Gilles Tchamba dirige depuis le dixième étage d’une tour de Brazzaville le groupe L’Archer, premier intermédiaire boursier de la zone CEMAC. En moins de cinq ans, sa structure a mobilisé près de 2 000 milliards de francs CFA pour des États de la région. En 2026, il s’associe à la Fondation BantuHub pour investir un million d’euros dans les startups congolaises. Portrait.
Derrière son large bureau situé au dixième étage de la tour des Assurances générales du Congo, en plein centre de Brazzaville, Gilles Tchamba savoure la vue sur la corniche et, par-delà le fleuve, sur les immeubles les plus hauts de Kinshasa. À 39 ans, le gamin né dans le quartier de Bacongo, quelques kilomètres plus à l’ouest, a construit en moins de cinq ans l’un des groupes financiers les plus actifs d’Afrique centrale. L’Archer Group est aujourd’hui le premier intermédiaire boursier de la zone CEMAC. Son fondateur n’avait pas prévu d’en arriver là.
Gilles Tchamba naît à Brazzaville et passe une partie de sa jeunesse à Pointe-Noire. Élève, il n’a pas de prédisposition particulière pour la finance. Sa passion va à l’histoire et à la géographie. Le goût pour les marchés financiers lui vient plus tard, pendant ses études supérieures à l’École Supérieure de Gestion et d’Administration des Entreprises, l’ESGAE, à Brazzaville, qu’il achève en 2009.
À peine diplômé, l’ESGAE l’engage à temps plein comme enseignant en finance d’entreprise. Cette double posture, praticien et pédagogue, forge sa méthode : comprendre les mécanismes avant d’agir dessus. En 2010, Gilles Tchamba rejoint Ecobank Congo comme gestionnaire actif-passif, en charge du bilan de la banque. En 2019, il quitte Ecobank pour United Bank for Africa Congo-Brazzaville, où il occupe le poste de directeur de la Trésorerie.

C’est pendant la pandémie de COVID-19, alors que les marchés financiers régionaux sont perturbés, qu’il identifie le vide à combler. En 2021, il fonde L’Archer Capital, d’abord positionné comme cabinet de conseil en mobilisation de ressources, avant de structurer deux filiales métiers : L’Archer Capital Securities, société de bourse au capital de 300 millions de FCFA, et L’Archer Capital Asset Management, société de gestion d’actifs au capital de 150 millions de FCFA.
Gilles Tchamba : 2 000 milliards de FCFA et la consécration régionale
La trajectoire s’accélère vite. Sous sa direction, L’Archer Capital lève près de 2 000 milliards de francs CFA, soit environ 3 milliards d’euros, pour divers États de la zone CEMAC. Des opérations de structuration financière pour des acteurs publics et privés qui positionnent le groupe comme un acteur de référence sur des marchés où ce type d’expertise locale était quasi inexistant.
En 2024, le groupe consolide son identité en adoptant officiellement le nom L’Archer et en structurant ses filiales, dont L’Archer Asset Management et L’Archer Securities. La même année, Gilles Tchamba est classé parmi les 100 acteurs économiques émergents d’Afrique dans le Choiseul 100 Africa Ranking 2024, à la 6e place en zone CEMAC.

En décembre 2025, L’Archer Group franchit une nouvelle étape. La Fondation BantuHub et le groupe L’Archer annoncent un partenariat stratégique pour investir 1 million d’euros, soit 655 millions de FCFA, en fonds propres dans des PME et startups congolaises à fort potentiel au cours de l’année 2026.
Le programme, baptisé Bantulab, repose sur trois piliers : financement en capital, accompagnement opérationnel de long terme et accès à des réseaux d’expertise nationaux et internationaux. En janvier 2026, Smartmbongo intègre le programme comme première startup incubée, dans le secteur des fintechs, identifié comme prioritaire pour la transformation économique du Congo.
La zone CEMAC souffre d’un déficit chronique d’intermédiaires financiers capables d’accompagner les États et les entreprises sur des opérations complexes. Gilles Tchamba a construit L’Archer sur ce manque. La prochaine étape sera de mesurer si le modèle Bantulab produit les champions locaux annoncés, et si L’Archer parvient à étendre son empreinte au-delà du Congo-Brazzaville et de la Guinée Équatoriale vers l’ensemble de la zone CEMAC.
