Il y a une phrase que les économistes africains répètent depuis des décennies sans être vraiment entendus. L’Afrique est riche. Riche en ressources naturelles, riche en capital humain, riche en épargne. Mais cette richesse ne finance pas l’Afrique.
Les fonds de pension du continent, les compagnies d’assurance, les fonds souverains gèrent des centaines de milliards de dollars. Une part considérable de ces capitaux est investie hors du continent, faute d’instruments adaptés, faute de marchés financiers suffisamment profonds.
Pendant ce temps, les échanges commerciaux intra-africains ne représentent que 17 % du commerce total du continent, selon les données du SADC Business Council. En Europe, ce taux dépasse 68 %. En Asie, 59 %, selon les chiffres de la CNUCED.
Ce paradoxe a désormais une réponse institutionnelle. Le 9 avril 2026, à Abidjan, sous le patronage du président Alassane Ouattara, les économistes africains et acteurs financiers ont adopté le Consensus fondateur de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, la NAFAD.
Un cadre continental dont l’objectif est explicite : mobiliser l’épargne intérieure africaine pour financer les infrastructures, la santé, l’énergie et le numérique dont le continent a besoin, sans attendre les bailleurs extérieurs.
Mais un texte ne suffit pas. Ce qui change véritablement les choses, ce sont ces économistes africains, ces hommes et ces femmes qui, bien avant les Consensus officiels, ont déjà décidé de construire l’intégration africaine de leurs propres mains. Souvent loin des capitales. Souvent sans attendre les conditions idéales.
Les économistes africains sonnent l’alarme
Gervais Atta est l’un d’eux. Ivoirien, natif de Tanda, il aurait pu rester à Abidjan. Sa carrière à la Société Ivoirienne de Banque, puis chez Banque Atlantique, lui ouvrait toutes les portes d’un parcours confortable dans le système financier ouest-africain. Il a choisi autrement.
Depuis juillet 2025, Gervais Atta préside le SADC Business Council, instance qui représente les organisations patronales de 16 pays d’Afrique australe, soit plus de 400 millions d’habitants. Sa feuille de route est précise. Consolider le dialogue public-privé dans l’espace SADC. Faciliter les investissements transfrontaliers. Faire du secteur privé africain non plus un spectateur de l’intégration continentale, mais son moteur principal.
C’est exactement ce que la NAFAD appelle de ses vœux. Et c’est exactement ce que des économistes africains comme Gervais Atta font concrètement, depuis des années, avant même que les textes officiels ne leur donnent raison.
Un rapport du FMI publié en mai 2023 estimait que la pleine mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine pourrait permettre une hausse de plus de 50 % des échanges commerciaux intra-africains et augmenter les revenus du continent de 450 milliards de dollars d’ici 2035, selon la Banque mondiale. Ces chiffres donnent la mesure de ce qui est en jeu. Et ils rappellent que l’intégration économique africaine n’est pas un slogan. C’est un chantier qui a besoin de bâtisseurs.
Ocean’s News lui consacre la couverture de son 37e numéro. Parce que l’Afrique a besoin de voir ses bâtisseurs. Pas seulement les lire dans des rapports. Les voir, les nommer, les raconter.
L’intégration africaine ne se fera pas par décret. Elle se fera par des hommes qui traversent l’océan Indien quand tout le monde reste sur le rivage.
