Le financement des PME ouest-africaines reste l’un des angles morts des marchés financiers de la zone UEMOA. La BRVM et la BADEA ont décidé d’y répondre de façon structurée. Leur rencontre de Kigali, en marge de l’Africa CEO Forum 2026, a produit un agenda concret et une ambition élargie qui dépasse désormais le cadre initial de leur partenariat.
En marge de l’Africa CEO Forum le 14 mai 2026 à Kigali, le Directeur Général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Amenounvé, et le Président de la BADEA, Abdullah KH Almusaibeeh, ont fait le point sur le Programme d’accompagnement des PME co-construit par leurs deux institutions. La BADEA a exprimé sa volonté d’aller plus loin, en étendant la coopération aux segments du marché obligataire et du marché actions de la BRVM, deux leviers importants pour le financement à long terme des économies de la zone. Une décision importante, pour un continent où les PME pèsent lourd dans l’économie réelle mais restent marginalisées sur les marchés financiers.
Le constat de départ est documenté. Les PME représentent 80 % du secteur privé de l’UEMOA mais peinent à accéder au financement. Ce décalage entre leur poids dans l’économie réelle et leur accès aux marchés de capitaux est précisément ce que la convention signée entre les deux institutions le 9 octobre 2024, à Abidjan, cherche à corriger.
Ce partenariat vise sur les cinq prochaines années trois objectifs précis : le renforcement des capacités des PME des pays de l’UEMOA, le financement à travers un accès au marché de la dette, et le renforcement des fonds propres. Ce triptyque constitue une réponse structurée aux obstacles réels que rencontrent les entreprises régionales sur les marchés financiers.
Financement des PME : Elite, un programme qui monte en puissance
La BRVM ne part pas de zéro sur ce terrain. Depuis 2018, elle a lancé le programme Elite BRVM Lounge, qui a déjà profité à 30 entreprises à fort potentiel. Fort des enseignements tirés de cette expérience, un nouveau programme ambitionne le financement des PME et de toucher plus de 100 entreprises de l’UEMOA.
Ce changement d’échelle n’aurait pas été possible sans la BADEA. L’institution, fondée en 1973 par la Ligue arabe, a été créée avec la vocation de renforcer la coopération économique entre le monde arabe et l’Afrique subsaharienne, en finançant des projets de développement dans les pays africains non arabes. Elle apporte à ce projet une capacité financière et une légitimité multilatérale que la BRVM seule ne pourrait pas mobiliser aussi rapidement.
Le contexte de marché plaide pour cette initiative. La capitalisation boursière de la BRVM dépasse les 15 800 milliards de francs CFA en mai 2026. Un potentiel considérable, mais qui reste aujourd’hui largement inaccessible aux PME, faute d’accompagnement technique et financier adapté à leur réalité.
L’extension envisagée vers le marché obligataire et le marché actions change la portée de cette coopération. Ces deux compartiments offrent des instruments de financement à long terme que les petites et moyennes entreprises de la zone n’ont quasiment jamais pu utiliser jusqu’ici.
La BRVM examinera dans les prochaines semaines ces nouveaux axes de coopération, avec pour objectif d’approfondir le développement des marchés de capitaux et d’élargir l’accès au financement des PME à l’échelle régionale.
La vraie mesure du succès de ce partenariat se lira dans les années à venir sur un seul indicateur : le nombre de PME des huit pays de l’UEMOA qui auront effectivement levé des capitaux sur le marché régional. Tout le reste n’est que déclaration d’intention.