Sand to Green est une startup franco-marocaine créée en 2022 par Wissal Ben Moussa, Benjamin Rombault et Gautier de Carcouët. Après trois ans d’essais agronomiques dans le sud du Maroc, elle a converti ses résultats de terrain en RegenWise, une plateforme logicielle vendue aux groupes agroalimentaires et financiers.
Le domaine Nzaha se trouve à Guelmim, dans le sud du Maroc, en zone semi-aride. Caroubiers, acacias, arganiers, grenadiers et figuiers y protègent des cultures maraîchères du chergui, ce vent chaud qui souffle sur la région. Neuf arbres sur dix sont d’origine marocaine. Wissal Ben Moussa, ingénieure en industries agroalimentaires formée à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, y est née et y a mené les essais. À Guelmim, on l’appelait Madame Bio.
Les tests portent sur les stratégies de culture adaptées aux conditions désertiques. Ils produisent une tonne de légumes par semaine, une sélection de semences résistantes à l’aridité, des méthodes de gestion du vent et d’optimisation de l’eau, ainsi que des unités de transformation communautaires.
Le modèle repose alors sur trois briques. Le dessalement solaire avec valorisation de la saumure, l’agroforesterie qui associe arbres et cultures intercalaires, et un montage financier qui présente les plantations comme actif d’investissement pour des gestionnaires de fonds verts.
La société naît en 2022. Elle réunit une ingénieure agronome marocaine et deux associés français, et vise un site commercial de 20 hectares sur la côte de la Plage Blanche, dans la région de Guelmim-Oued Noun.
Sand to Green, le changement de produit
La bascule tient en une phrase du site officiel. L’entreprise est partie de la gestion de terrain, a affiné ses pratiques agronomiques, puis les a intégrées dans une plateforme.
Cette plateforme s’appelle RegenWise. Elle évalue les caractéristiques d’une parcelle par croisement de données satellitaires, pédologiques et climatiques. Elle élabore des scénarios de projet, sélection d’espèces, organisation spatiale, dispositifs d’irrigation. Elle produit des guides techniques de mise en œuvre, suit l’évolution des plantations, et génère des rapports alignés sur le GHG Protocol.
Ce dernier point explique le déplacement. Les grands groupes doivent aujourd’hui documenter leurs émissions indirectes, celles de leur chaîne d’approvisionnement. Sand to Green ne leur vend plus des vergers. Elle leur vend la donnée qui rend leurs engagements vérifiables. Le site officiel de l’entreprise cite Delassus, TotalEnergies, SanLucar, Domaines Agricoles, le CIRAD, Bpifrance et GreenGo Energy parmi ses partenaires.
Le financement reste modeste au regard de ces noms. En 2023, la société lève 600 000 euros en fonds propres, complétés par 250 000 euros de dette et de financements non dilutifs, auprès du fonds norvégien Katapult, de Catalyst Fund et d’investisseurs individuels. Une nouvelle opération est prévue en 2026, destinée à renforcer la plateforme, enrichir les bases de données et accélérer la croissance commerciale.
En septembre 2025, l’entreprise obtient la troisième place de l’étape nationale du Prix Orange de l’Entrepreneur Social pour l’Afrique. Jeune Afrique la retient parmi ses vingt futurs champions de la tech et lui consacre un épisode de sa série Disrupt le 4 février 2026.
Vendre un logiciel de mesure suppose de convaincre sur la fiabilité de la donnée. Un rapport carbone destiné à un audit engage l’entreprise qui le produit autant que celle qui le publie.
Wissal Ben Moussa résume l’objectif autrement. Dans dix ans, elle aimerait que régénérer un terrain soit aussi simple que construire une route.