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Jihan Abass, l’assurance comme pari sur l’Afrique

Jihan Abass Jihan Abass

Originaire de Mombasa, formée à la Bayes Business School de Londres, Jihan Abass a quitté une carrière de négociante en matières premières pour fonder Lami en 2018. Sa plateforme d’assurance par API travaille avec plus de vingt-cinq assureurs et vise le milliard de dollars de primes souscrites sur un continent où moins de 3 % de la population dispose d’une couverture.

Quand quelqu’un lui confie en conversation qu’il n’a pas d’assurance maladie, Jihan Abass ne passe pas à autre chose. Elle cherche et découvre que cette situation n’a rien d’exceptionnel : sur tout le continent africain, moins de 3 % de la population dispose d’une couverture d’assurance, selon une étude McKinsey de 2018. 

Au Kenya, le chiffre tombe même à 2,4 %, alors que le pays compte plus de cinquante compagnies d’assurance. Le problème n’est pas le manque d’acteurs. C’est la façon dont les produits sont distribués. De cette observation naîtra, en 2018, l’une des plateformes d’insurtech les plus suivies d’Afrique de l’Est.

Jihan Abass : Londres, un détour par les matières premières

Jihan Abass grandit à Mombasa, dans une famille d’entrepreneurs. L’entreprise n’est pas un horizon abstrait. C’est un mode de vie qu’elle observe depuis l’enfance et qu’elle sait, sans en avoir encore la forme précise, qu’elle voudra pour elle aussi.

Elle part étudier à Londres, à la Bayes Business School, où elle se forme aux métiers de la finance. À sa sortie, elle rejoint les marchés financiers londoniens comme négociante en matières premières, spécialisée dans le sucre. C’est une carrière où l’argent est la mesure de tout. Elle la trouve insuffisante. Elle ne se reconnaît pas dans ce que son travail produit. Et quand l’idée de rentrer au Kenya prend de l’ampleur dans son esprit, la question du problème à résoudre s’impose naturellement.

En 2018, Jihan Abass fonde Lami à Nairobi. Son premier produit, Griffin, est une application d’assurance automobile 100 % numérique. Là où le marché demandait plusieurs jours pour émettre une police, Griffin réduit le processus à quelques minutes. Plus de 10 000 polices sont souscrites via la plateforme, pour plus d’un million de dollars de primes générées.

Mais Griffin n’est qu’un point de départ. Ce que Jihan Abass comprend très vite, c’est que la vraie valeur ne réside pas dans la vente directe d’assurance. Elle réside dans l’infrastructure qui permet à d’autres de le faire. 

Lami pivote vers une logique d’API, une interface technique que n’importe quelle plateforme peut intégrer pour proposer de l’assurance à ses propres utilisateurs. Une banque, une application de transport, un service logistique, tous peuvent devenir distributeurs d’assurance sans avoir à construire eux-mêmes cette capacité.

Convaincre les assureurs de changer de logique

Déployer une technologie est une chose. Convaincre les assureurs de s’y brancher en est une autre. Le principal obstacle que rencontre Jihan Abass n’est pas technique, mais culturel. Les assureurs sont habitués à concevoir leurs produits à partir du risque. Elle les pousse à partir du client. La résistance est réelle, mais la pandémie de 2020 accélère les choses : les acteurs les plus traditionnels réalisent que leurs canaux de distribution ne peuvent plus suffire.

Au moment de la levée de 1,8 million de dollars en mai 2021, menée par Accion Venture Lab, avec la participation de AAIC, Consonance, P1 Ventures, Acuity Ventures, The Continent Venture Partners et Future Africa, Lami travaille avec plus de vingt-cinq assureurs partenaires, dont Britam, Pioneer et Madison Insurance. L’entreprise a déjà vendu plus de 5 000 polices et compte plus d’une douzaine de partenaires B2B2C, dont la plateforme logistique Sendy.

La levée de 2021 porte une dimension supplémentaire que Jihan Abass assume publiquement. Le paysage du financement au Kenya est biaisé en faveur des fondateurs masculins et, dans une large mesure, en faveur des fondateurs étrangers. Elle le dit à TechCrunch : lever des fonds a été plus difficile pour elle que pour d’autres. Et si elle a tenu à rendre cette levée publique, c’est pour que d’autres fondatrices voient que c’est possible.

L’objectif que Jihan Abass a fixé pour Lami est d’atteindre un milliard de dollars de primes souscrites et de couvrir des millions de personnes sur le continent africain. Ce n’est pas une ambition de façade, mais la mesure concrète d’un impact que le modèle API rend possible.

Pour l’Afrique, le marché de l’assurance représente déjà plus de 60 milliards de dollars par an, avec un taux de pénétration qui laisse une place considérable à ceux qui savent créer les bons accès. Jihan Abass a décidé que Lami serait l’infrastructure de cet accès. Une conversation, un chiffre, une plateforme.

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