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Tisya Mukuna, le choix du café congolais

Tisya Mukuna Tisya Mukuna
Tisya Mukuna, fondatrice de La Boîte et du café La Kinoise, à Kinshasa

Fin 2017, Tisya Mukuna s’installe à Kinshasa avec un MBA obtenu à Shanghai et un projet que beaucoup jugent impossible. Elle veut faire pousser du café dans la capitale congolaise.

Lauréate du prix d’impact GoGettaz et finaliste du Top 10 d’Africa’s Business Heroes en 2024, Tisya Mukuna est la fondatrice du café La Kinoise. Elle a choisi de maîtriser toute la chaîne, de la plantation à la tasse, pour relancer à Kinshasa une filière que la RDC a vu s’effacer depuis les années 1980.

Née à Kinshasa, elle grandit en France. Elle y étudie la gestion et les langues anglophones à Paris Nanterre, puis le marketing à l’IÉSEG. Elle poursuit avec un MBA en négociation des affaires en Chine. Son premier projet d’entrepreneure est un blog culinaire, Fitmiam.

Elle n’a pas de formation d’agronome. Elle vient du commerce. Mais elle a toujours aimé les arbres et l’agriculture. Une parcelle familiale de 20 hectares se trouve à Mont Ngafula, une commune du sud de Kinshasa. Elle y cultive ses premiers caféiers dès 2017. Beaucoup jugent alors la culture du café impossible dans la capitale. « Personne n’avait essayé. Pas sérieusement, pas avec intention, pas avec de l’amour pour la terre », a-t-elle confié à ABH.

En 2018, elle crée La Boîte pour officialiser ses activités. La première récolte arrive en 2019, avec environ trois tonnes de café, à 90 % d’arabica et 10 % de robusta. La marque « La Kinoise » arrive sur le marché en 2020. Son nom rend hommage à Kinshasa et à ses femmes, et ses emballages s’inspirent des tissus locaux. La même année, elle remporte le concours de plans d’affaires COPA.

En octobre 2020, une cérémonie de dégustation réunit à Kinshasa le gouverneur Gentiny Ngobila et l’ambassadeur du Canada, Nicolas Simard, qui évoque un possible soutien à l’exportation. Le café se vend déjà chez S&K et City Market.

Tisya Mukuna, une filière entière à reconstruire

Dans les années 1980, la RDC, alors Zaïre, comptait parmi les principaux exportateurs de café du continent. Une grande partie du café congolais est exportée brute, puis réimportée transformée. Tisya Mukuna veut inverser cette logique. Elle achète aussi du café à d’autres producteurs du pays et leur apporte un soutien technique et financier.

Avant l’usine, elle produisait 100 paquets de café par jour, de manière artisanale. Elle ouvre l’usine en 2022 à Kingabwa, à Kinshasa, puis lance des chariots mobiles pour atteindre les clients à faibles revenus, ainsi que des dosettes et des sachets individuels. Pour une vendeuse du réseau, ces chariots ont mis fin à des journées passées à la maison faute d’emploi.

Forbes Afrique la classe dans son Top 30 Under 30 en 2022. En 2024, elle est finaliste du Top 10 d’Africa’s Business Heroes et lauréate du prix d’impact GoGettaz. Son projet compte alors 135 caféiculteurs formés, 45 500 caféiers restaurés et neuf provinces couvertes.

« J’ai décidé de contrôler toute la chaîne de valeur, de la graine à la tasse », explique-t-elle. Elle cultive aujourd’hui un peu plus de 20 hectares. Les obstacles sont réels. Financement limité, routes, électricité, eau. Elle installe des systèmes solaires et gère sa propre logistique. Elle prévoit d’exporter d’abord vers la France et la Belgique.

Face au doute, sa règle tient en une phrase. « Je prends le doute comme une donnée, pas comme un verdict ».

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