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Mehdi Qotbi, l’ambassadeur de la lumière

Mehdi Qotbi Mehdi Qotbi
Mehdi Qotbi, Président de la Fondation Nationale des Musées du Maroc ©️Lorenzo Salmi

En 1969, un adolescent pauvre du quartier de Takaddoum, à Rabat, montre ses toiles au peintre Jilali Gharbaoui. Celui-ci en vend deux et l’encourage à continuer. Cinquante-sept ans plus tard, Mehdi Qotbi préside la Fondation nationale des musées du Maroc et supervise la construction du Musée du Continent africain, dont le chantier atteint déjà 85 % d’avancement. Portrait.

Mehdi Qotbi naît en 1951 à Rabat, dans le quartier modeste de Takaddoum, au sein d’une fratrie de neuf enfants. Sa mère, tapissière, ne sait ni lire ni écrire, mais elle sait marier les couleurs avec une justesse qu’il n’oubliera jamais. Ce sont, selon ses propres mots, des moments de rêve qui nourriront plus tard toute sa pratique artistique.

Il entre au lycée militaire de Kénitra, où sa vie bascule presque par accident. Dans un club de scouts appelé les Tigres, il dessine sur un mur un tigre dont la puissance surprend tout le monde, alors qu’il n’a jamais dessiné ni peint auparavant. Il quitte le lycée et sa famille, exerce différents métiers, avant d’être admis à l’École des Beaux-Arts de Rabat.

En 1969, sa rencontre avec le peintre Jilali Gharbaoui, alors au sommet de sa gloire, marque un tournant. Gharbaoui s’enthousiasme pour ses toiles, lui en fait vendre deux, et l’encourage à poursuivre.

Convaincu qu’il doit sortir de la pauvreté pour effacer les blessures de son enfance, Mehdi Qotbi n’a plus qu’un désir, quitter le Maroc. Grâce à l’appui d’un secrétaire d’État qu’il a connu dans son entourage, il obtient un passeport et rejoint la France.

L’exil et la reconnaissance en France

Mehdi Qotbi
Mehdi Qotbi, Président de la Fondation Nationale des Musées du Maroc ©️Lorenzo Salmi

Il arrive d’abord à Paris, puis retourne à Toulouse, où il avait trouvé un meilleur accueil lors d’un précédent passage. Il y enseigne l’art plastique pendant trente ans, tout en poursuivant sa propre pratique de peintre.

Son travail, ancré dans la tradition de la hurufiyya, mêle calligraphie arabe et abstraction, et donne lieu à des livres illustrés en collaboration avec des écrivains comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Édouard Glissant.

Cette double culture franco-marocaine devient sa force. Proche du roi Hassan II, il fonde sous son règne une association d’amitié franco-marocaine, prélude à un rôle d’ambassadeur culturel informel qu’il ne cessera plus d’occuper. Il est aujourd’hui officier de l’Ordre national du Mérite français.

En 2011, Mehdi Qotbi prend la présidence de la Fondation nationale des musées (FNM), créée pour démocratiser l’accès à l’art au Maroc. Sous sa direction, la fondation rénove ou ouvre des musées à Tanger, Tétouan, Marrakech, Rabat, Safi, Meknès, puis plus récemment à Agadir et Azilal. En 2020, elle prend en charge la gestion des musées relevant jusque-là du ministère de la Culture, un transfert qui élargit considérablement son périmètre d’action.

Parmi les réalisations marquantes figure le Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain, inauguré à Rabat en 2014 par le roi Mohammed VI. La fondation a également créé le label « Musée du Maroc », décerné pour la première fois à cinq institutions muséales du royaume, dans une démarche destinée à élever les standards des musées marocains au niveau international.

Mehdi Qotbi, l’artiste et le diplomate culturel

Mehdi Qotbi
Mehdi Qotbi, Président de la Fondation Nationale des Musées du Maroc ©️Lorenzo Salmi

Pour ses 55 ans de peinture, l’Institut du monde arabe à Paris consacre à Mehdi Qotbi une rétrospective intitulée « Une Vie, Une Œuvre », qui présente plus de cent œuvres et se tient jusqu’au 5 janvier 2025. L’exposition coïncide avec une visite d’État du président français Emmanuel Macron au Maroc, ce qui n’échappe à personne. Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, salue à cette occasion celui qu’il décrit comme une boule d’énergie, artiste et érudit passionné par la France et le Maroc.

Dans un entretien accordé à Forbes Afrique en janvier 2026, Mehdi Qotbi revient sur cette double identité d’artiste et de dirigeant institutionnel. Il y explique que sa formation artistique nourrit sa pratique institutionnelle, et que la démocratisation de l’art et de la culture reste au cœur de la mission de la FNM. Il choisit le mot lumière pour résumer l’esprit de sa démarche, une lumière qui révèle sans imposer et qui invite à regarder le monde autrement.

En 2026, le projet le plus ambitieux de Mehdi Qotbi avance à un rythme soutenu. Dans une interview accordée à Médias24 en avril 2026, le chantier du gros œuvre du Musée du Continent africain, à Rabat, atteint déjà 85 % d’avancement, avec des appels d’offres bientôt lancés pour les aménagements intérieurs.

Le président de la FNM table sur une ouverture au public au dernier trimestre 2027, légèrement en avance sur les prévisions initiales. Ce musée doit, selon ses mots, transformer le paysage culturel de Rabat et renforcer son rayonnement continental.

Le même mois, la fondation signe une convention pour la réhabilitation du musée Sidi Mohammed Ben Abdellah d’Essaouira. Elle s’associe aussi à l’Agence française de développement et à France Muséums pour renforcer la formation des professionnels des musées marocains, convaincue que la préservation du patrimoine passe aussi par les compétences de ceux qui l’animent au quotidien.

De l’enfant qui dessinait un tigre sur un mur de Kénitra à l’édificateur d’un musée continental, Mehdi Qotbi a fait de la culture le fil conducteur d’une vie entière.

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