L’Afrique peine encore à financer ses infrastructures essentielles. Face à un déficit estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an, le fonds panafricain Africa50 accélère. Son véhicule d’investissement dédié, l’Infrastructure Acceleration Fund, vise une clôture finale à 400 millions de dollars d’ici juin 2026. Un choix assumé pour mobiliser l’épargne institutionnelle africaine vers des projets concrets.
L’Africa50 Infrastructure Acceleration Fund avait levé 300 millions de dollars à l’issue de sa troisième clôture en décembre 2025. Il cherche désormais à lever 100 millions de dollars supplémentaires lors d’une ultime phase pour atteindre son objectif de 400 millions de dollars, selon Sérgio Pimenta, directeur général du fonds. La clôture finale est attendue d’ici juin 2026. Une opération qui confirme l’appétit des investisseurs pour les actifs d’infrastructure sur le continent.
L’Africa50 Infrastructure Acceleration Fund investit en fonds propres et en quasi-fonds propres dans des projets d’infrastructure commercialement viables dans les domaines de l’énergie, des transports et de la logistique, de l’eau et de l’assainissement, ainsi que des infrastructures numériques et sociales. Le fonds cible en priorité les capitaux institutionnels africains. Fonds souverains, banques commerciales, assureurs et caisses de retraite constituent le cœur du tour de table.
Lors de sa première clôture en décembre 2023, le véhicule avait réuni 222,5 millions de dollars, grâce à la participation de 16 investisseurs institutionnels africains et d’un investisseur international. La Banque de développement de l’Afrique australe et le groupe Axian ont depuis rejoint l’opération. Le tour de table compte aujourd’hui 24 participants. Dans cette phase finale, Africa50 ouvre la porte à davantage d’investisseurs internationaux pour compléter l’objectif.
L’enjeu dépasse la seule performance financière. Le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an, selon la Banque africaine de développement. Les besoins annuels du continent en infrastructures se situent entre 130 et 170 milliards de dollars, avec des écarts particulièrement criants dans l’énergie, les transports et l’accès à l’eau.

Face à ce défi, l’Africa Finance Corporation évalue le potentiel de capitaux domestiques africains à 4 400 milliards de dollars, détenus par les banques, fonds de pension, assureurs et fonds souverains du continent. Le défi est de canaliser ces ressources vers des projets d’infrastructure productifs, plutôt que de dépendre de financements extérieurs.
Près de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas accès au réseau électrique. C’est dans ce contexte que l’Africa50 Infrastructure Acceleration Fund propose une réponse concrète. Elle mobilise des capitaux privés pour des projets à fort impact économique.
Africa50 Infrastructure Acceleration Fund : premier investissement au Maroc
Le fonds a signé un accord d’acquisition d’une participation significative dans Mass Céréales al Maghreb, un acteur clé de la manutention de céréales en vrac et de la logistique portuaire au Maroc. Il s’agit du premier investissement du fonds.
L’opération vise à renforcer les capacités opérationnelles de Mass Céréales al Maghreb et à développer de nouveaux terminaux céréaliers dans des ports africains stratégiques, pour améliorer la sécurité alimentaire du continent.
Africa50 dépasse désormais 1,4 milliard de dollars d’actifs sous gestion, son portefeuille global de projets excédant 8 milliards de dollars. La plateforme compte 34 actionnaires : 31 pays africains, la Banque africaine de développement, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et Bank Al-Maghrib. Une fois ce fonds déployé, Africa50 prévoit de lancer de nouveaux véhicules d’investissement.
L’objectif est de faire de l’épargne africaine le premier levier du développement des infrastructures du continent. La question n’est plus de savoir si les capitaux existent. Elle est de savoir à quelle vitesse les institutions africaines choisiront de les déployer chez elles.