Les startups africaines lèvent de moins en moins de capitaux depuis le début de l’année 2026, dans un contexte de prudence renforcée des investisseurs. Le statut de licorne de Moove nuance ce tableau morose, la société de mobilité qui prouve qu’un modèle solide peut encore attirer des financements record.
Moove, société de mobilité fondée en 2020 à Lagos par Ladi Delano et Jide Odunsi, a annoncé le 12 août 2026 une levée de fonds de série C de 250 millions de dollars, qui porte sa valorisation à 2,1 milliards de dollars.
Le tour de table, mené par Mubadala Investment Company et codirigé par Woven Capital, le fonds de croissance de Toyota, et Ion Pacific, fait de Moove la deuxième plus importante startup africaine par le montant d’une levée de fonds en 2026, derrière l’entreprise de mobilité électrique Spiro, qui avait réuni 270 millions de dollars en juin.
Cette performance tranche avec la tendance générale du secteur. Selon Africa: The Big Deal, les startups africaines ont levé 1,46 milliard de dollars entre janvier et juillet 2026, un recul de 27 % sur un an. Seules 241 jeunes pousses ont réussi à lever au moins 100 000 dollars sur la période, contre 302 un an plus tôt.
Dans ce contexte de resserrement, le statut de licorne de Moove illustre la concentration croissante des capitaux disponibles sur un nombre restreint d’entreprises technologiques déjà bien établies.
De nouveaux investisseurs ont rejoint l’opération, dont BlueCrest Capital Management, Sona Asset Management et The Raptor Group, tandis que des actionnaires historiques comme BlackRock, MUFG, Franklin Templeton, Uber et Endeavor Catalyst ont renforcé leur participation.
Avec cette valorisation de 2,1 milliards de dollars, Moove se classe au troisième rang des entreprises technologiques privées africaines les plus valorisées, derrière Flutterwave (3,2 milliards de dollars) et OPay (3,1 milliards de dollars).
Moove, de Lagos aux Émirats arabes unis
Moove s’est fait connaître en proposant un modèle de financement de véhicules destiné aux chauffeurs de VTC exclus du système bancaire classique, ces derniers remboursant leur véhicule via une quote-part de leurs revenus.
L’entreprise a depuis déménagé son siège aux Émirats arabes unis, emploie environ 3 300 personnes et exploite près de 42 000 véhicules répartis dans 29 villes de 13 pays, pour un chiffre d’affaires annuel récurrent de 420 millions de dollars, porté notamment par les acquisitions du brésilien Kovi et du japonais Tokyo Taxi.
L’essentiel des nouveaux capitaux doit financer un virage vers les infrastructures pour véhicules autonomes. Moove déploie des centres robotisés baptisés « Nests », conçus pour recharger, entretenir et coordonner des flottes autonomes en continu.
L’entreprise gère déjà des véhicules sans conducteur à Phoenix et à Miami dans le cadre d’un partenariat avec Waymo, et prépare son entrée à Londres. Ses équipes dédiées à cette activité doivent passer de 150 à environ 500 collaborateurs d’ici la fin de l’année 2026.
Ladi Delano, cofondateur, co-directeur général et président du conseil consultatif de Moove, a résumé cette ambition : la mobilité autonome devient une course à l’infrastructure, qui exige des flottes, des systèmes de recharge, de la maintenance, une infrastructure de données et des opérations continues à l’échelle des villes.
Avec cette nouvelle levée, Moove a désormais réuni environ 500 millions de dollars en capital et plus de 180 millions de dollars en dette, portant son financement total à près de 700 millions de dollars.
Seules deux startups africaines ont levé davantage sur cette base cumulée : MNT-Halan, avec environ 1,2 milliard de dollars, et Sun King, avec environ 900 millions de dollars. Le statut de licorne de Moove confirme ainsi l’émergence d’un nouveau pôle de valorisation sur le continent, centré non plus sur les paiements numériques mais sur les infrastructures physiques de la mobilité.