Depuis janvier 2024, Anne Catherine Tchokonté dirige Airtel Madagascar, filiale du groupe indien Bharti Airtel. Sa nomination consacre un parcours singulier, qui a mené cette ingénieure camerounaise du nucléaire français aux engrais marocains avant de la ramener aux télécommunications, son secteur d’origine.
En mars 2026, une délégation d’Airtel Madagascar se rend à Toamasina, ville durement touchée par le cyclone Gezani. Sa Directrice générale, Anne Catherine Tchokonté, vient distribuer des vivres et des kits de première nécessité aux populations sinistrées. Plus de 1 200 foyers reçoivent ce jour-là une aide directe. L’opération montre une méthode qu’elle revendique pour son entreprise, résumée en une formule, de l’urgence à la reconstruction humaine.
À la tête d’Airtel Madagascar depuis janvier 2024, Anne Catherine Tchokonté succède à Eddy wa Kumpala, en poste depuis 2019. L’entreprise appartient au groupe indien Bharti Airtel, troisième opérateur télécoms mondial, présent dans quatorze marchés africains et fort de 150 millions de clients.
Sous sa direction, Airtel Madagascar noue un partenariat avec l’équipementier finlandais Nokia pour déployer les premiers sites de connectivité rurale entièrement hors réseau du pays. Alimentés par l’énergie solaire, ces sites étendent la couverture mobile à des communautés jusque-là privées d’accès à l’éducation à distance, aux soins et aux services financiers mobiles.
Le pari d’un frère aîné
Anne Catherine Tchokonté grandit au Cameroun et effectue ses études secondaires au collège Vogt, à Yaoundé. Alors qu’elle est en classe de seconde, son frère aîné intègre Télécom Paris et lui annonce, par téléphone, qu’elle ira un jour à l’École polytechnique. La promesse reste gravée dans sa mémoire.
Après le baccalauréat, elle rejoint une classe préparatoire au lycée Saint-Louis, à Paris, puis réussit le concours de l’École polytechnique en 2007, au sein de la promotion X07. Elle poursuit sa formation à l’École des Ponts et Chaussées, avant de se spécialiser en microfinance et microassurance à la Frankfurt School.
Sa carrière débute chez Areva, devenu Orano, où elle occupe entre 2012 et 2015 des fonctions liées à l’ingénierie, à la logistique puis au marketing stratégique. Elle rejoint ensuite le groupe marocain OCP, l’un des leaders mondiaux des engrais et du phosphate, comme responsable du développement commercial. Jusqu’en 2019, elle y pilote l’ouverture d’une douzaine de filiales à travers le continent. Ces expériences cumulées, dans l’énergie, l’agriculture, l’éducation puis le numérique, la mettent en lien avec une vingtaine de pays africains au fil des années.
Anne Catherine Tchokonté et le virage Orange Money
En 2021, elle rejoint Orange, où elle prend d’abord en charge la diversification des services financiers mobiles pour la zone Afrique et Moyen-Orient. Ce premier poste dure quelques mois seulement. Dès décembre de la même année, elle est nommée Directrice générale d’Orange Money Cameroun.
En mai 2022, sous sa direction, l’entreprise obtient le tout premier agrément d’établissement de paiement délivré au Cameroun, une étape réglementaire qui lui permet d’élargir son offre de services. Dans le même temps, son capital social passe de 1,2 à 2,2 milliards de FCFA.
En dehors de ses fonctions de dirigeante, Anne Catherine Tchokonté écrit depuis 2019 des histoires pour enfants inspirées d’Afrique. L’une d’elles atteint, en février 2022, la finale d’un concours organisé par Netflix et l’UNESCO sur le thème des contes africains réinventés. Elle soutient par ailleurs le label Study in Africa, une plateforme d’orientation vers l’enseignement supérieur sur le continent.
Son parcours lui vaut une reconnaissance répétée. Elle figure quatre années de suite, de 2021 à 2024, au classement Choiseul 100 Africa des jeunes leaders économiques du continent. Elle fait aussi partie de la promotion 2021 des Young Leaders de la French-African Foundation, avant d’intégrer, en 2025, la cohorte des Young Global Leaders du Forum économique mondial.
D’un secteur à l’autre, Anne Catherine Tchokonté a construit un parcours qui dépasse le seul champ des télécommunications. À Madagascar, elle hérite d’un marché en pleine expansion, où l’accès rural reste un défi structurel et où la concurrence entre opérateurs s’intensifie. La suite de son mandat dira si les partenariats technologiques et l’ancrage humanitaire noués depuis 2024 suffisent à transformer durablement le paysage des télécommunications malgaches.