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Fatoumata Bâ, la nomade du capital

Fatoumata Bâ Fatoumata Bâ

Le TIME a distingué Janngo Capital en 2025, puis sa fondatrice dans sa liste TIME100 Next. Dakaroise, bachelière au Togo, passée par Abidjan et Lagos, Fatoumata Bâ a fait du déplacement une méthode. Elle dirige aujourd’hui un fonds qui place les femmes au centre de ses investissements. Portrait.

À la fin du mois d’octobre 2024, Janngo Capital annonce la clôture finale de son deuxième fonds. Le montant atteint 78 millions de dollars, soit 20 % de plus que l’objectif initial. Six nouveaux investisseurs rejoignent le tour de table, dont la Société financière internationale (IFC) et la DFC américaine. 

Avant de lever les millions, il y a eu l’ordinateur familial. Fatoumata Bâ naît à Dakar. Son père, ingénieur informaticien, lui ouvre très tôt la porte du numérique.  À neuf ans, elle pirate l’ordinateur familial. Elle passe ensuite son baccalauréat au Togo, avant de rejoindre la France.

À Toulouse Business School, elle prépare de 2006 à 2009 un master en management, stratégie, marketing et finance. Un programme d’échange la conduit à Pékin, Canton et Chengdu. Son mémoire, consacré à la coopétition et aux alliances stratégiques, obtient la mention.

Le travail commence avant le diplôme, chez France Télécom dès 2007. Il se poursuit chez Atos Consulting, où elle conseille des entreprises sur la stratégie et l’innovation jusqu’en 2013. Le conseil l’instruit, mais ne la remplit pas. Elle se sent « un peu vide », confie-t-elle dans un entretien accordé à l’Africa Investment Forum, parce que son impact reste indirect.

Fatoumata Bâ, la comptable des emplois

En juillet 2013, Fatoumata Bâ lance Jumia Côte d’Ivoire à Abidjan, dont elle est Fondatrice et Directrice Générale. Lagos suit en 2015, avec la direction de Jumia Nigeria. Elle rejoint ensuite le comité exécutif Afrique du groupe, première licorne technologique africaine cotée à New York.

Son périmètre compte plus de 130 opérations dans plus de 30 pays. Le bilan s’écrit en chiffres. Plus de 3 000 emplois directs, plus de 70 000 emplois indirects, des opportunités pour plus de 500 000 PME. « Je viens d’une ethnie de nomade, je suis Peule », confie-t-elle en 2018. Elle quitte Jumia pour se consacrer à Janngo à 100 %. « Choisir, c’est renoncer », explique-t-elle.

Janngo signifie « Demain » en peul. Studio de startups à l’origine, la structure lève 1 million d’euros en mai 2018, auprès de la cellule d’innovation de la famille Mulliez, de Clipperton et de Soeximex. En décembre 2018, Janngo dévoile Jexport, sa première plateforme numérique, qui permet à des producteurs locaux de vendre à l’étranger. 

Fin 2021, une deuxième levée de 10,5 millions d’euros réunit la Banque africaine de développement, l’Union européenne et l’OEACP. En 2019, Fatoumata Bâ suit aussi à la Harvard Kennedy School une formation de leadership mondial et de politiques publiques.

Janngo Capital prend ensuite sa forme actuelle. À Davos, en 2020, la société s’engage à placer jusqu’à 50 % de ses investissements dans des entreprises fondées ou cofondées par des femmes, ou qui leur profitent. En octobre 2024, le portefeuille compte 21 startups dans 14 pays et plus de 20 000 emplois créés. 

Le fonds investit jusqu’à 5 millions d’euros par entreprise, du démarrage à la croissance, dans la santé, la logistique ou les services financiers. La vente d’Expensya à Medius affiche un rendement interne moyen de 48 %.

Le TIME range Janngo Capital dans son classement TIME100 Companies 2025. La société reçoit aussi un TIME100 Impact Award in Equality. Fatoumata Bâ est également nommée au TIME100 Next 2025. Ses distinctions plus anciennes comptent Young Global Leader du Forum économique mondial, Forbes Africa 30 Under 30, Choiseul 100 Africa et le prix Aenne Burda.

Fatoumata Bâ siège au conseil d’administration de l’Institut Aspen France et à celui de la fondation des Young Global Leaders. Elle a présidé le conseil d’Auchan en Afrique et siégé chez Boulanger, Recommerce, Electro Depot et Creadev Africa.

Dans le TIME100 Next 2025, Fred Swaniker résume sa vie par la question qu’elle pose aux autres, « What would you do if you weren’t afraid ? ». Elle avait neuf ans devant l’ordinateur familial, à Dakar. Elle gère aujourd’hui 78 millions de dollars pour des entrepreneurs africains.

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