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Koné Daouda Soukpafolo : Uniwax, nouvelle pièce d’un empire industriel

Koné Daouda Soukpafolo Koné Daouda Soukpafolo

Le contrôle d’Uniwax change de mains. La Compagnie ivoirienne de coton (COIC), dirigée par l’homme d’affaires ivoirien Koné Daouda Soukpafolo, détient désormais 72,29 % du capital et des droits de vote du fabricant de textiles imprimés. L’opération met fin à la présence majoritaire du groupe néerlandais Vlisco et ouvre une nouvelle étape pour l’un des acteurs historiques du textile ivoirien.

L’accord annoncé en février 2026 est désormais finalisé. La COIC a acquis 15 millions d’actions d’Uniwax auprès de trois entités liées au groupe Vlisco, FRAGECI, CFCI SA et Vlisco B.V. Les déclarations de franchissement de seuil publiées le 18 septembre ont officialisé le transfert. L’opération a été réalisée de gré à gré, hors marché, sans que le montant soit communiqué.

Le mouvement ne concerne pas seulement l’actionnariat. Il marque l’entrée directe d’un acteur de la filière cotonnière ivoirienne au capital d’un industriel du textile imprimé. L’Autorité régionale de la concurrence de la CEDEAO a identifié la logique de l’opération, rapprocher deux maillons de la chaîne coton-textile, la COIC étant active dans l’égrenage et la commercialisation de fibres de coton, tandis qu’Uniwax intervient dans le textile imprimé. 

L’acquisition, portant sur 72,3 % du capital, a été autorisée sans condition le 22 mai 2026. Cette prise de contrôle intervient alors qu’Uniwax entame cette phase avec plusieurs enjeux financiers. Cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières, l’entreprise a terminé l’exercice 2025 avec une perte nette de 624 millions de FCFA, malgré des résultats trimestriels qui laissaient présager un rebond. 

Ce basculement tient au traitement fiscal de la plus-value réalisée lors de la cession d’un terrain industriel à Yopougon, classée sous le régime de l’article 28 du code des impôts et destinée à être réinvestie dans l’entreprise. Le résultat avant impôt de cette opération ressort à près de 9 milliards de FCFA. Dans le même temps, l’action Uniwax a progressé de plus de 240 % à la bourse régionale au cours de l’année, portée par l’annonce du changement d’actionnaire et par un net redressement opérationnel.

Le changement de contrôle s’accompagne d’une transformation de la gouvernance. La COIC entend participer directement à la gouvernance d’Uniwax au cours des douze prochains mois. Le capital restant, soit 27,71 %, demeure entre les mains du public à travers la BRVM, où figurent notamment des actionnaires minoritaires comme la Caisse générale de retraite des agents de l’État.

Koné Daouda Soukpafolo, le goût des entreprises délaissées

Derrière cette opération se trouve un entrepreneur dont le parcours s’est largement construit dans le coton, avant de s’étendre bien plus loin. Originaire de Korhogo, Koné Daouda Soukpafolo est issu d’une famille de 14 enfants. Orphelin de mère très jeune, il perd aussi son père en 1993, alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, et se retrouve seul à la tête de l’entreprise familiale.

C’est cette entreprise qui devient, en 2005, les Établissements Soukpafolo & Frères, créée à Korhogo dans le commerce, la distribution, le transport et la logistique. À la même période, il se fait connaître dans la filière coton à travers l’organisation professionnelle agricole Yebe Wognon, dont il devient propriétaire lors de la campagne 2005-2006. La société cotonnière LCCI, qui lui doit alors d’importantes dettes commerciales, fait faillite. Il en reprend deux usines et fonde la Compagnie ivoirienne de coton, la COIC.

Le tournant suivant survient en 2017, quand il rachète la Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles, la CIDT. La production double cette année-là. Elle passe de 32 000 à 65 000 tonnes, après la réhabilitation de trois usines à Séguéla, Bouaké et Mankono. Koné Daouda Soukpafolo devient alors le leader national incontesté de la filière coton.

Son développement entrepreneurial s’étend ensuite à d’autres secteurs. Il fonde Soukpa Transport, puis Soukpa Bitume Afrique, immatriculée à Korhogo en 2012, avant que ses différentes sociétés ne se retrouvent réunies sous le nom de Groupe Soukpafolo, actif dans la distribution, le BTP, l’agro-industrie et la logistique.

Une épopée qui déborde désormais le coton

En 2024, la COIC réalise environ 73,7 milliards de FCFA de chiffre d’affaires et figure parmi les plus grandes entreprises privées de Côte d’Ivoire. L’ensemble de ses sociétés emploie plusieurs milliers de personnes.

En 2025, Koné Daouda Soukpafolo passe une nouvelle frontière en entrant dans le secteur bancaire. Via sa holding Harvest Capital Holding, il rachète à l’État ivoirien 52,89 % du capital de Versus Bank, banque spécialisée dans le financement des petites et moyennes entreprises. L’opération est approuvée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

Avec Uniwax, il entame une étape supplémentaire, celle de la transformation industrielle en aval de la filière coton. Pour la COIC, l’enjeu consiste désormais à rapprocher production cotonnière et transformation textile, tandis qu’Uniwax doit évoluer dans un marché régional confronté à une forte concurrence des produits importés. L’entreprise exporte par ailleurs vers plusieurs marchés de la CEDEAO, notamment le Bénin, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.

Ce nouveau chapitre ne se résume donc pas à un changement d’actionnaire. Il place Koné Daouda Soukpafolo face à un défi plus large, celui de transformer sa connaissance de la filière coton et ses actifs industriels en une stratégie capable de relancer durablement Uniwax.

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