Publicité

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.

Interview : Régis Amaro, le Congo-Optimiste

Régis Amaro Régis Amaro

Diplômé d’une école de commerce en 2001, Régis Amaro démarre sa carrière dans la banque avant de retourner, quelques années plus tard, sur les bancs de la faculté de droit. Passé par PwC Tax & Legal, Ayming France et VGF Finance, il est aujourd’hui Ph.D en droit des affaires, Conseil juridique et fiscal agréé CEMAC n° 344, juge assesseur bénévole au Tribunal Judiciaire de Lyon, chargé d’enseignement et écrivain. 

Du droit des affaires au financement, de l’entrepreneuriat à la littérature, Regis Amaro construit depuis plus de vingt ans un parcours au croisement du droit, de l’entreprise et de la transmission. Fondateur de Ferreir Consulting, cabinet de conseil juridique et fiscal créé en 2021, il accompagne entreprises, entrepreneurs et dirigeants en France et en Afrique francophone. Il est à l’initiative de « Régis Amaro, le Congo-Optimiste », une démarche de soft power fondée sur la valorisation des talents, de l’entrepreneuriat, de la culture, de la jeunesse et de la diaspora.

Dans cet entretien, Régis Amaro livre sa vision de la structuration des PME, de la mobilisation du capital de la diaspora et des leviers juridiques indispensables pour faire émerger des champions économiques durables sur le continent.

Le cadre juridique et fiscal au cœur de la performance des entreprises

Vous êtes Conseil juridique et fiscal agréé CEMAC n°344. Que représente concrètement cet agrément ?

Régis Amaro : Le Conseil juridique intervient au cœur de la décision de l’entreprise : structuration, contrats, gouvernance, fiscalité, financement, investissements, prévention des risques et accompagnement des difficultés.

Le Conseil fiscal exerce, quant à lui, dans un cadre professionnel communautaire réglementé. L’agrément constitue donc une habilitation professionnelle régionale importante, et non une qualification académique.

Cette expertise occupe une place importante dans mon parcours parce que la fiscalité ne peut être dissociée de la sécurité juridique et financière des entreprises. Il faut connaître la règle, mais surtout en mesurer les conséquences.

L’Afrique souffre-t-elle d’un manque de lois ou plutôt d’un déficit d’application et de prévisibilité juridique ?

Régis Amaro : Je ne le pense pas. L’Afrique dispose de nombreux instruments juridiques, notamment le droit OHADA. Le Congo possède également des dispositifs relatifs à l’investissement, notamment en matière de partenariats public-privé, aux conventions d’établissement ou encore aux conventions fiscales.

L’enjeu est davantage celui de la lisibilité, de la cohérence et de l’effectivité du droit. Un investisseur doit pouvoir identifier les règles applicables, connaître ses garanties et anticiper les conséquences juridiques et fiscales de son implantation. Le droit devient véritablement attractif lorsqu’il est prévisible et effectivement appliqué.

Créer une entreprise est une chose, la faire durer et changer d’échelle en est une autre. Comment passer de l’entrepreneuriat de subsistance à de véritables PME pérennes ?

Régis Amaro : Il faut changer l’indicateur de réussite. Créer une entreprise est une étape ; la faire survivre, investir, employer, innover et changer d’échelle en est une autre.

L’entreprise doit être pensée sur l’ensemble de son cycle de vie : création, structuration, financement, croissance, transmission et, si nécessaire, restructuration. Le Congo a besoin d’entreprises, mais surtout d’entreprises pérennes, structurées, financées et capables de grandir.

Le crédit bancaire classique montre ses limites. Comment diversifier l’architecture de financement des PME africaines, et quelle est la place réelle du financement participatif dans cette équation ?

Régis Amaro : Le crédit bancaire ne peut répondre à tous les besoins. Certaines entreprises ont besoin de dette, d’autres de fonds propres, de capital-investissement, d’investisseurs privés, de marchés financiers ou de mécanismes innovants comme le financement participatif. Le financement doit être pensé comme une architecture : le bon capital, pour le bon projet, au bon moment.

Mon Ph.D, consacré au financement participatif comme solution de restructuration des sociétés en difficulté en France et dans l’espace OHADA, m’a conduit à approfondir cette question du lien entre financement, restructuration et pérennité de l’entreprise. Le financement participatif peut ainsi contribuer à diversifier les sources de capitaux et à rapprocher directement certains projets de leurs financeurs. L’enjeu est de déterminer comment ces mécanismes peuvent être plus adaptés aux réalités économiques et réglementaires africaines.

Engagement public et écriture : la vision globale de Régis Amaro

Au-delà de l’aide familiale, la diaspora africaine dispose d’un pouvoir financier et intellectuel massif. Quels mécanismes activer pour transformer ces flux financiers en capital productif ? 

Régis Amaro : La diaspora représente beaucoup plus que des transferts financiers. Elle dispose de compétences, d’expériences, de réseaux internationaux et de capacités d’investissement. La question est de transformer ce capital humain, financier et relationnel en capital productif.

Cela suppose de créer de la confiance, de mieux structurer les projets et, lorsque cela est pertinent, de mettre en place des mécanismes d’incitation. La diaspora doit être considérée comme une force économique, entrepreneuriale, intellectuelle et stratégique.

Comment structurer nos filières pour faire émerger des champions économiques capables de rivaliser sur le plan régional et international ?

Régis Amaro : Il faut apprendre à penser en termes de chaînes de valeur et de filières. Une entreprise peut commencer par une activité puis, lorsqu’elle atteint une certaine maturité, développer des activités complémentaires, intégrer certaines étapes de production ou nouer des partenariats.

Le changement d’échelle suppose toutefois financement, gouvernance, compétences, accès aux marchés et capacité d’investissement. L’objectif n’est pas que toutes les entreprises deviennent des groupes, mais de permettre à celles qui en ont le potentiel de devenir des champions économiques capables de rayonner régionalement et internationalement.

Votre posture dépasse le cadre du conseil pour toucher au débat public. Y a-t-il, derrière cet engagement, la préparation d’une ambition politique ?

Régis Amaro : Mon parcours évolue effectivement vers la transmission et l’engagement. Je considère qu’une compétence acquiert une portée lorsqu’elle est mise au service des autres : enseigner, conseiller, écrire, former ou participer au débat public sont autant de formes d’engagement.

La question politique peut naturellement se poser lorsqu’on réfléchit au développement d’un pays. Mais, au-delà du statut politique, ce qui m’intéresse est surtout la capacité à agir concrètement sur le réel. À mes yeux, l’engagement devient une responsabilité lorsque l’on dispose d’une expertise et d’une expérience susceptibles de contribuer à l’intérêt collectif. Et si la confiance m’est accordée, j’y répondrai favorablement.

Entre la rigueur codifiée du droit et la liberté de l’écriture littéraire, quelle complémentarité cherchez-vous dans votre démarche d’auteur ?

Régis Amaro : Le droit organise la société à travers des règles. La littérature permet d’explorer ce que les règles ne peuvent entièrement saisir : la mémoire, l’intime, les émotions, les contradictions et les espérances. Le juriste cherche à qualifier et à résoudre ; l’écrivain peut accepter de laisser une question ouverte.

Le droit m’apporte la rigueur. La littérature m’apporte une autre profondeur de regard. Les deux se rejoignent finalement dans une même interrogation : comment comprendre l’homme et la société ?

Votre démarche « Régis Amaro, le Congo Optimiste » résonne comme une doctrine personnelle. S’agit-il d’une posture de méthode ou d’un projet de société ?

Régis Amaro : Ce n’est ni un slogan ni un optimisme naïf. C’est une manière de regarder le Congo avec lucidité, sans considérer ses difficultés comme une fatalité.

Je veux mettre en lumière ce qui existe déjà : une jeunesse qui entreprend, des talents qui créent, des intellectuels qui réfléchissent, une culture qui rayonne et une diaspora qui dispose de compétences, de réseaux et de capitaux.

C’est un de soft power congolais. Un pays ne rayonne pas seulement par ses ressources ou ses institutions, mais aussi par ses idées, sa culture, ses talents et la manière dont il raconte son avenir.

Mon optimisme est donc un optimisme de responsabilité. Il ne suffit pas de croire au Congo, il faut agir pour lui. C’est le sens de cette démarche et des deux essais que je prépare actuellement : contribuer à un récit du Congo plus ambitieux, en transformant cet optimisme, non pas en posture, mais en invitation à devenir acteur de l’avenir.

« Régis Amaro, le Congo Optimiste » n’est pas à dire que tout va bien. C’est affirmer que tout peut encore être construit.

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.
Add a comment Add a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post
Anne Catherine Tchokonté

Anne Catherine Tchokonté : la méthodologie d'une polytechnicienne au sommet

Next Post
Freda Obeng-Ampofo

Freda Obeng-Ampofo, la Ghanéenne aux multiples talents derrière Kaeme

Publicité