition : que leur expertise se traduise aussi en influence, en accès aux opportunités et en capacité à développer leurs projets.
Le Cyber Africa Forum (CAF) consacrera une partie de son édition 2026 à celles qui façonnent les technologies et les usages numériques. Cyber Africa Women (CAW), initiative du Forum dédiée à la présence et au leadership des femmes dans le numérique et la cybersécurité, sera au cœur de cette réflexion.
Les femmes représentent près de la moitié des diplômés scientifiques en Afrique, et moins d’un poste de direction tech sur huit. Cyber Africa Women fait de cet écart le terrain de son édition 2026. L’initiative veut déplacer la question de l’accès vers celle du pouvoir de décision.
Le Cyber Africa Women (CAW) déroule son programme 2026 autour du Cyber Africa Forum, les 16 et 17 novembre à Cotonou. L’initiative annonce une Deal Room, une session consacrée à l’investissement dans les femmes de la tech et un Prix dont le mode de sélection change. Elle défend l’idée qu’une experte doit être reconnue et sollicitée pour ses compétences, et non réduite à son genre.
Un écart qui se creuse à mesure que l’on monte
Le constat chiffré donne raison à l’initiative. Dans son analyse de la tech africaine, McKinsey relève que les femmes représentent 47 % des diplômés scientifiques, mais 23 à 30 % des emplois tech, moins de 12 % des postes de direction et environ 10 % des dirigeants de startups tech. L’accès reste aussi inégal, avec 31 % des Africaines qui utilisent Internet contre 43 % des hommes en 2024, d’après l’UIT.
Yenata Kignaman Soro, Commissaire Générale Adjointe du Forum, experte en cybersécurité et membre de CAW, en tire une conclusion. La place des femmes dans le numérique ne peut plus se poser sous le seul angle de l’accès ou de la représentation. Elle doit l’être, explique-t-elle, en termes de « pouvoir de décision, de reconnaissance des compétences et de participation à la création de valeur économique ».
Le mécanisme visé est celui du cadrage. Les contributions des femmes restent trop souvent abordées à travers le seul prisme du genre, regrette-t-elle, alors qu’« une experte en cybersécurité doit pouvoir être sollicitée pour son analyse des menaces ».
La question de l’égalité demeure fondamentale, précise-t-elle, sans devoir réduire leur place dans les débats. Les réseaux comptent autant. « La compétence, à elle seule, ne garantit pas l’accès aux opportunités », observe Yenata Kignaman Soro, dans des secteurs où investissement, partenariats et marchés reposent aussi sur la confiance.
Le calendrier annoncé s’ouvre par une rencontre avec Epitech le 14 novembre et un dîner de réseautage le 15. Le 16 novembre, une session réunit deux temps. Une keynote, nourrie par les travaux du baromètre Africaines in Tech que cite Yenata Kignaman Soro, examine les conditions d’investissement dans les femmes de la tech. Une table ronde rassemble ensuite des dirigeantes et des expertes sur l’adoption de l’IA, la maîtrise des risques et le passage à l’échelle des projets technologiques.
Le choix des thèmes compte. La table ronde aborde des sujets d’entreprise, non des questions réservées aux femmes, ce qui applique la thèse de l’initiative. La Deal Room prolonge cette logique. Elle doit organiser des rencontres ciblées avec des entreprises, des investisseurs et des partenaires potentiels. Pour la commissaire générale adjointe, ces plateformes peuvent « réduire cette distance entre les talents, les décideurs et les ressources » nécessaires aux projets.
Côté bilan, trois chiffres circulent et ne s’additionnent pas. Plus de 500 jeunes filles ont été touchées par des actions ciblées en Côte d’Ivoire en 2024. Plus de 500 femmes ont participé aux activités de 2025. Plus de 1 000 femmes ont été mobilisées en cumul depuis 2023.
Cyber Africa Women, un Prix dont la sélection change
Le Prix Cyber Africa Women n’est pas une nouveauté. Il existe depuis 2024 et a distingué Longa Andrea Mbuyamba, fondatrice du réseau Abidjanaises In Tech, puis Ismène Deguenonvo en 2025. Francisca Djossou a été désignée ambassadrice de CAW la même année, une fonction distincte de celle de lauréate. L’édition 2026 est la troisième.
Le changement tient à la sélection. Les candidatures seront examinées, indique Yenata Kignaman Soro, par un jury indépendant sur la base de cinq critères pondérés. « Pour la première fois, et c’est là que réside la nouveauté, les candidatures seront examinées par un jury indépendant sur la base de cinq critères pondérés : l’impact des réalisations (30 %), le parcours professionnel (25 %), l’influence (20 %), l’innovation (15 %) et l’ancrage africain (10 %) », a précisé Yenata Kignaman Soro.
Plus de la moitié des points récompense donc ce qu’une candidate a accompli. Les candidates doivent fournir des références et des sources qui attestent leurs résultats. La lauréate bénéficiera d’un mentorat assuré par des décideurs engagés dans CAW, sur la stratégie, la structuration et l’accès aux marchés, du réseau du Forum, d’une visibilité médiatique et du réseau des anciennes lauréates.
L’initiative a fixé elle-même son critère. Le Prix doit être un point d’appui pour les projets de la lauréate, « plutôt qu’une reconnaissance limitée à la cérémonie de remise de la distinction ». Les suites de la Deal Room et le parcours de la lauréate 2026 diront si Cyber Africa Women transforme sa mobilisation en pouvoir de décision pour les femmes de la tech.
