Entre 130 et 170 milliards de dollars. C’est le trou que la Banque africaine de développement chiffre chaque année entre ce qu’il faudrait investir dans les infrastructures du continent et ce qui y est réellement injecté. Des routes qui ne se construisent pas, des centrales qui restent sur papier, des ports qui tournent au ralenti, faute d’argent disponible sur la durée qu’exigent ces projets. C’est ce gouffre que Serge Mossi et Lamine Mohamed Seck ont choisi d’attaquer, chacun avec son bagage, avant d’unir leurs forces à la tête d’EDEN Capital.
Rien, au départ, ne les destinait à se croiser. Lamine Mohamed Seck fait ses premiers pas à Citibank Dakar, avant de traverser Orabank Sénégal, le Crédit International puis la CBAO. Il y apprend le métier depuis l’intérieur des banques commerciales, là où les entreprises viennent chercher un crédit, une garantie, une solution pour tenir.
Lamine Mohamed Seck finit par diriger une banque d’affaires panafricaine, un poste qui le fait basculer de l’autre côté du métier, celui de la structuration et du conseil. Entre-temps, il empile les diplômes comme on empile les outils dont on sait qu’on aura besoin : un MBA Paris Dauphine/IAE Paris, un DESS du CESAG à Dakar, une certification en finance d’entreprise avec HEC Paris et une autre en finance islamique.
Serge Mossi, lui, vient de Lille. Il y construit sa formation, entre 2003 et 2008 : l’économie et le management à l’Université Lille 1, la finance d’entreprise et des marchés à l’Institut Catholique de Lille, puis un Master 2 en finance et développement des entreprises à l’IAE Lille. Il choisit très tôt la banque d’investissement plutôt que la banque commerciale.
Chez Natixis, en France, il découvre les mécanismes du financement structuré. Il traverse ensuite le Groupe Bank of Africa, puis la Banque Ouest Africaine de Développement, avant d’atterrir chez Oragroup, où il pilote pendant des années les financements structurés pour les douze pays où le groupe est présent. Il complète son bagage par un certificat exécutif en finance durable à la Stockholm School of Economics, preuve qu’il voit déjà où s’oriente le métier.
Près de vingt ans d’un côté, quinze de l’autre. Deux hommes qui n’ont jamais travaillé dans la même salle de marché, mais qui finissent par se rendre compte qu’ils cherchent la même chose : rendre finançables des projets que personne, sur le papier, n’ose financer.
EDEN Capital : ce que l’argent ne suffit pas à résoudre
À travers EDEN Capital, Serge Mossi et Lamine Mohamed Seck mettent en relation des investisseurs et des porteurs de projets. Leur travail commence bien avant, au moment où un projet d’infrastructure semble encore trop risqué, trop long ou trop incertain pour attirer le moindre financement.
Leur réponse tient dans une poignée de mécanismes qu’ils manient comme des artisans. Des structures multi-tranches et multi-devises, pour allonger la durée d’un financement sans en exploser le coût. De la blended finance, qui mélange ressources concessionnelles et capitaux commerciaux.
Des garanties d’extension de liquidité, pour convaincre une banque commerciale de prêter plus longtemps qu’elle ne le ferait seule. Et, de plus en plus, l’asset recycling : un État vend ou valorise temporairement une infrastructure déjà rentable pour financer la suivante, sans creuser sa dette.
Les deux associés voient aussi un potentiel largement sous-exploité dans les marchés financiers régionaux. À leurs yeux, la BRVM pourrait devenir un canal bien plus important pour financer les infrastructures, à travers des emprunts obligataires spécifiquement dédiés à ces projets. Sur le cadre juridique, ils saluent l’apport de l’OHADA pour sécuriser les transactions, en estimant qu’il reste à compléter pour répondre aux exigences propres aux montages de financement d’infrastructures complexes.
Cette philosophie ne reste pas dans les discours. À travers le consortium EDEN & MBG Capital, Serge Mossi a contribué à structurer et mobiliser des financements auprès d’institutions régionales de développement, au profit d’acteurs bancaires sénégalais engagés dans le financement de l’économie réelle. Une opération concrète, loin des grands chiffres abstraits, qui montrent ce que les deux hommes répètent depuis le début : l’ingénierie financière n’a de sens que si elle débouche sur un projet qui sort de terre.
Financer l’Afrique, disent-ils, n’est pas qu’une question de milliards. C’est une question de confiance et de patience, la capacité à transformer un projet fragile en une opération suffisamment solide pour convaincre ceux qui détiennent les capitaux. Avec EDEN Capital, Serge Mossi et Lamine Mohamed Seck ont fait de cette conviction leur métier.