Maureen Bandari a fait d’un manque qu’elle vivait elle-même, celui de produits pensés pour les peaux foncées, le point de départ de Bandari Beauty. Portrait.
Maureen Bandari a étudié la biotechnologie à l’université Kenyatta, en biochimie appliquée. Sur le campus, elle imagine déjà son blog, Funshion Mistress, et revend avec une amie des vêtements d’occasion achetés sur les marchés de Gikomba ou de Githurai. Son diplôme la mène ensuite à un emploi dans la pharmacie, loin du laboratoire.
En 2014, son premier poste la place dans une grande ville, loin de chez elle. Autour d’elle, dit-elle, le blanchiment de la peau passe pour normal et les standards de beauté laissent peu de place. Trouver un soin ou un maquillage adapté à son teint relève du combat. Elle ne trouve aucune maquilleuse qui ait travaillé sur un teint foncé comme le sien, donc aucun fond de teint à sa couleur.
Le jour, Maureen Bandari vend des médicaments. Le soir, elle filme des essais de maquillage pour son blog. Son public, en majorité des femmes à la peau foncée comme elle, pose la même question. Quel produit utilise-t-elle, et où se le procurer ? Elle importe alors des produits pour elle-même, puis pour celles qui lui en demandent. Elle n’a ni plan d’affaires ni investisseur. La demande finit par déborder.
Maureen Bandari, le début de l’aventure Bandari Beauty
En 2018, Maureen Bandari investit 2 500 dollars et ouvre Bandari Beauty en ligne, par WhatsApp et Instagram. Les premiers envois sont des boîtes d’abonnement. Surtout, elle conseille. Elle mène des consultations vidéo, analyse les peaux et recommande des routines. « Je ne vendais pas seulement des produits, j’écoutais », dit-elle.
Le bouche-à-oreille fait le reste. Son blog lui a appris à filmer, à parler à un public et à transformer une publication en conversation, alors qu’à l’époque les autres marques tâtonnaient sur les réseaux. Chaque cliente en recommande une autre, et elle n’imaginait pas dépasser dix mille abonnés sur Instagram. Elle garde son emploi.
Il faut encore se faire prendre au sérieux. Au début, on voit en elle une fille de plus qui vend du maquillage sur internet. Élevée par un père universitaire, elle sait que quitter un emploi formel paraît risqué. Elle doute certains jours. Elle se répète qu’une idée sans précédent n’est pas pour autant sans valeur, raconte-t-elle à Business Daily.
La boutique physique suit. En 2021, Bandari Beauty s’installe à Greenhouse Mall, sur Ngong Road, où un dermatologue reçoit les clientes. La marque lance ensuite sa propre ligne, Bandari Beauty SKN, et Luna Medical Spa, centrée sur la dermatologie avancée. En septembre 2025, elle ouvre à Sarit, à Westlands, et annonce plus de 40 000 clients.
Sa logique tient en une image. Un mal de ventre oblige à agir, pas un problème de peau. Maureen Bandari veut donc rendre l’aide professionnelle accessible plus tôt, jusque dans les boutiques. Business Daily relève qu’elle a introduit des consultations de peau assistées par l’intelligence artificielle avant que le procédé se répande, et l’a retenue dans son Top 40 Under 40 en 2025. En mars 2026, elle est retenue par Forbes Africa sur sa liste Over 30 Under 50, parmi 25 femmes.
Elle transmet aujourd’hui ce qu’elle a appris. Son site propose un guide pour lancer une entreprise avec 50 000 shillings kényans, et un canal WhatsApp où elle conseille les personnes qui l’achètent. La cliente qui cherchait un fond de teint à sa couleur veut que le chemin de la suivante soit plus léger que le sien.