L’Afrique numérise ses services publics et ses paiements, et les fraudeurs s’en saisissent. À Cotonou, le Cyber Africa Forum 2026 (CAF 2026) veut transformer ce constat en décisions. Sa promesse se jugera après l’événement, pas pendant.
Le Cyber Africa Forum 2026 se tiendra les 16 et 17 novembre 2026 au Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa, au Bénin. Cette sixième édition, la deuxième consécutive dans la capitale économique béninoise, a pour thème « Construire la confiance numérique de demain ». Les organisateurs attendent plus de 1 500 participants, et les inscriptions ont déjà produit 1 540 demandes, en cours de validation.
Le rapport 2026 d’INTERPOL sur les cybermenaces en Afrique, fondé sur les données de 36 pays membres, recense plus de 1,1 milliard d’abonnés mobiles sur le continent en 2025. L’intelligence artificielle intervient dans 55 % des cybercrimes signalés. Les pertes ont plus que doublé depuis 2024 et atteignent 484 millions de dollars, contre 192 millions.
Le rapport pointe aussi les failles de la réponse. La législation est fragmentée et la préparation des forces de l’ordre à l’IA reste très faible. Banques, opérateurs télécoms et police ne partagent pas leurs données en temps réel. Des identités synthétiques ont servi à ouvrir des comptes bancaires et à enregistrer des cartes SIM.
Franck Kié, Fondateur et Commissaire général du Forum, y voit aussi un enjeu de souveraineté. Une part importante des solutions utilisées en Afrique est conçue ou hébergée hors du continent, explique-t-il, et une adoption mal maîtrisée des technologies crée de nouvelles vulnérabilités.
Le Cyber Africa Forum 2025, qui a réuni plus de 1 500 participants à Cotonou, portait sur la résilience des écosystèmes numériques. Franck Kié en tire un constat. Elle a révélé, explique-t-il, un décalage durable entre la reconnaissance des risques et les moyens mobilisés, qu’il s’agisse de prévention, de détection, de réponse aux incidents ou de recrutement de profils qualifiés.
La confiance numérique élargit le périmètre. Elle suppose, précise Franck Kié, de protéger les données, de sécuriser les infrastructures, d’encadrer les usages technologiques et de garantir la fiabilité des services. Il y ajoute la souveraineté, car une large part des solutions africaines est conçue ou hébergée hors du continent. L’objectif affiché est « un développement numérique à la fois sûr, compétitif et maîtrisé ».
Cyber Africa Forum 2026 : bâtir la confiance numérique du continent
Le Forum compte cinq verticales, ses grands axes, et neuf thématiques traitées dans les panels. Franck Kié détaille trois espaces. Le Digital Africa Stage accueille les grandes plénières, l’Innovation Talk des interventions plus ciblées et l’Agora de la Tech l’innovation et l’entrepreneuriat. Quatre familles de problèmes s’en dégagent.
La protection d’abord. Un panel examinera les crises de confiance que déclenchent les fuites de données, les attaques contre les administrations et la désinformation. Un autre portera sur ce que les règles internationales couvrent dans le cyberespace. Les données, l’identité et les paiements ensuite.
Les États accélèrent sur les cartes biométriques et l’état civil numérisé, mais la centralisation des données crée de nouvelles vulnérabilités. Un panel traitera des garanties nécessaires, et une session de la sécurité des paiements digitaux, dont dépend l’adoption du mobile money.
L’IA et la souveraineté viennent après. Plusieurs États africains, dont le Bénin, ont adopté une stratégie nationale d’intelligence artificielle, mais les organisateurs jugent leurs cadres de gouvernance encore inachevés. Le panel d’ouverture s’interrogera sur les règles d’un usage responsable et souverain. Les conditions économiques de la confiance viennent enfin.
Un panel examinera où vont les capitaux et avec quels risques, et Franck Kié y ajoute l’interopérabilité dans le cadre de la ZLECAf, la santé connectée et les infrastructures satellitaires. Une nouveauté, Tech 4 Creative Industries, associe aussi la mode, la musique, le cinéma, le sport et les arts aux débats sur l’IA.
Le Cyber Africa Forum 2026 veut dépasser le cadre d’une conférence. Des rendez-vous BtoB et BtoG sont programmés via l’application du Forum, avec un Business Lounge et des Deal Rooms, suivis de conventions seront signées le 16 novembre. Franck Kié reste toutefois réaliste. « Un événement de deux jours ne suffit pas à concrétiser tous les projets », reconnaît-il, mais il permet d’identifier les bons interlocuteurs et d’engager des négociations.
Le HackerLab répond à la question des compétences. Organisé avec l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN) du Bénin, il réunira 80 finalistes les 15, 16 et 17 novembre pour 48 heures de compétition. Les prix, d’un total de 7,5 millions de francs CFA, seront remis le 17 novembre.
Le reste relève de l’intention. Le Collège d’experts, nouveauté de cette édition, doit réunir des personnalités du monde académique, des institutions publiques, des entreprises et des organisations internationales.
L’ambition de Franck Kié et de son équipe est d’en tirer un rapport de recommandations à l’issue du Forum. L’équipe du CAF veut documenter les collaborations afin de « distinguer les accords annoncés des partenariats effectivement mis en œuvre », ont-ils précisé à Ocean’s News.
Cotonou, un deuxième acte pour le forum
Fondé en 2020, le Cyber Africa Forum a tenu sa première édition en 2021 à Abidjan, en raison de la pandémie de COVID-19. Quatre éditions s’y sont succédé entre 2021 et 2024, avant l’arrivée à Cotonou en 2025.
Franck Kié explique ce retour par la volonté de donner du temps aux initiatives engagées, dont plus de dix collaborations qui se poursuivent. Il met aussi en avant les réformes béninoises dans la dématérialisation des services publics, la cybersécurité et l’identité numérique, sans faire du pays « un modèle exempt de difficultés ».
Les ministères béninois de l’Économie et des Finances et de la Transformation digitale et de l’Innovation soutiennent le Forum. L’ASIN, le Centre national d’investigations numériques, des entreprises, des chercheurs et des entrepreneurs prendront part aux échanges.
Le Forum a lui-même fixé le test. Franck Kié juge que la réussite d’une édition ne se mesure pas seulement au nombre de participants ou à la qualité des débats, mais à « ce qui se concrétise dans les mois qui suivent ».
Ce critère s’applique au Cyber Africa Forum 2026. Les conventions qui seront signées le 16 novembre, le rapport du Collège d’experts et le suivi des collaborations qui seront engagées diront si Cotonou a construit de la confiance ou seulement parlé d’elle.
