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L’Edito : PME africaines, le difficile passage à l’échelle

Croissance des PME africaines Croissance des PME africaines

Croissance des PME africaines – Partout sur le continent, des entreprises naissent chaque jour. Une application pour payer ses factures, un service de livraison, une marque de cosmétiques, une ferme urbaine. Cette énergie entrepreneuriale se voit dans les classements de startups, dans les concours de pitch, dans les success-stories locales. Mais une question est rarement posée. Que devient une entreprise après avoir réussi dans son quartier, sa ville ou son pays ? 

Le scénario se répète dans de nombreux pays. Un fondateur lance une activité, trouve ses premiers clients, stabilise son chiffre d’affaires. Puis vient le moment où il faut structurer une équipe, ouvrir dans un deuxième pays, investir dans un entrepôt ou une chaîne logistique. C’est précisément à ce moment que beaucoup s’arrêtent. Non pas faute d’idée ou de demande, mais faute des moyens pour dépasser ce palier. 

Les économistes du développement parlent de « missing middle », le maillon manquant. Une étude de la Banque mondiale montre que seules 10 % des PME africaines ont accès à un financement adapté, alors qu’elles représentent plus de 90 % des entreprises privées du continent. Trop grandes pour la microfinance, trop petites et trop jeunes pour intéresser une banque classique, elles tombent dans un vide. Le déficit annuel de financement qui en résulte atteint 331 milliards de dollars, selon une analyse du MIT publiée en 2024.

Ce vide n’est pas qu’une question d’argent. Une entreprise qui change d’échelle doit aussi changer de nature. Une comptabilité tenue sur un carnet ne suffit plus pour convaincre un investisseur. Une équipe de cinq personnes fidèles au fondateur ne suffit plus pour gérer trois pays. Un rapport conjoint de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de la coopération japonaise le rappelait déjà il y a plus d’une décennie. Les difficultés des PME africaines ne se résument pas à l’accès au crédit. Elles concernent tout autant les capacités de gestion, de production et d’organisation.

Croissance des PME africaines : changer de taille sans perdre son modèle 

L’expansion régionale exemplifie bien cette complexité. En 2021, la startup kényane Twiga Foods, plateforme de distribution de produits agricoles aux commerçants, avait entamé son développement au Nigeria. Elle a finalement renoncé à cette expansion. Son modèle, efficace au Kenya grâce à une distribution centralisée, ne s’est pas reproduit à l’identique sur le marché nigérian.

L’entreprise a choisi de revenir à son marché d’origine plutôt que de s’épuiser sur deux fronts. Dans le même pays, Zumi, plateforme de commerce de gros, avait atteint 20 millions de dollars de chiffre d’affaires et environ 5 000 clients avant de fermer en 2023. La demande était là. Les capitaux pour la soutenir ne l’étaient plus.

Ces difficultés ne condamnent pourtant pas les PME africaines à rester petites. Certaines entreprises ont trouvé les ressorts de leur expansion. Melanin Kapital, née d’une plateforme de prêt participatif, est aujourd’hui une fintech climatique active dans trois pays. Elle a facilité plus de 1,5 million de dollars de prêts environnementaux. Koolboks, qui conçoit des systèmes de réfrigération solaire, opère désormais dans dix-sept pays. 

Un guide publié en 2026 par l’initiative européenne IYBA-SEED identifie plusieurs constantes dans ces parcours. L’adaptation du produit à chaque marché local. Des partenariats avec des réseaux déjà implantés sur place, plutôt qu’une implantation isolée. Un financement flexible, pensé pour durer plusieurs années de croissance et non pour un seul démarrage.

Le défi n’est donc plus seulement de faire naître des entreprises. Il est de permettre à celles qui ont trouvé leur marché de grandir assez pour changer de dimension. Ce numéro 39 du magazine Ocean’s News consacre sa Cover Story à Tarek Toko Chabi, un dirigeant dont le parcours éclaire, à sa manière, cette même tension entre ambition et ressources. 

Face à la croissance des PME africaines et au défi du passage à l’échelle, il décrypte pour nous les vrais blocages du financement des PME et les leviers indispensables pour transformer le potentiel africain en réussites durables. Bonne lecture !

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