Dans les couloirs du Groupe CFAO, on ne l’appelle pas la pompière pour rien. Quand une filiale vacille, qu’une marque doit redémarrer de zéro ou qu’un marché s’ouvre sans mode d’emploi, c’est elle qu’on envoie. Depuis presque trois décennies, Aïssatou Diouf a bâti sa carrière sur ces missions que personne d’autre ne veut prendre.
Sénégalaise née à Abidjan, Aïssatou Diouf rejoint le Groupe CFAO en 1999, comme comptable. Le poste est modeste, le début est classique. Ce qui ne l’est pas, c’est la suite : vingt-sept ans dans la même maison, à travers sept pays, le Sénégal, le Mali, l’Algérie, le Burkina Faso, le Liberia, le Bénin et le Nigeria, en passant sans cesse d’un monde francophone à un monde anglophone qui ne fonctionne selon aucune des mêmes règles.
Elle appelle elle-même ces années « missions de pompier ». Des filiales tout juste rachetées à remettre sur pied, des marques à relancer, des équipes à reconstruire dans l’urgence. Pas le temps de douter, juste celui de décider. « Le leadership ne se construit pas en une fois, il se construit une décision difficile à la fois », résume-t-elle.
Au Bénin, Aïssatou Diouf passe plus de deux ans à développer la marque Yamaha comme directrice des opérations. Ailleurs, elle cumule quatorze ans en tant que directrice financière, avant que le groupe ne lui confie des responsabilités de plus en plus larges, jusqu’à la technologie, le développement commercial et les fusions.
En cours de route, elle retourne s’asseoir sur les bancs de l’université. À l’Université Paris Dauphine, elle décroche un MBA, sans jamais quitter le terrain qui continue de la former, souvent plus durement que n’importe quel cours. Pendant longtemps, dans ces salles de réunion où elle atterrit, elle est la seule femme. « J’ai souvent été la seule femme dans la salle du conseil, mais ce n’est jamais ce qui a défini mon travail », a-t-elle à l’occasion d’une interview accordée à un média local.
Aïssatou Diouf : le Nigeria, un terrain différent
En 2020, un nouveau chapitre s’ouvre. Aïssatou Diouf prend la direction de Suzuki by CFAO Mobility au Nigeria, la plus grande économie du continent, et l’un de ses marchés les plus indomptables. Ici, ce qui fonctionnait au Sénégal ne fonctionne pas forcément.
Le management multiculturel, dit-elle, ce n’est pas traiter tout le monde pareil, c’est comprendre ce qui motive vraiment chaque personne, et l’aligner vers un objectif commun.
C’est là, dans ce pays qui compte les femmes mécaniciennes sur les doigts d’une main, qu’elle lance en 2022 le programme Empower Her, en partenariat avec le centre de formation Automedics. L’objectif est de former et certifier des femmes aux métiers techniques de l’automobile, gratuitement.
La première promotion sort en décembre 2022. Trois éditions plus tard, en novembre 2025, quatorze nouvelles diplômées rejoignent leurs rangs. « Ces jeunes femmes ne réparent pas seulement des voitures, elles réparent des systèmes », lance-t-elle lors d’une remise de diplômes.