Entrepreneuse sociale, scientifique et spécialiste du développement international, Rachel Sibande se décrit elle-même comme une femme aux multiples casquettes. Une définition qui résume mal l’ampleur de ce qu’elle a construit au Malawi et au-delà, entre technologie, énergie et développement international.
Rachel Sibande grandit entre Lilongwe, où elle suit sa scolarité primaire à Carewell Primary School, et Blantyre, où elle poursuit le secondaire à Our Lady of Wisdom Secondary School. À 15 ans, elle intègre l’Université du Malawi, au Chancellor College, pour y étudier l’informatique et les statistiques.
Elle enchaîne avec un master en théorie de l’information, codage et cryptographie à la Mzuzu University, obtenu en 2009. Sa carrière commence dans l’enseignement, comme professeure à la Kamuzu Academy, avant qu’elle ne rejoigne la Mzuzu University comme chargée de cours.
En 2013, Rachel Sibande fonde mHub, le premier pôle technologique et incubateur du Malawi pour les entrepreneurs émergents. Le pôle a depuis déployé plus de trente-cinq solutions technologiques dans des secteurs comme la santé, l’éducation, la participation citoyenne et la surveillance des élections, dans six pays.
Entre 2018 et 2023, mHub a facilité plus de 2,2 millions de dollars de financements pour des entrepreneurs dirigés par des jeunes et des femmes. L’initiatives a favorisé la création de plus de 952 emplois et touché plus de 153 000 personnes dans des filières comme la technologie, l’agroalimentaire ou l’aquaculture.
Elle met aussi en place des clubs de codage pour les filles et les enfants, un club de robotique et des camps d’apprentissage automatique, qui ont formé plus de 92 000 personnes.
Rachel Sibande, une entrepreneuse qui déborde le champ de la technologie
Son intérêt ne s’arrête pas au numérique. Rachel Sibande se lance aussi dans l’énergie, avec un procédé thermochimique destiné aux micro-réseaux ruraux à bas coût. Cette innovation, qui transforme les rafles de maïs en électricité, lui vaut de remporter en 2018 le challenge « Climate Smart » du Next Einstein Forum, à Kigali.
En parallèle, elle construit une carrière dans le développement international, avec des interventions dans le numérique, l’agriculture, la nutrition, les services financiers numériques, la santé publique, la gestion des catastrophes et l’observation des élections. Elle a dirigé des projets de développement dans plus de 22 pays.
Avant de rejoindre la Fondation Bill & Melinda Gates, elle a piloté à la Fondation des Nations Unies le déploiement de modèles fondés sur les mégadonnées, l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique pour le développement en Afrique. Elle occupe aujourd’hui le poste de chargée de programme principale au sein de la division Développement international de la fondation, avec un accent particulier sur l’intelligence artificielle.
Ce parcours lui vaut plusieurs distinctions : la bourse Anita Borg de Google en 2015, puis une place en 2016 parmi les 30 jeunes entrepreneurs africains de moins de 30 ans distingués par Forbes. Son parcours est également salué par l’Institut Choiseul, qui l’intègre au classement Choiseul 100 Africa en 2025.
Mère de trois enfants, Rachel Sibande explique avec autodérision qu’elle endosse auprès d’eux les rôles d’enseignante, de conseillère, de juge ou de cuisinière. Une dimension qui complète, sans la résumer, celle d’une femme dont le parcours s’est construit entre science, technologie, entrepreneuriat et développement.