Cinq modèles économiques abandonnés, un sixième qui tient enfin la route, puis un rachat. Le rachat de Tanel par Alan ne récompense pas une idée brillante du premier jour, mais une startup qui a accepté de se tromper quatre fois avant de trouver la bonne formule.
Tanel, fondée à Dakar en 2021 par Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, gère la couverture santé des salariés au Sénégal et en Côte d’Ivoire. La startup a été rachetée par l’assureur français Alan, pour qui c’est la première implantation en Afrique. L’opération, finalisée en juin 2026, a été dévoilée le 2 septembre.
Tanel numérise l’administration de la couverture santé et le parcours du patient, du suivi des prestations à l’accès aux pharmacies et aux prestataires de soins. Le modèle actuel est le cinquième. Les fondateurs ont d’abord essayé les soins primaires, la livraison d’ordonnances, un logiciel pour pharmacies, puis la distribution de produits non pharmaceutiques, avant de s’arrêter sur les avantages santé pour les employés.
Aujourd’hui, Tanel couvre environ 70 000 personnes dans plus de 400 entreprises, avec un réseau de plus de 1 200 pharmacies, cliniques et prestataires de santé. Tanel est rentable depuis 2025, selon la startup, et le Sénégal représente environ 90% de son chiffre d’affaires, contre 10% pour la Côte d’Ivoire. Makhtar Diop, cofondateur et comptable agréé, dirige la startup avec Mouhamed Ndoye.
Financement et réassurance, deux faces du rachat de Tanel par Alan
Tanel a levé 2,45 millions de dollars avant le rachat, 350 000 dollars en pre-seed puis 2,1 millions en seed en 2024, ce dernier tour valorisant la startup à 7,5 millions de dollars. Ventures Platform, AAIC Investment et des business angels, dont le Dr Mussaad M. Al-Razouki, Alyune-Blondin Diop et Charles « Chuck » Slaughter, figuraient parmi les investisseurs.
Alan est entrée au capital lors de ce seed de 2024 et a ensuite reçu pendant deux ans les points d’étape mensuels de la startup. Tanel préparait une série A quand Alan a fait une offre, et les deux options ont été menées en parallèle. Le prix du rachat n’a pas été communiqué. L’opération offre une sortie complète à Ventures Platform, à AAIC Investment et aux business angels.
Jusqu’ici, Tanel assumait seule le risque de ses contrats d’assurance, ce qui limitait mécaniquement la taille des entreprises qu’elle pouvait couvrir. L’intégration à Alan lui donne accès à la réassurance du groupe français, et donc la possibilité de signer des contrats plus importants sans immobiliser ses propres capitaux dans les mêmes proportions. C’est le changement le plus immédiat du rachat de Tanel par Alan, selon les fondateurs.
La taille financière d’Alan derrière le rachat de Tanel
Alan, cofondée par Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin, revendique plus de 1,2 million de membres en France, en Espagne, en Belgique et au Canada. Le groupe dispose des moyens de financer son expansion africaine.
En juin 2026, Alan a levé 480 millions d’euros lors d’un tour mené par Prosus, sur la base d’une valorisation de 5,5 milliards d’euros. À la fin du deuxième trimestre, Alan déclarait 840 millions d’euros de revenus annuels récurrents signés.
Avec Tanel, Alan vise plus d’un million de membres en Afrique d’ici 2030. Le marché de l’assurance santé au Sénégal et en Côte d’Ivoire est estimé à près de 600 millions d’euros, avec une croissance d’environ 10% par an.
Les deux sociétés comptent d’abord consolider leurs activités dans ces deux pays, puis viser les marchés anglophones d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, le Nigeria et le Kenya étant cités parmi les destinations envisagées, sans calendrier précis.
Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop restent à la tête des activités africaines et rendent compte directement au Directeur général d’Alan. L’équipe de Tanel est conservée.