Passé par l’Institut supérieur de management de Dakar et l’université Cattolica du Sacro Cuore, Alioune Badara Mbengue conçoit des modèles de langage adaptés aux données linguistiques locales. À travers la solution AWA, l’entrepreneur sénégalais adapte les commandes vocales en wolof aux usages du commerce, des transports et de la finance.
Dans la maison familiale à Dakar, Alioune Badara Mbengue un ordinateur occupe le salon, un objet rare à l’époque. L’enfant s’y attache très vite.« L’informatique a très tôt fait figure de refuge pour moi », confie-t-il à Forbes Afrique. Il y voit une seconde réalité dans laquelle il peut se projeter.
Autour de lui, la technologie reste marginale. L’écran devient un terrain d’apprentissage et de liberté. Cette curiosité le mène vers les concours d’innovation.
En 2015, il remporte le premier prix de l’Innovathon 55H, le hackathon de l’Organisation internationale de la francophonie. En 2017, il obtient le prix du jury du programme Univenture. Il poursuit ses études à l’Institut supérieur de management, au Sénégal, où il décroche une licence en communication digitale et médias en 2019, puis un master en administration des affaires en 2020.
Un master en études entrepreneuriales à l’Università Cattolica del Sacro Cuore, en Italie, complète son cursus. De 2022 à 2024, il est ambassadeur de Zone01 Dakar, un centre d’intelligence collective. L’entrepreneur sénégalais a aussi été responsable de l’innovation chez Capsules Digital de 2020 à 2024.
En 2015, Alioune Badara Mbengue coinvente une poubelle intelligente baptisée Mbal-it. L’expérience lui apprend une chose. Une technologie ne se diffuse auprès de tous que si elle parle les langues locales. Il le raconte à TRT Afrika. Son équipe consacre ensuite plusieurs années à développer des solutions inclusives.
La raison de l’absence est simple. Les langues africaines sont très peu présentes sur Internet. Les modèles d’intelligence artificielle, entraînés sur ces données, les comprennent mal. Ce constat, il le partage au micro de RFI.
Alioune Badara Mbengue, AWA, une IA qui parle wolof
Alioune Badara Mbengue fonde Andakia, une startup dakaroise qui développe des solutions d’intelligence artificielle pour les langues africaines. Son produit s’appelle AWA. Selon lui, c’est la première IA qui comprend et parle le wolof. Un panel de 200 utilisateurs l’a testée pendant plusieurs jours.
AWA se présente sous deux formes. Une interface de programmation permet aux développeurs de l’intégrer à leurs applications. Une interface vocale se branche sur des services web, mobiles ou sur WhatsApp. Elle transcrit la voix, la synthétise, comprend le langage naturel et exécute des commandes vocales.
Les usages visés vont de la commande d’un taxi à l’envoi d’argent, jusqu’à l’accès aux services administratifs. Les premiers bénéficiaires sont les personnes peu lettrées ou non francophones. En décembre 2024, il reçoit une distinction aux Awards de la Jeunesse Africaine, dans la catégorie IA et nouvelles technologies.
AWA est désormais disponible en wolof et en pulaar. L’outil est développé avec Pape Gorgui Ndoye. Alioune Badara Mbengue souhaite d’étendre la solution à d’autres langues africaines, pour que le continent assure sa souveraineté technologique.