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Cameroun : AgriConnect prévoit 1 120 milliards FCFA, mais le PIISAH montre le risque d’un financement insuffisant

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AgriConnect Cameroun veut réduire de 28 % la facture alimentaire du pays. Sa réussite dépend d’une variable que le plan précédent a laissée loin derrière lui, l’argent réellement mobilisé.

Le pacte AgriConnect Cameroun a été lancé le 21 octobre 2026 à Yaoundé, avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale. Il chiffre à 1,87 milliard de dollars, soit environ 1 120 milliards FCFA, les investissements nécessaires entre 2026 et 2030 pour huit filières agroalimentaires. L’objectif est de ramener la facture des importations alimentaires à 1,15 milliard de dollars, contre environ 1,6 milliard, soit 28 % de moins.

Le pacte regroupe 24 interventions qui portent sur les semences, la mécanisation, l’irrigation, le stockage, la chaîne du froid, le foncier et l’accès au financement. Il cible huit filières, dont le riz, le maïs, le manioc, l’huile de palme et le cacao. Le FIDA parle d’investissements nécessaires, pas d’une enveloppe acquise. Son communiqué ne répartit pas la somme entre l’État, les bailleurs et le secteur privé.

Les cibles pour 2030 sont chiffrées. Le Cameroun vise 6 millions de tonnes de maïs par an, 800 000 tonnes d’huile de palme, 55 % d’autosuffisance en riz et 60 % de la demande de lait couverte localement. L’enjeu est macroéconomique. Le secteur agroalimentaire pèse 17 % du PIB et 42 % des emplois, et les importations alimentaires représentent en moyenne 3,5 % du PIB.

Le PIISAH, test de crédibilité d’AgriConnect Cameroun

AgriConnect s’aligne sur le Plan intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) 2024-2026. Le bilan de ce plan pèse donc sur le pacte. Le rapport 2025 du Minepat le chiffre. Le PIISAH devait mobiliser 1 443 milliards FCFA, et moins de 110 milliards l’étaient fin 2025, soit moins de 8 %. L’exécution physique plafonnait à 15,95 %.

Les importations des filières visées ont atteint 848,3 milliards FCFA en 2025, en hausse de 15 %, alors que le plan visait 40 % de baisse d’ici fin 2026. Le ministère de l’Économie admet que cette cible ne sera pas tenue dans le triennat initial. Il propose une prorogation jusqu’en 2030, avec des cibles révisées et des ressources effectivement décaissées chaque année. 

Il demande aussi d’appliquer les mesures déjà annoncées, comme les quotas d’importation, les droits de douane différenciés et l’incorporation de farines locales dans le pain. Le bilan n’est pas vide pour autant. 350 464 hectares ont été sécurisés, l’IRAD a livré 670 tonnes de semences certifiées et la rizerie de Nélop affiche 80 % d’exécution.

Le calcul éclaire l’écart. Rapporté à cinq ans, le besoin d’AgriConnect avoisine 224 milliards FCFA par an. Le PIISAH avait réuni moins de 110 milliards à fin 2025. Le calendrier agricole ajoute une contrainte. Le palmier à huile demande sept ans avant sa première récolte commerciale, rappelle le Minepat. Une plantation créée en 2026 ne produira pas avant 2033, alors que la cible d’huile de palme est fixée à 2030.

L’État a choisi de persévérer. La circulaire présidentielle du 12 octobre place l’accélération du PIISAH sur 2027-2029 parmi les priorités du budget 2027. Le pacte offre un cadre et des partenaires, dont la Banque mondiale et le FIDA. Les documents consultés ne présentent pas de plan de financement. Le budget 2027, en préparation, donnera un premier indice. 

À défaut de répartition annoncée entre financeurs, AgriConnect Cameroun mesurera sa crédibilité à un seul chiffre, les milliards versés chaque année aux producteurs et aux transformateurs.

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