Publicité
Gambie : la fintech sénégalaise InTouch s'offre dix ans de marché public pour numériser la collecte fiscale
Interview : « une experte doit être sollicitée pour son analyse, pas pour son genre », Yenata Kignaman-Soro

Interview : « une experte doit être sollicitée pour son analyse, pas pour son genre », Yenata Kignaman-Soro

Yenata Kignaman-Soro Yenata Kignaman-Soro
Yenata Kignaman Soro, Commissaire Générale Adjointe du Cyber Africa Forum et membre de Cyber Africa Women

Au Cyber Africa Forum 2026, la confiance numérique se jouera aussi dans la place accordée aux femmes qui conçoivent et pilotent les technologies. À Cotonou, la sixième édition du Forum se tiendra les 16 et 17 novembre. Le Cyber Africa Women (CAW), initiative du CAF, veut renforcer la présence des femmes dans le numérique et la cybersécurité. Selon ses responsables, plus de 500 femmes ont participé aux activités de l’initiative en 2025.

Mais l’enjeu ne se limite pas à la représentation : l’accès aux réseaux de décision, la reconnaissance des compétences et la participation à la création de valeur économique comptent aussi. En 2026, le programme du Forum prévoit notamment des échanges sur l’investissement dans les femmes de la tech, l’adoption de l’intelligence artificielle, la maîtrise des risques et le développement des projets. Le Prix Cyber Africa Women sera également assorti d’un accompagnement destiné à soutenir la lauréate dans la poursuite de ses initiatives.

Comment transformer la visibilité en influence et en opportunités concrètes ? Yenata Kignaman-Soro, experte en cybersécurité, Commissaire Générale Adjointe du Cyber Africa Forum et membre de Cyber Africa Women, revient sur le bilan de l’initiative, ses priorités pour 2026 et les conditions nécessaires pour que les femmes contribuent pleinement aux transformations du numérique africain.

Quel bilan tirez-vous de Cyber Africa Women en 2025, et que prévoyez-vous pour 2026 ?

Yenata Kignaman Soro : Le bilan de l’édition 2025 est encourageant. Avec plus de 500 femmes mobilisées, issues du monde de l’entreprise, des institutions, de l’entrepreneuriat et des métiers technologiques, Cyber Africa Women a confirmé l’intérêt de disposer d’un espace de rencontre et de dialogue à l’échelle du continent. Mais au-delà de cette mobilisation, nous retenons un enseignement important : la question de la place des femmes dans le numérique ne peut plus être abordée uniquement sous l’angle de l’accès ou de la représentation. Elle doit également être posée en termes de pouvoir de décision, de reconnaissance des compétences et de participation à la création de valeur économique.

L’Afrique compte des femmes qui dirigent des entreprises technologiques, pilotent des projets de cybersécurité, développent des solutions d’intelligence artificielle ou accompagnent la transformation numérique des institutions. Pourtant, leurs contributions restent encore trop souvent abordées à travers le seul prisme du genre. Il nous paraît essentiel de faire évoluer cette approche : une experte en cybersécurité doit pouvoir être sollicitée pour son analyse des menaces, une dirigeante technologique pour ses choix stratégiques ou une entrepreneure pour son modèle économique. La question de l’égalité demeure fondamentale, mais elle ne doit pas réduire la place de ces femmes dans les débats.

Le deuxième enseignement concerne le rôle des réseaux professionnels. La compétence, à elle seule, ne garantit pas l’accès aux opportunités. Dans des secteurs où les décisions d’investissement, les partenariats et les marchés reposent aussi sur des relations de confiance, la capacité à accéder aux bons interlocuteurs est déterminante.

Les plateformes comme Cyber Africa Women peuvent précisément contribuer à réduire cette distance entre les talents, les décideurs et les ressources nécessaires au développement de leurs projets. Leur valeur ne réside donc pas uniquement dans les échanges qu’elles suscitent, mais dans les possibilités de collaboration et de progression professionnelle qu’elles peuvent ouvrir.

C’est sur ces deux dimensions que nous souhaitons avancer en 2026 : faire reconnaître les femmes comme des actrices à part entière des grandes transformations technologiques et renforcer leur accès aux réseaux de décision et aux opportunités économiques. Le programme débutera par un webinaire le 29 octobre, suivi d’une rencontre avec Epitech le 14 novembre et d’un dîner de réseautage le 15 novembre.

Le 16 novembre, nous consacrerons une session à deux sujets complémentaires. Une keynote, nourrie par les travaux du baromètre Africaines in Tech, examinera les conditions d’investissement dans les femmes de la tech. Une table ronde réunira ensuite des dirigeantes et des expertes autour de problématiques auxquelles les entreprises sont directement confrontées : l’adoption de l’intelligence artificielle, la maîtrise des risques et le passage à l’échelle des projets technologiques.

Nous organiserons également une Cyber Africa Women Deal Room, pour favoriser des rencontres ciblées avec des entreprises, des investisseurs et des partenaires potentiels. Le Prix Cyber Africa Women viendra, quant à lui, distinguer un parcours et des réalisations, avec une dimension renforcée d’accompagnement de la lauréate dans le développement de ses projets.

Au-delà de la reconnaissance, quels moyens le Prix offre-t-il à la lauréate ?

Yenata Kignaman Soro : Le Prix Cyber Africa Women vise à récompenser des réalisations concrètes, mais aussi à donner à la lauréate les moyens de poursuivre et de développer ses initiatives. Pour cette édition, nous prévoyons un programme de mentorat et d’accompagnement assuré par des décideurs engagés dans Cyber Africa Women.

L’objectif est de lui apporter un appui dans le développement de ses projets, notamment sur les questions de stratégie, de structuration et d’accès aux marchés. Cet accompagnement doit également faciliter ses mises en relation avec des partenaires, des entreprises et des investisseurs susceptibles de contribuer à leur développement.

La lauréate bénéficiera par ailleurs du réseau du Cyber Africa Forum, qui rassemble des dirigeants d’entreprises, des responsables institutionnels et des acteurs de l’écosystème technologique africain. Elle disposera d’une visibilité à travers les supports de communication du Forum, ses relais médiatiques et certaines initiatives organisées avec nos partenaires.

Elle rejoindra également le réseau des anciennes lauréates, avec la possibilité de contribuer aux prochaines éditions et de partager à son tour son expérience avec d’autres femmes. L’enjeu est de faire du Prix un point d’appui pour le développement de ses projets, plutôt qu’une reconnaissance limitée à la cérémonie de remise de la distinction.

Comment lire les différents chiffres de mobilisation ?

Yenata Kignaman Soro : Ces chiffres correspondent à des indicateurs différents, dont les périmètres doivent être précisés. La mention « plus de 500 jeunes filles touchées » renvoie aux actions spécifiquement destinées aux jeunes filles que nous avons organisées en Côte d’Ivoire en 2024, dans le cadre de Cyber Africa Women. Elle mesure la portée de ces actions auprès de ce public ciblé. Ce chiffre ne correspond donc pas au nombre de participantes à l’édition 2025.

Les expressions « 500 femmes engagées » et « plus de 500 participantes aux sessions » désignent le même indicateur pour l’année 2025 : la participation de plus de 500 femmes aux activités de Cyber Africa Women. Il ne s’agit pas de deux groupes distincts. Enfin, les « plus de 1 000 femmes mobilisées » correspondent à un indicateur cumulé depuis le lancement de Cyber Africa Women en 2023. Il rend compte de la mobilisation de l’initiative sur trois années, et non d’une participation supplémentaire à ajouter aux chiffres annuels.

Ces données ne sont donc pas contradictoires. Elles rendent compte de trois réalités : la portée d’actions ciblées auprès des jeunes filles en 2024, la participation aux activités de 2025 et la mobilisation cumulée depuis 2023. Ces indicateurs ne doivent pas être additionnés, car leurs périodes et leurs périmètres se recoupent.

Le Prix Cyber Africa Women est-il une nouveauté de l’édition 2026 ?

Yenata Kignaman Soro : Non, le Prix Cyber Africa Women existe depuis 2024. Il a distingué Longa Andrea Mbuyamba, Fondatrice du réseau Abidjanaises In Tech, lors de sa première édition, puis Ismène Deguenonvo en 2025. Cette même année, Francisca Djossou a été désignée ambassadrice de Cyber Africa Women, une fonction distincte de celle de lauréate du Prix.

Cette année, nous organisons donc la troisième édition du Prix, avec une évolution importante de son processus de sélection. Pour la première fois, et c’est là que réside la nouveauté, les candidatures seront examinées par un jury indépendant sur la base de cinq critères pondérés : l’impact des réalisations (30 %), le parcours professionnel (25 %), l’influence (20 %), l’innovation (15 %) et l’ancrage africain (10 %).

Cette évolution vise à garantir une évaluation structurée, transparente et fondée sur les réalisations des candidates, indépendamment de leurs liens éventuels avec l’initiative ou ses partenaires.

Quels critères permettent d’évaluer l’impact des candidates, et quelles suites leur sont proposées ?

Yenata Kignaman Soro : La grille d’évaluation accorde plus d’importance à ce qu’une candidate a accompli qu’à ce qu’elle représente. Sur un total de 100 points, l’impact des actions menées compte pour 30 %, le parcours professionnel et la légitimité pour 25 %, le rayonnement et la capacité à inspirer d’autres femmes pour 20 %, le caractère innovant de l’initiative pour 15 % et l’ancrage africain pour 10 %.

Les candidates doivent apporter la preuve de leurs résultats, en indiquant notamment des références et sources qui attestent ce qu’elles présentent. Après la remise du Prix, la lauréate bénéficie de l’accompagnement décrit plus haut.

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.
Add a comment Add a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post
Fintech sénégalaise InTouch

Gambie : la fintech sénégalaise InTouch s'offre dix ans de marché public pour numériser la collecte fiscale

Publicité