Mahamadou Cissé, ancien Chargé de mission auprès du Ministre de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle au Mali est l’invité du 33e numéro du magazine Ocean’s News.
L’entrepreneur malien, véritable acteur du changement, est à la tête de plusieurs initiatives qui visent à encourager l’entrepreneuriat et à renforcer la formation professionnelle au Mali. Il est le Coordinateur du Programme gouvernemental PMCDE et Président de DiasporAct, qui œuvre pour dynamiser les liens entre la diaspora malienne et son pays d’origine, avec l’ambition d’encourager l’investissement et le transfert de compétences.
Mais au-delà de ses responsabilités publiques, Mahamadou Cissé est également un entrepreneur dans l’âme. Il est le fondateur de FIKASO, une plateforme qui facilite la commande en ligne de taxis et de repas. Grâce à plus de 10 ans d’expérience, son parcours diversifié et sa vision font de lui un maillon important dans le développement économique et social de son pays.
Dans cette interview exclusive, Mahamadou Cissé nous livre ses réflexions sur l’entrepreneuriat en Afrique, les défis et opportunités pour la jeunesse, et les initiatives qu’il met en place pour contribuer à l’avenir prospère du Mali et de l’Afrique. Interview !
Mahamadou Cissé, que pourriez-vous ajouter à cette introduction pour permettre à nos lecteurs de mieux vous connaître ?
Mahamadou Cissé : Je vous remercie pour cette présentation. Pour ajouter, je dirai que je suis avant tout un passionné de solutions innovantes, et que mon approche des défis économiques et sociaux repose sur une conviction profonde : le développement durable n’est possible que si nous parvenons à lier innovation, collaboration et pragmatisme. Mon parcours est une combinaison de plusieurs expériences complémentaires. D’abord dans l’entrepreneuriat avec FIKASO, où je me suis justement concentré sur l’innovation pour tester des idées nouvelles et collaborer avec des acteurs du secteur privé pour contribuer à l’essor économique du Mali. Et ensuite dans l’administration publique, où j’ai mesuré l’impact des politiques publiques et l’importance de la bonne gouvernance pour créer un environnement propice à la croissance économique.
Un autre aspect important est mon implication dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets structurants comme le PMCD (Programme de Mobilisation des Compétences de la Diaspora pour l’Emploi au Mali). Ce programme gouvernemental représente une initiative inédite pour mobiliser les compétences et les talents de la diaspora malienne, afin de les mettre au service du développement économique du pays. Nous savons que la diaspora malienne, à travers son expertise, ses réseaux et ses ressources, peut jouer un rôle déterminant dans l’accélération de l’employabilité et dans la création de nouvelles opportunités, notamment pour les jeunes. C’est une démarche qui vise à construire des ponts entre les compétences acquises à l’étranger et les besoins spécifiques du marché de l’emploi au Mali.
Alors, quel est le parcours de Mahamadou Cissé et comment est-il devenu l’un des acteurs de l’écosystème entrepreneurial les plus influents du Mali ?
Mahamadou Cissé : Mon parcours est assez atypique. Initialement formé dans le domaine littéraire, je me suis ensuite orienté vers les relations internationales, avant de poursuivre un master en gestion d’entreprise. J’ai toujours été passionné par l’acquisition de savoirs, ce qui explique mon parcours pluridisciplinaire. Après mes études, j’ai bien entendu travaillé comme salarié dans le secteur privé pour acquérir mes premières véritables expériences professionnelles et comprendre le monde de l’entreprise, avec toute la rigueur que cela implique. Après quelques années, j’ai décidé de me lancer dans l’auto-entrepreneuriat, tout en maintenant mon emploi salarié, avant de franchir finalement le pas vers l’entrepreneuriat à plein temps.
Le parcours entrepreneurial est semé d’embûches, mais aussi d’opportunités à saisir, comme tout jeune entrepreneur le sait. Après quelques années d’expérience, j’ai répondu à l’appel de mon pays, le Mali, pour servir une cause beaucoup plus grande et ambitieuse. Je vous avoue que ce n’était pas une décision facile, car cela impliquait de confier la gestion de ma jeune start-up, avec tous les risques que cela comportait à quelqu’un d’autre. Mais le défi qui m’attendait était excitant. Comme je l’ai mentionné, je suis de nature curieux et avide d’apprentissage. J’ai vu là une opportunité d’apprendre le fonctionnement de la haute administration et d’apporter mon expertise entrepreneuriale à l’élaboration de dispositifs d’accompagnement pour les porteurs de projets.
Quant à mon influence… [Rire], une chose est certaine, je fais partie de ces entrepreneurs qui ont choisi de parier sur le Mali, malgré un contexte difficile. Et surtout, je milite activement pour la promotion du Mali comme destination d’investissement, en particulier auprès de la diaspora et d’autres investisseurs potentiels, afin de mettre en lumière les nombreuses opportunités qu’offre notre pays.
À quel moment vous êtes-vous dit : « Je dois me lancer dans l’entrepreneuriat », et quelles ont été vos premières expériences ?
Mahamadou Cissé : Je pense que le déclic est venu assez tôt, même si je ne l’ai pas toujours vu sous cet angle à l’époque. J’ai toujours été quelqu’un de profondément motivé par l’idée de servir les autres, que ce soit à travers des engagements associatifs ou communautaires. Depuis mon plus jeune âge, j’ai été impliqué dans des projets collectifs, cherchant toujours à apporter des solutions concrètes aux problématiques que je rencontrais autour de moi. Cela m’a permis de comprendre que l’entrepreneuriat est une aventure humaine qui permet de créer quelque chose de nouveau et d’utile pour la société.
Le véritable tournant vers l’entrepreneuriat s’est produit lors de mes premières expériences professionnelles. J’ai eu la chance de travailler dans de diverses structures où j’ai vu à la fois les défis auxquels faisaient face les entreprises et les opportunités qu’elles pouvaient saisir. J’ai compris qu’en tant qu’entrepreneur, j’aurais une liberté d’action beaucoup plus grande pour proposer des solutions innovantes et concrètes aux problèmes existants. C’est ce qui m’a poussé à sauter le pas.
Mes débuts étaient évidemment timides et pleins de doutes. Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, je manquais de ressources, mais j’étais animé par cette volonté de créer quelque chose de tangible. Je me suis lancé dans des projets à petite échelle, souvent en parallèle de mon emploi salarié, pour tester mes idées et apprendre à gérer les différentes facettes de l’entrepreneuriat : la gestion financière, la relation client, la recherche de financement, et surtout, la gestion du temps. Les premières années ont été un véritable apprentissage sur le terrain.
J’ai fait face à des échecs, mais aussi à des réussites modestes qui m’ont permis de me renforcer et de mieux comprendre mes forces et mes faiblesses. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est d’être entouré de personnes qui croyaient en mes idées et qui m’ont donné des conseils. Et même si les premiers pas étaient incertains, chaque petite victoire m’a confirmé que l’entrepreneuriat était la voie à suivre. C’est un processus où il faut savoir se remettre en question sans jamais perdre de vue la mission que l’on s’est fixée : apporter des solutions qui ont un réel impact.
Comment ces expériences ont-elles influencé votre vision de l’entrepreneuriat et du développement au Mali ?
Mahamadou Cissé : Ces expériences m’ont profondément influencé dans ma compréhension de l’entrepreneuriat et de son rôle dans le développement du Mali. Ce que j’ai appris, c’est que l’entrepreneuriat ne consiste pas simplement à créer une entreprise ou à chercher à faire des bénéfices, mais à résoudre des problèmes réels tout en apportant une valeur ajoutée à la société. Dans mon parcours avec FIKASO, par exemple, l’objectif était de faciliter la vie quotidienne des Maliens en rendant l’accès aux services de transport et de livraison plus pratique. Ce sont des solutions qui répondent à des besoins concrets, et c’est là toute la différence entre un projet entrepreneurial qui fonctionne et un autre qui peine à décoller : l’impact réel sur la vie des gens. Cela m’a également convaincu que l’entrepreneuriat peut être un levier puissant pour le développement du Mali, mais qu’il doit être soutenu par un environnement propice à l’innovation et à la croissance. Pour cela, plusieurs éléments doivent être réunis.

Un premier facteur essentiel est un accompagnement structuré des entrepreneurs : des programmes de mentorat, des formations, et des espaces où ils peuvent tester leurs idées avant de se lancer à grande échelle. Un autre élément clé est l’accès aux financements, qui reste un défi majeur pour les start-up au Mali. Les entrepreneurs ont besoin de fonds pour développer leurs idées, mais aussi pour passer à l’échelle et surmonter les premières difficultés liées à la gestion des ressources et à l’expansion. Enfin, un réseau solide est indispensable : l’entrepreneur ne peut pas tout faire seul. Un réseau qui permet de s’entourer des bonnes personnes, de partager des expériences, et de tisser des liens avec des partenaires stratégiques peut être un véritable catalyseur de succès.
Par ailleurs, ces expériences m’ont fait prendre conscience de l’importance de la diversification des secteurs économiques. Pour moi, l’avenir de l’entrepreneuriat au Mali ne réside pas uniquement dans la création de petites entreprises dans des secteurs traditionnels, mais dans l’innovation à travers des secteurs stratégiques comme la technologie, l’agriculture durable, l’énergie renouvelable ou encore l’économie numérique. C’est là que réside une part importante de notre potentiel de développement. Mais pour que cette évolution se concrétise, il faut des politiques publiques qui soutiennent l’innovation et qui créent un cadre favorable aux investissements. Il ne s’agit pas seulement de développer des entreprises, mais d’accompagner des projets qui, sur le long terme, peuvent contribuer à une transformation économique profonde.
Et si on parlait plus en détails de votre rôle d’ancien Chargé de mission auprès du Ministre de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle du Mali. Quelles étaient vos principales responsabilités ?
Mahamadou Cissé : Mes responsabilités à ce poste étaient variées, mais elles se concentraient toutes autour de la promotion de l’entrepreneuriat, de la création d’emplois et du renforcement de la formation professionnelle. Mon rôle était de participer à l’élaboration des politiques publiques qui soutiennent ces axes stratégiques et qui visent à dynamiser le tissu économique du pays.
Je coordonne également le Programme de Mobilisation des Compétences de la Diaspora pour l’Emploi au Mali (PMCDE), qui est particulièrement important pour moi. Ce programme a pour objectif de mettre en valeur le potentiel de la diaspora malienne en la mobilisant pour le développement économique local. Mon travail consiste à coordonner cette initiative en créant des partenariats avec des acteurs publics et privés, à la fois nationaux et internationaux, pour maximiser l’impact des compétences de notre diaspora sur le marché de l’emploi au Mali.
Je suis également impliqué dans le suivi des partenariats stratégiques, qu’il s’agisse de collaborations avec des organisations internationales, des entreprises privées ou des ONG. Ces partenariats sont essentiels pour apporter des ressources et des compétences supplémentaires à l’écosystème entrepreneurial malien. Un autre aspect important de mon rôle est la mobilisation de fonds pour soutenir les projets entrepreneuriaux et les initiatives de formation professionnelle, afin d’assurer une croissance inclusive et durable. Cela inclut la recherche de financement, la gestion des relations avec les bailleurs de fonds, et l’accompagnement des projets tout au long de leur cycle de vie.
Mon rôle est de participer à l’élaboration, sous le leadership du ministre en charge de l’entrepreneuriat, de l’emploi et de la formation professionnelle, à la mise en place des politiques efficaces et des programmes structurés qui permettent de créer un environnement propice à l’entrepreneuriat et à l’emploi, tout en développant les compétences et les capacités nécessaires à la réussite des projets. C’est un travail de collaboration constant entre différents acteurs, et je suis convaincu que c’est ainsi que nous pouvons réellement transformer l’économie malienne.
Comment votre expérience entrepreneuriale vous aide-t-elle à concevoir des politiques et des programmes au sein du ministère ?
Mahamadou Cissé : Mon expérience entrepreneuriale est un atout dans la conception des politiques et des programmes au sein du ministère. En tant qu’entrepreneur, je suis directement confronté aux réalités du terrain, ce qui me permet d’adopter une approche beaucoup plus pragmatique et centrée sur les résultats. Avec FIKASO, j’ai vécu de premières mains les défis auxquels les entrepreneurs font face : le manque d’accompagnement structuré, la difficulté d’accéder à des financements adaptés, les obstacles administratifs, et parfois, le manque de soutien technique ou stratégique.
Ces difficultés, je les connais bien, et cela m’aide énormément à concevoir des programmes qui sont non seulement ambitieux, mais également réalistes et efficaces. Par exemple, toutes initiatives que je porte, je suis particulièrement attentif à ce que les solutions proposées ne soient pas seulement théoriques, mais qu’elles répondent directement aux besoins des entrepreneurs et qu’elles soient adaptées au contexte local. Je sais qu’un entrepreneur ne cherche pas seulement à avoir un financement, mais aussi à être accompagné, à bénéficier d’un mentorat, à avoir accès à un réseau et à pouvoir tester et ajuster son modèle d’affaires dans un environnement sécurisé.
Mon parcours m’a également appris l’importance de l’accompagnement personnalisé, qui est un axe essentiel de mes travaux actuels. J’ai souvent vu des projets prometteurs échouer simplement parce qu’ils n’ont pas eu l’encadrement nécessaire pour surmonter les obstacles administratifs ou financiers. Simultanément, mon expérience m’aide à comprendre que les solutions doivent être flexibles et adaptables. Les programmes que nous concevons par les différents départements ministériels ne doivent pas être rigides, car chaque projet a des spécificités qui nécessitent une réponse personnalisée. Cela inclut la possibilité de réagir rapidement face à l’évolution du marché ou aux nouvelles tendances, comme les technologies numériques ou les nouvelles formes de financement.
Quelles sont donc les différentes initiatives que vous avez mises en œuvre pour promouvoir l’entrepreneuriat au Mali ?
Mahamadou Cissé : En plus de FIKASO et du PMCDE, j’ai eu l’opportunité de m’engager dans plusieurs autres initiatives qui visent à promouvoir l’entrepreneuriat au Mali. L’entrepreneuriat est un levier essentiel pour le développement économique du pays, et c’est une cause qui me tient particulièrement à cœur. C’est pourquoi je me suis impliqué dans plusieurs projets et associations pour soutenir les jeunes porteurs de projets et les aider à surmonter les obstacles qu’ils rencontrent.
L’une des initiatives majeures à laquelle je suis particulièrement attaché est Diaspor’Act, que j’ai fondée il y a quelques années. Diaspor’Act est une association qui se donne pour mission de connecter les entrepreneurs maliens, notamment ceux de la diaspora, avec des opportunités d’investissement et de collaboration au Mali. L’idée est de créer un véritable pont entre la diaspora malienne, qui regorge de compétences et de ressources, et les jeunes entrepreneurs sur place, qui ont souvent des idées innovantes, mais manquent de soutien financier ou de mentors expérimentés.
L’objectif de Diaspor’Act est donc de favoriser un transfert de compétences et de capital entre la diaspora et le Mali. Nous organisons régulièrement des événements, des forums d’échanges et des rencontres d’affaires pour créer ce réseau de soutien. Nous mettons également en place des programmes de mentorat, où des entrepreneurs expérimentés, qu’ils soient basés à l’étranger ou au Mali, accompagnent les jeunes dans le développement de leurs projets. L’un des grands défis pour les jeunes entrepreneurs au Mali, c’est de se sentir isolé ou déconnecté des acteurs clés de l’écosystème entrepreneurial. Diaspor’Act s’efforce de briser cette barrière, en favorisant un échange constant entre ceux qui ont les moyens et ceux qui ont les idées.
À travers mes fonctions d’ancien Chargé de mission, je suis particulièrement fière d’avoir été choisi pour assurer la présidence de la commission nationale d’organisation de la première édition du salon national de l’emploi au Mali. Ce salon rassemble des entreprises locales, des organisations internationales, des institutions de formation et des structures d’accompagnement de projets. Il sert de véritable carrefour entre les jeunes à la recherche d’emplois ou d’opportunités d’entrepreneuriat et les acteurs économiques qui peuvent les soutenir. L’objectif est de créer des ponts entre les demandeurs d’emploi, les créateurs d’entreprises et les investisseurs, et ainsi de favoriser l’émergence de nouvelles opportunités.

En parallèle, je contribue à plusieurs programmes de renforcement de capacités pour les entrepreneurs. Ces programmes offrent aux jeunes créateurs d’entreprises les outils pratiques dont ils ont besoin pour réussir, que ce soit en matière de gestion d’entreprise, de marketing digital, de stratégies de développement. L’idée est de fournir des formations adaptées aux besoins réels des entrepreneurs, mais aussi de favoriser les échanges d’expérience entre eux, de manière à créer une communauté dynamique de créateurs d’entreprises qui peuvent se soutenir mutuellement.
L’une de mes initiatives les plus ambitieuses est le projet de création d’un incubateur et d’un fonds d’investissement dédié à la diaspora. Cet incubateur aura pour vocation de soutenir les start-up innovantes au Mali, en leur offrant non seulement des espaces de travail et des infrastructures, mais aussi un accompagnement sur mesure, un accès à des financements et un réseau d’experts et de mentors. Quant au fonds d’investissement, il vise à mobiliser les ressources de la diaspora malienne pour financer des projets d’entrepreneuriat et d’innovation au Mali. L’objectif est de permettre à la diaspora de contribuer activement au développement économique de leur pays d’origine, en investissant dans des projets à fort potentiel de croissance.
Toutes ces initiatives visent à contribuer à la structuration de l’écosystème entrepreneurial au Mali, à le rendre plus interconnecté. Il ne s’agit pas seulement de créer des programmes isolés, mais de mettre en place un cadre intégré où les jeunes entrepreneurs peuvent accéder à des opportunités de financement, à des ressources de formation et à un réseau de soutien solide. Cela permet à l’entrepreneuriat de jouer son rôle de moteur de développement pour l’économie malienne, et d’offrir aux jeunes des solutions concrètes pour créer leur propre emploi et contribuer à la croissance du pays.
Ces différentes initiatives sont toutes portées par un même principe : renforcer l’autonomie économique des jeunes maliens. À travers ces actions, je souhaite créer un écosystème propice à l’émergence de nouveaux talents et à l’épanouissement des jeunes entrepreneurs. Le Mali a un potentiel énorme, et il est important d’offrir des moyens pour que ce potentiel se transforme en actions concrètes.
Plus concrètement, comment mobilisez-vous les compétences et les ressources de la diaspora pour soutenir l’entrepreneuriat au Mali ?
Mahamadou Cissé : La clé pour mobiliser efficacement la diaspora réside dans la création de ponts solides entre les aspirations des maliens à l’étranger et les besoins spécifiques de notre économie locale. L’objectif n’est pas simplement de chercher à connecter des compétences, mais de bâtir un écosystème durable qui favorise l’intégration de ces talents dans des projets concrets. Ainsi, nous avons développé plusieurs outils stratégiques pour faciliter cette mobilisation, en identifiant des opportunités d’investissement, mais aussi en ciblant les besoins en formation et en expertise des jeunes maliens.
Une des initiatives phares du PMCDE est de faire venir des experts de la diaspora pour travailler directement avec les centres de formations professionnelles dans des secteurs stratégiques. Par exemple, nous avons lancé des programmes de formation spécialisés, où des experts maliens basés à l’étranger sont venus dispenser des formations pratiques sur des thématiques comme la restauration, le froid et climatisation, l’installation solaire, et bien d’autres domaines à fort potentiel de développement. Ces formations visent à doter les jeunes maliens des compétences pratiques et techniques nécessaires pour lancer et pérenniser leurs entreprises dans un environnement de plus en plus compétitif et durable. Ce type de formation pratique, dispensée par des professionnels aguerris, joue un rôle important dans l’amélioration des capacités locales, en mettant l’accent sur des secteurs porteurs.
Nous avons également créé une plateforme numérique et des campagnes de sensibilisation à travers des ambassades, des associations et des événements, pour informer et mobiliser la diaspora autour de ces programmes. Ces initiatives permettent à la diaspora de mieux comprendre les enjeux locaux et de voir comment leurs compétences peuvent être mises à contribution de manière concrète et mesurable.
Une autre dimension importante de notre approche est le mentorat. En parallèle de ces programmes de formation, des experts de la diaspora accompagneront des start-up locales pour les aider à se structurer, à trouver des financements et à se développer à l’international. Cela crée un cadre propice à l’échange d’idées et à l’innovation tout en facilitant le transfert de savoir-faire. C’est cette approche globale et intégrée qui fait toute la différence et crée une véritable dynamique de développement durable pour le Mali.
Quels conseils donneriez-vous à la diaspora pour investir efficacement au Mali et participer au transfert de compétences ?
Mahamadou Cissé : Mon premier conseil serait de s’orienter vers des secteurs à fort potentiel de développement et ayant un impact durable. Parmi ces secteurs, l’agriculture, les technologies et l’économie numérique se distinguent particulièrement. Ces domaines ne sont pas seulement des opportunités d’investissement, mais répondent également à des besoins réels du pays. L’agriculture, par exemple, est un secteur clé de l’économie malienne, mais pouvant bénéficier d’une modernisation, de nouvelles technologies, et d’une meilleure gestion des ressources. Quant aux technologies et à l’économie numérique, elles offrent des solutions innovantes pour améliorer l’accès aux services, la productivité et la création d’emplois. Investir dans ces secteurs permet non seulement de générer un retour sur investissement, mais aussi de contribuer à l’essor du pays.
Il faut ensuite savoir qu’il est essentiel pour la diaspora de bien comprendre le contexte local avant de se lancer. Cela implique de s’informer sur les opportunités, mais aussi sur les défis propres au marché malien. Un investissement réfléchi doit tenir compte des particularités culturelles, des réglementations locales et des dynamismes régionaux. C’est pourquoi il est important de s’associer à des acteurs locaux qui connaissent bien le terrain. Les partenariats avec des entreprises locales ou des institutions maliennes permettent d’obtenir des informations plus précises et de réduire les risques.
En matière de transfert de compétences, il ne s’agit pas seulement de transmettre des savoirs techniques ou des compétences spécialisées, mais aussi d’encourager une culture de l’innovation, de la résilience et des pratiques de gouvernance efficaces. La diaspora peut jouer sa partition, en partageant des méthodologies de gestion, des approches innovantes et des outils modernes qui ont fait leurs preuves à l’international. Par exemple, l’introduction de pratiques de gouvernance transparentes, de gestion de projet agile, ou d’outils numériques adaptés aux réalités locales peut transformer des secteurs entiers.
Je conseille vivement à la diaspora de s’impliquer non seulement dans l’investissement financier, mais aussi dans l’accompagnement des jeunes entrepreneurs maliens. Il existe de nombreuses initiatives, comme des programmes de mentorat, qui permettent à des membres de la diaspora d’accompagner les start-up locales, de partager leur expérience, et de former les équipes sur des compétences stratégiques (management, développement de produit, stratégie financière, etc.). Ce rôle de mentor ne consiste pas qu’à donner des conseils, mais à instaurer une véritable relation de partenariat, où l’échange est mutuel et les résultats se mesurent à long terme. La diaspora a tout un écosystème à sa disposition pour contribuer efficacement au développement économique du Mali, et chaque action, qu’elle soit petite ou grande, peut faire une réelle différence.
Selon vous, quels sont les principaux freins à l’entrepreneuriat des jeunes au Mali ?
Mahamadou Cissé : Les obstacles à l’entrepreneuriat des jeunes au Mali sont nombreux et variés, mais certains reviennent systématiquement. Le manque d’accès au financement est sans doute l’un des plus grands défis. Beaucoup de jeunes porteurs de projets ont des idées innovantes et créatives, mais ils se heurtent à la difficulté d’obtenir des financements pour concrétiser leurs projets. Les institutions financières traditionnelles, telles que les banques, sont souvent réticentes à prêter à des jeunes entrepreneurs, notamment à cause du manque de garanties ou de l’absence d’historique financier solide. Cela crée un véritable goulet d’étranglement pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat, en particulier dans des secteurs à forte valeur ajoutée, mais où les risques peuvent être perçus comme élevés.
Il y a également un manque d’accompagnement structuré pour ces jeunes. L’entrepreneuriat ne se résume pas à avoir une bonne idée ou une grande motivation. Il faut aussi un encadrement de qualité, qui inclut des formations pratiques sur des compétences essentielles telles que la gestion financière, le marketing, la gestion des ressources humaines, et bien sûr le mentorat. Trop souvent, les jeunes entrepreneurs se retrouvent isolés, sans soutien pour les guider à travers les défis quotidiens auxquels ils sont confrontés. Même lorsque des programmes d’accompagnement existent, ils sont parfois trop fragmentés et manquent de ressources pour accompagner efficacement tous les porteurs de projets.
Un autre obstacle majeur est lié à l’environnement administratif. La complexité et la lenteur des procédures administratives peuvent décourager même les entrepreneurs les plus motivés. Les démarches pour obtenir les autorisations nécessaires, enregistrer une entreprise, ou encore obtenir des financements peuvent être longues et fastidieuses, ce qui ralentit le processus entrepreneurial. Cette situation est souvent exacerbée par un manque de transparence et de gouvernance dans certains secteurs, ce qui peut conduire à des pratiques informelles ou à une instabilité réglementaire.
Il existe aussi un réel besoin de réseaux de soutien et de collaboration pour les jeunes entrepreneurs. Nombre d’entre eux sont confrontés à un sentiment d’isolement qui rend leur parcours encore plus difficile. Le manque de réseaux solides, qu’ils soient professionnels, sectoriels, ou même locaux, peut limiter les opportunités d’échange, de collaboration et d’accès à des partenaires ou investisseurs. Créer des espaces d’interaction, où les jeunes peuvent se rencontrer, échanger, et collaborer, est essentiel pour briser cet isolement et encourager une culture d’entrepreneuriat collaborative et solidaire.
Mahamadou Cissé, dites-nous quelles sont vos aspirations pour l’écosystème entrepreneurial malien dans les prochaines années.
Mahamadou Cissé : Je rêve d’un écosystème entrepreneurial dynamique et inclusif où chaque jeune, quel que soit son milieu ou sa situation, puisse trouver les moyens et les ressources pour transformer ses idées en entreprises prospères. Pour cela, il est nécessaire de créer des structures d’accompagnement solides, telles que des incubateurs universitaires, des programmes de mentorat et des fonds d’investissement locaux qui soutiennent les porteurs de projets à toutes les étapes de leur développement.
L’un de mes objectifs est de voir l’innovation devenir un pilier central de notre économie. Nous devons inciter l’essor des secteurs porteurs comme les énergies renouvelables, les technologies numériques et l’agriculture durable. En misant sur ces secteurs, nous pouvons créer un environnement propice à l’innovation, tout en répondant à des défis globaux comme le changement climatique et l’accès à l’énergie.
Si nous réussissons à mettre en place un écosystème où les jeunes sont accompagnés, formés, et ont accès à des ressources adéquates, le Mali pourrait se positionner comme un modèle d’entrepreneuriat résilient en Afrique. En travaillant ensemble, nous avons l’opportunité de bâtir une économie diversifiée et durable, où l’entrepreneuriat devient le moteur du développement et de l’inclusion sociale.
Existe-t-il des secteurs sous-exploités au Mali qui pourraient offrir des opportunités pour les jeunes entrepreneurs ?
Mahamadou Cissé : Bien sûr, plusieurs secteurs au Mali sont sous-exploités et offrent de grandes opportunités pour les jeunes entrepreneurs, d’ailleurs, je les citais précédemment. L’un d’eux est celui des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire. Le Mali est confronté à un sérieux problème énergétique depuis plus d’un an, avec des coupures récurrentes qui affectent le quotidien des citoyens et des entreprises. Malgré un ensoleillement abondant, la filière solaire reste encore insuffisamment exploitée. Il existe donc une vraie opportunité pour les jeunes de se positionner dans la production d’énergie solaire, mais aussi dans l’installation, la maintenance et la distribution de solutions solaires dans les zones urbaines comme rurales. Cela permettrait non seulement de répondre à la crise énergétique actuelle, mais aussi de contribuer à une transition vers une énergie plus durable.
Un autre secteur sous-exploité est l’agriculture durable. Bien que l’agriculture soit un secteur stratégique pour le Mali, elle demeure souvent traditionnelle, avec peu de mécanisation et de transformation locale. Les jeunes peuvent exploiter des niches telles que l’agriculture de précision, l’utilisation de technologies pour améliorer les rendements et la gestion des ressources, ainsi que la transformation des produits agricoles. Il y a également une demande croissante pour les produits bio, et c’est un domaine où les jeunes peuvent vraiment se faire une place. La valorisation des produits locaux et la lutte contre le gaspillage alimentaire offrent également de grandes perspectives d’innovation.
Le secteur des technologies numériques est en pleine expansion au Mali, avec un potentiel énorme. Les jeunes peuvent se lancer dans des solutions numériques pour l’éducation, la santé, ou les services financiers, par exemple avec des plateformes de paiement mobile, de e-commerce ou d’applications mobiles adaptées aux besoins locaux. Le marché est encore loin d’être saturé, et il y a une forte demande pour des solutions digitales qui facilitent l’accès aux services essentiels, notamment dans les zones reculées.
Le tourisme et l’artisanat sont également des secteurs sous-exploités avec de réelles opportunités de croissance. Le Mali possède un riche patrimoine culturel et naturel, mais le secteur touristique reste encore à développer. Les jeunes entrepreneurs peuvent se tourner vers l’écotourisme, le tourisme culturel, ou encore la valorisation de l’artisanat local. Le “made in Mali”, notamment dans les secteurs du textile, de la bijouterie ou des objets d’art, a un potentiel à la fois sur le marché local et à l’international. Les opportunités sont donc multiples, et je pense qu’il est essentiel pour les jeunes d’explorer ces niches en étant à la fois créatifs et bien informés sur les besoins spécifiques du marché.
Élargissons à présent le champ pour aborder l’entrepreneuriat africain dans sa globalité. Fort de vos 10 années d’expérience, quel regard portez-vous sur cet écosystème à l’échelle du continent ?
Mahamadou Cissé : L’écosystème entrepreneurial africain a beaucoup évolué ces dernières années, et il est aujourd’hui à un tournant décisif. L’Afrique regorge de potentiel, mais aussi de défis considérables. Ce que je vois, c’est une nouvelle génération d’entrepreneurs qui fait preuve d’une grande créativité, d’agilité et de résilience, et qui est en train de redéfinir les règles du jeu. Les jeunes ne sont plus seulement à la recherche de solutions locales, mais ils ont une vision continentale, ce qui crée de nombreuses synergies et opportunités transversales.
Cependant, même si des progrès indéniables ont été réalisés, l’écosystème reste encore confronté à des défis majeurs. L’un des plus importants est le manque d’accès au financement. Malgré le lancement de plusieurs initiatives comme les fonds d’investissement, les plateformes de crowdfunding ou les investisseurs privés, les entrepreneurs africains ont encore du mal à obtenir des financements à des conditions favorables. Cela reste un frein majeur, surtout pour les start-up en phase d’amorçage. La méfiance des investisseurs vis-à-vis des marchés africains, due à des risques perçus élevés, constitue encore un obstacle à surmonter.
Il y a aussi un besoin urgent de renforcement des capacités locales. Si les idées sont nombreuses, l’accompagnement à la structuration, la gestion des entreprises et l’accès à un réseau solide sont souvent insuffisants. Les programmes d’accompagnement, les incubateurs, et les espaces de coworking sont encore trop fragmentés et manquent parfois de financement et de visibilité. Nous devons également continuer à mettre l’accent sur la formation pratique et la transmission de compétences dans des domaines comme la gestion d’entreprise, le marketing digital, et l’innovation technologique.
Sur le plan des opportunités, je suis convaincu que l’Afrique dispose de ressources humaines et naturelles exceptionnelles, mais qu’il est nécessaire d’encourager une transformation économique fondée sur des secteurs clés. Le marché africain est très vaste et varié, et c’est justement ce qui fait sa force : chaque pays, chaque région a ses spécificités et ses besoins, mais il existe une forte demande pour des solutions innovantes et adaptées. Le secteur technologique, par exemple, connaît une véritable explosion avec des start-up qui émergent de manière exponentielle dans des domaines comme la fintech, l’agritech ou la healthtech.
L’essor de l’e-commerce, des services financiers numériques et de l’éducation en ligne sont de bons exemples de la manière dont l’innovation africaine est en train de se structurer et de se déployer à une échelle continentale. Alors si le continent fait face à des défis importants, il regorge également de solutions innovantes et de jeunes entrepreneurs déterminés. Nous devons donc continuer à bâtir des ponts entre les différents acteurs de l’écosystème – gouvernements, investisseurs, incubateurs, et entrepreneurs – pour créer des conditions favorables au développement des entreprises. À terme, je suis persuadé que l’Afrique pourra s’imposer comme un véritable pôle d’innovation et de création d’emplois pour les décennies à venir.
Comment le gouvernement, les institutions et les entrepreneurs établis peuvent-ils mieux soutenir les jeunes porteurs de projets sur notre continent ?
Mahamadou Cissé : Le soutien aux jeunes porteurs de projets doit venir d’une collaboration renforcée entre le gouvernement, les institutions et les entrepreneurs établis. Le rôle du gouvernement est essentiel, en particulier en simplifiant les démarches administratives pour la création d’entreprises et en offrant un accès facilité au financement. Les jeunes entrepreneurs ont besoin de subventions, de prêts à faible taux d’intérêt et d’incitations fiscales adaptées pour les aider à démarrer et à se développer.
Les institutions financières doivent adapter leurs modèles de financement aux spécificités des jeunes entreprises, surtout en phase de démarrage. Elles doivent offrir des produits financiers plus accessibles, comme des microcrédits ou des prêts avec des conditions plus flexibles, afin d’encourager l’entrepreneuriat au lieu de se limiter à des critères stricts de solvabilité.
Les entrepreneurs établis jouent aussi un rôle fondamental s’agissant du mentorat et de l’accompagnement des jeunes. En partageant leurs expériences et en s’impliquant dans des programmes de mentorat ou de partenariats, ils peuvent vraiment aider les jeunes à surmonter les obstacles du début. Les réseaux d’entrepreneurs doivent être renforcés pour faciliter les échanges de connaissances et créer des synergies entre les jeunes et les plus expérimentés. Il est également important de développer des programmes de formation pratique et des espaces collaboratifs où les jeunes peuvent travailler ensemble, échanger des idées et apprendre.
L’une des préoccupations pour la plupart des jeunes entrepreneurs réside dans la cession des parts sociales et l’ouverture du capital de leurs entreprises. Selon vous, existe-t-il un moment opportun pour accueillir des investisseurs au sein de son entreprise ? Quel est votre avis ?
Mahamadou Cissé : L’ouverture du capital et la cession des parts sociales sont des décisions importantes qui dépendent de plusieurs facteurs. Il n’y a pas de moment unique, mais le moment opportun arrive généralement lorsque l’entreprise a atteint un certain stade de maturité. Cela signifie qu’elle a validé son modèle économique et qu’elle génère déjà des revenus ou a prouvé sa viabilité. Les investisseurs cherchent des entreprises solides avec un potentiel de croissance, et c’est là qu’ils peuvent vraiment jouer un rôle.
Avant d’accueillir des investisseurs, il faut être prêt à partager une partie du contrôle de l’entreprise. Cela peut influencer la direction que prendra l’entreprise, il est donc important de bien choisir les investisseurs. Ils doivent non seulement être en mesure d’apporter des fonds, mais aussi des compétences, des conseils et un réseau qui peuvent accompagner la croissance de l’entreprise.
Le moment idéal pour faire entrer des investisseurs peut donc être après avoir validé son produit ou service sur le marché. À ce stade, l’entreprise peut démontrer sa rentabilité ou son potentiel de croissance, ce qui la rend attractive pour des investisseurs qui apporteront non seulement des capitaux, mais aussi une légitimité. Cela permet souvent de passer à l’étape suivante, d’investir dans de nouvelles technologies ou de se développer sur de nouveaux marchés. Le bon moment est donc celui où l’entreprise a besoin de fonds pour grandir, tout en étant prête à conserver un contrôle suffisant pour guider son avenir.
Dans un contexte de mondialisation et d’ouverture des marchés, quelles sont, à votre avis, les principales opportunités et défis auxquels sont confrontées les PME/PMI africaines ?
Mahamadou Cissé : La mondialisation et l’ouverture des marchés offrent de belles opportunités aux PME/PMI africaines. D’une part, elles ont désormais un accès plus large aux marchés internationaux, ce qui leur permet de diversifier leurs revenus, de chercher de nouveaux partenaires commerciaux et d’accéder à des financements extérieurs. Les plateformes numériques permettent aussi à des PME de taille modeste de se positionner sur des marchés mondiaux grâce à des outils comme le commerce en ligne ou le marketing digital.
Ces opportunités s’accompagnent cependant de défis considérables. La concurrence internationale est l’un des plus grands obstacles. Les PME africaines, souvent limitées par un manque de ressources financières, on l’a dit plusieurs fois, des capacités technologiques réduites et un accès restreint à l’information, se retrouvent face à de grandes entreprises déjà bien implantées. L’adaptabilité est aussi un défi. Bien que l’Afrique dispose de ressources humaines et naturelles exceptionnelles, les PME doivent s’adapter rapidement aux nouvelles réalités de la mondialisation, comme la digitalisation et les standards internationaux. Cela nécessite des investissements dans la formation et des programmes d’accompagnement pour renforcer les capacités locales.

Il y a quelques mois, en tant qu’Ambassadeur des Awards de la jeunesse africaine, j’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs jeunes porteurs de projets venant de différents pays du continent. Au-delà des spécificités locales, j’ai compris que nous partageons les mêmes défis : le financement, la gestion de la croissance, l’adaptation aux nouvelles technologies, et la recherche de partenariats stratégiques. Ces rencontres m’ont convaincu qu’une coopération régionale et un partage des ressources entre jeunes entrepreneurs africains peuvent véritablement permettre de surmonter ces obstacles ensemble.
Mahamadou Cissé, avant de terminer cet entretien, parlez-nous de FIKASO. Quels besoins précis cherchiez-vous à satisfaire avec cette plateforme ?
Mahamadou Cissé : L’idée de créer FIKASO est née d’un besoin personnel, celui de résoudre des problèmes concrets auxquels je faisais face au quotidien, en tant que consommateur. À l’époque, je vivais dans un quartier assez éloigné, et je me suis retrouvé plusieurs fois dans une situation où je voulais commander un repas de mon restaurant préféré sans pouvoir sortir de chez moi. Je n’avais pas de solution pratique à ma portée pour me faire livrer, et c’est là que l’idée de FIKASO a émergé. “FIKASO”, qui signifie “jusqu’à chez toi” en langue locale BAMBARA, est né de cette volonté de faciliter la vie des gens, en rendant les services de transport et de livraison plus accessibles et plus modernes.
Les premières expériences ont été loin d’être simples. Nos premiers mois ont été un véritable test : il y avait beaucoup de doutes, de résistances, notamment concernant l’utilisation des technologies pour des services aussi quotidiens. Mais c’est justement cette phase difficile qui m’a permis d’affiner mes idées, d’adapter la plateforme aux réalités locales, et de mieux comprendre le comportement des consommateurs maliens. Avec le temps, notre offre a évolué. Nous avons rapidement élargi nos services en intégrant l’option TAXI sur la plateforme. Cela a répondu à un besoin supplémentaire : celui de permettre aux utilisateurs d’avoir un accès facile à des transports sécurisés et abordables, sans avoir à se soucier de la disponibilité d’un taxi sur place. C’est cette capacité à s’adapter, à écouter nos utilisateurs et à être réactifs qui a vraiment permis à FIKASO de se développer. Aujourd’hui, nous ne nous contentons plus de résoudre un simple problème de mobilité ou de livraison, mais nous participons activement à la modernisation et à l’innovation du secteur des transports et des services au Mali.
Au-delà de la commodité pour les utilisateurs, FIKASO contribue également à l’économie locale en offrant une opportunité de travail à de nombreuses personnes : des chauffeurs de taxi, aux livreurs, en passant par ceux qui travaillent dans le support technique ou la gestion de la plateforme. Nous participons ainsi à la création d’emplois et au renforcement de l’économie numérique dans le pays.
Comment voyez-vous l’évolution de FIKASO dans les années à venir, et quelle est votre vision pour son impact au Mali ?
Mahamadou Cissé : Dans les années à venir, FIKASO aspire à devenir un acteur majeur dans le secteur des mobilités et des services de livraison non seulement au Mali, mais également dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Nous projetons d’étendre notre réseau à d’autres marchés de la région, en mettant en place des solutions adaptées aux spécificités locales de chaque pays. Cela passera par un renforcement de la couverture géographique, en particulier dans les grandes villes, mais aussi dans les zones rurales et périurbaines, afin de garantir un accès équitable aux services de transport et de livraison.
Nous avons également pour ambition d’innover technologiquement, en développant de nouvelles fonctionnalités pour notre plateforme, comme l’intégration de véhicules électriques ou des options plus écologiques pour les livraisons. À long terme, nous souhaitons transformer FIKASO en un véritable hub logistique transfrontalier, facilitant le commerce et les échanges à l’échelle régionale.
Pour l’impact sur le Mali, nous voulons être un catalyseur pour la modernisation des services locaux. Nous envisageons de créer encore plus d’emplois, de soutenir la croissance des petites entreprises et de rendre les services de transport et de livraison plus accessibles à tous, y compris dans les zones rurales. FIKASO doit participer activement à la transformation de l’économie numérique et logistique du Mali, en offrant à chaque citoyen et entrepreneur la possibilité de connecter et d’échanger de manière fluide. Nous voyons aussi une dimension sociale importante dans notre vision. Au-delà du service, notre objectif est de contribuer à améliorer la qualité de vie des Maliens, en simplifiant leur quotidien et en leur offrant des solutions pratiques pour leurs déplacements et achats. FIKASO sera au fil des années un moteur d’innovation et de développement durable au Mali.
Merci pour le temps que vous nous avez accordé.
Mahamadou Cissé : C’est moi qui vous remercie pour cette belle opportunité d’échanger. J’espère que cette interview pourra inspirer et motiver d’autres jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat, et à croire en leur potentiel pour transformer leur environnement. Merci encore, et à très bientôt !
