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Cyrille Nkontchou, la somme des parties

Cyrille Nkontchou Cyrille Nkontchou

Au Cameroun, la première année de la première école Enko, quatre élèves seulement s’inscrivent. Cyrille Nkontchou et son associé hésitent à poursuivre. Ils poursuivent. Aujourd’hui, Enko Education compte 16 écoles dans 10 pays. Elle vise 20 000 élèves d’ici 2029, pendant que l’investisseur lance un fonds pour les PME d’Afrique de l’Ouest francophone. Portrait.

Cyrille Nkontchou voit le jour dans une famille de fonctionnaires camerounais. Son père est administrateur civil, sa mère enseignante puis inspectrice des écoles primaires. Il est le troisième d’une fratrie de sept. 

Enfant, il observe avec fascination l’élevage de poulets de sa mère, qui complète les revenus du foyer. Pour s’offrir de l’argent de poche, il décalque des bandes dessinées sur du papier transparent, les projette sur un mur et fait payer l’entrée à ses amis.

En 1981, son père est affecté à l’ambassade du Cameroun à Paris. Cyrille a 13 ans. Il passe du lycée Leclerc de Yaoundé au lycée La Folie Saint-James de Neuilly-sur-Seine. Ses parents sont vite rappelés au Cameroun. Lui, son frère Alain et leur sœur aînée Mireille restent seuls dans un appartement d’Argenteuil.

Cyrille Nkontchou se décrit comme un élève moyen, qui comprend tôt que sa réussite passera par les études. Chaque jour, il mesure l’écart entre Argenteuil et Neuilly. Il sort diplômé en économie de Sciences Po Paris, titulaire d’un MBA de Harvard Business School.

La salle des marchés puis LiquidAfrica

Cyrille Nkontchou commence sa carrière chez Accenture à Paris, dans les marchés financiers. Sept ans plus tard, il obtient un MBA à la Harvard Business School. Un double ancrage Europe-Amérique qui forge sa vision internationale.

En 1997, fraîchement diplômé de Harvard, Cyrille Nkontchou part à Londres chez Merrill Lynch. Pendant trois ans, il analyse le développement du marché sud-africain. En 1999, le Financial Mail le désigne comme l’un des meilleurs analystes de recherche du continent. Mais, le jeune Camerounais veut construire, pas seulement analyser.

En 2000, il fonde LiquidAfrica à Johannesburg, une plateforme d’informations et de conseils financiers aux entreprises africaines. Le timing semble parfait. Puis la bulle internet éclate en 2001. Il recentre les activités sur l’intermédiation financière.

Les années suivantes galopent malgré tout. Croissance à deux chiffres. Discours sur l’émergence des BRICS. Cyrille Nkontchou investit dans le groupe RMG, premier distributeur de produits phytosanitaires en Afrique de l’Ouest.

En 2008, il fonde Enko Capital avec son frère Alain, basé à Londres. Une société de gestion d’actifs dédiée à l’investissement en Afrique. Le E d’Enko est un sigma, le symbole mathématique de la somme. Enko, c’est la somme des Nkontchou. Alain dirige les stratégies de dette, Cyrille pilote le capital-investissement. 

Private equity et valeurs cotées. Bureaux à Londres et Johannesburg. Enko Capital gère aujourd’hui plus de 350 millions de dollars d’actifs. Le fonds cible des entreprises africaines en phase pré-introduction en bourse. L’objectif est d’apporter des capitaux à fort impact pour des champions africains en croissance.

Cyrille Nkontchou, l’école avant le fonds

Cyrille Nkontchou
Cyrille Nkontchou, fondateur d’Enko Education et Enko Capital, entrepreneur camerounais ©Forbes Afrique Par Patrick Diagou

En 2013, Cyrille Nkontchou crée Enko Education avec Éric Pignot. Le constat de départ porte sur la qualité de l’enseignement primaire et secondaire en Afrique. Il s’inspire de sa mère Justine, qui dirige depuis plus de trente ans un complexe scolaire international à Yaoundé. La première école ouvre en septembre 2014 au Cameroun.

La première année, elle ne compte que quatre élèves. Avec son associé, il se demande s’il faut continuer. Le réseau regroupe aujourd’hui 16 écoles dans 10 pays et, début 2025, plus de 7 000 élèves. Plus de 80 % de ses diplômés ont intégré plus de 600 universités à travers le monde.

En janvier 2025, Enko Education lève 24 millions de dollars en fonds propres auprès d’Africa Capitalworks et d’Adiwale. Le 17 février 2026, le groupe boucle un financement de 46 millions de dollars, dont 22 millions de prêt de Standard Bank. 

L’objectif est de tripler les effectifs pour atteindre 20 000 élèves en 2029, grâce à une stratégie de rachats d’écoles. Président non exécutif du réseau, il présente Enko comme le partenaire idéal des propriétaires qui veulent transmettre leur établissement.

Cyrille Nkontchou, le capital au service des PME

Côté investissement, 2026 est une année chargée. Le fonds Enko PME, agréé par l’AMF-UMOA, cible 20 milliards de francs CFA. Le 23 avril, Enko Capital annonce le rachat des neuf restaurants Burger King de Côte d’Ivoire, détenus par Servair.

En septembre, la société annonce un investissement dans EV.Tech, entreprise ivoirienne de recharge de véhicules électriques, qui exploite 70 stations. Cyrille Nkontchou parle de la deuxième opération du fonds. Enko Capital gère plus d’un milliard de dollars d’actifs.

Pour lui, la jeunesse africaine sera une bombe sociale ou un dividende démographique, selon la qualité de son éducation. Entre les quatre élèves de la première année et les 20 000 visés pour 2029, il applique la devise d’Enko. La valeur naît de la somme des parties.

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