Le financement des startups africaines reste largement dominé par les capitaux étrangers, malgré la montée des écosystèmes technologiques sur le continent. L’Africa Finance Corporation veut modifier cet équilibre avec un programme de 100 millions de dollars destiné aux fonds d’investissement technologiques africains. Deux premières opérations ont déjà été validées, signe d’un repositionnement stratégique inédit pour l’institution.
L’Africa Finance Corporation a engagé 40 millions de dollars dans deux fonds spécialisés dans la tech africaine, selon TechCabal. L’institution a investi 25 millions de dollars dans Lightrock Africa Fund II et 15 millions dans Future Africa Fund III, dans le cadre d’un programme global de 100 millions de dollars destiné aux gestionnaires de fonds africains. Créée en 2007, l’AFC gère près de 19 milliards de dollars d’actifs et s’était jusqu’ici concentrée sur les infrastructures lourdes comme l’énergie, les ports, les mines ou les câbles sous-marins.
Ce nouveau programme traduit une évolution de sa stratégie d’investissement. Pour la première fois, l’institution adopte une approche de fonds afin de soutenir l’amorçage et la croissance des entreprises technologiques africaines. Selon Begna Gebreyes, 60 millions de dollars restent encore à allouer à d’autres gestionnaires de fonds actuellement en cours d’évaluation.
Le choix de Lightrock et Future Africa n’est pas anodin. Lightrock Africa Fund II cible les entreprises à forte croissance et aux fondamentaux solides, un profil en phase avec les attentes d’investisseurs devenus plus sélectifs. Future Africa, fondé par Iyinoluwa Aboyeji, se positionne sur les premières étapes du cycle de vie des startups africaines. Son portefeuille couvre l’inclusion financière, la tech grand public, les infrastructures numériques et l’éducation. Ces deux fonds représentent deux maillons complémentaires de la même chaîne : du premier ticket à la croissance.
Le problème que l’AFC entend résoudre est documenté et chiffré. En 2025, les startups africaines ont levé 3,4 milliards de dollars, dont 82 % absorbés par quatre seuls marchés : Égypte, Kenya, Nigeria et Afrique du Sud, selon TechCabal. La part des institutions financières africaines dans ces tours de table ne cessait de reculer. Elle est tombée à 27 % des engagements totaux en 2025, selon l’African Private Capital Association. Les fonds de pension, les assureurs et les grands investisseurs institutionnels du continent restent largement absents de l’écosystème du financement des startups africaines.
En avril 2026, les startups africaines n’ont levé que 110,4 millions de dollars sur 34 opérations, contre 150,5 millions sur 27 opérations en mars, d’après Innovation Village. Le nombre de deals progresse, mais les montants totaux reculent. Les conditions de liquidité restent sous pression, et les investisseurs internationaux se montrent de plus en plus prudents. C’est précisément à ce moment que l’engagement de l’AFC peut faire office de signal fort pour le marché.
Le financement des startups africaines peut-il enfin devenir une affaire africaine ?
L’AFC ne cherche pas seulement à abonder les caisses de quelques fonds. Elle veut démontrer aux grands détenteurs de capitaux africains : fonds de pension, compagnies d’assurance, fonds souverains, qu’il est possible et rentable d’investir dans la tech locale.
L’institution rappelle que certains gérants de capital-risque africains affichent déjà des rendements pouvant atteindre 128 fois le capital investi, selon les données citées dans son programme. L’argument de la performance existe. Il faut encore convaincre les gestionnaires de l’épargne africaine de l’utiliser.
L’économie numérique africaine pourrait représenter plus de 700 milliards de dollars du PIB continental d’ici 2050, selon les projections de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. Neuf licornes technologiques ont déjà émergé sur le continent. La capacité entrepreneuriale est là. Le capital local, lui, n’a pas encore suivi.