Accra a officialisé, vendredi 15 mai 2026, la fin de sa relation de sauvetage avec le FMI. Trois (3) ans après avoir frôlé le précipice financier, le redressement économique du Ghana est lisible dans les chiffres. Reste à transformer cette stabilisation en prospérité durable, sans filet de sécurité externe.
Il y a moins de quatre (4) ans, le Ghana affichait une inflation à 50 %, un cedi en chute libre et une dette dont le service absorbait l’essentiel des recettes publiques. Le pays s’était tourné vers le FMI en 2022, sous la pression d’une dette galopante, d’une inflation en forte hausse et d’un net affaiblissement de sa monnaie, aggravés par les séquelles économiques de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine. En mai 2023, Washington accordait une facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars sur 36 mois.
Le 15 mai 2026, les équipes du FMI et les autorités ghanéennes ont trouvé un accord technique sur la sixième et dernière revue du programme. La présidence ghanéenne a salué cette annonce comme « la fin définitive de la relation de sauvetage financier du Ghana avec le FMI ». Un cap symbolique fort, même si la validation formelle reste attendue fin juillet à Washington, lors de l’examen par le Conseil d’administration du Fonds.
Les indicateurs plaident en faveur d’Accra. En 2025, le Ghana a affiché une croissance du PIB réel de 6 %, une inflation à 5,8 % contre 23,8 % en 2024, et une appréciation du cedi de plus de 40 % par rapport au dollar. Les réserves de change brutes ont atteint environ 14,5 milliards de dollars début 2026, soit l’équivalent de près de six mois de couverture des importations. Un niveau que les économistes considèrent comme un bouclier solide contre les chocs extérieurs.
Sur la dette, les progrès sont tout aussi nets. La restructuration des Eurobonds, d’un montant de 13,1 milliards de dollars, a été achevée fin 2024. Le ratio d’endettement est désormais projeté à 53 % du PIB en 2026 et devrait reculer jusqu’à 42,3 % en 2031. Les agences de notation ont pris acte de cette embellie. Fitch a relevé la note souveraine du Ghana de « B- » à « B », faisant suite à une évaluation positive de Moody’s en avril.
Redressement économique du Ghana : un nouveau cap sans les liquidités du Fonds
Plutôt que de prolonger un programme classique, Accra a choisi l’Instrument de coordination des politiques (ICP). Ce cadre non financier vise à soutenir les réformes et à signaler la crédibilité des politiques économiques sans recourir à de nouveaux emprunts auprès du FMI. Pour le président John Dramani Mahama, il s’agit de sortir avec dignité et de garder le cap des réformes tout en misant sur le secteur privé comme moteur de croissance.
Bien que l’ICP n’implique pas de nouveaux financements, le gouvernement affirme qu’il aidera à attirer les investissements privés et soutiendra son objectif de retrouver, à terme, une notation en catégorie investissement. L’ambition est claire : faire du Ghana une destination crédible pour les capitaux à long terme, en s’appuyant sur l’or, le cacao et le pétrole comme leviers.
Le FMI, lui, tempère l’enthousiasme. L’institution a mis en garde contre des risques persistants, notamment l’incertitude économique mondiale et les pressions budgétaires liées aux entreprises publiques, et a appelé les autorités à maintenir la dynamique des réformes. La Compagnie d’électricité du Ghana reste sous surveillance, avec des pertes structurelles qui inquiètent Washington. Le redressement économique du Ghana est réel. Mais il reste un chantier ouvert.