La transaction est effective depuis le 12 mai 2026. L’État camerounais a repris les 58,08 % de participation que détenait le groupe français Société Générale dans sa filiale locale. Cette opération ouvre une nouvelle page pour l’établissement. Il abandonne l’identité de Société Générale Cameroun pour devenir General Bank of Cameroon, désormais contrôlée à 83,68 % par l’État.
L’État du Cameroun a finalisé, mardi 12 mai 2026 à Douala, le rachat des 58,08 % du capital de Société Générale Cameroun détenus par le groupe français. Sa participation totale atteint désormais 83,68 % du capital de l’établissement. Les 16,32 % restants appartiennent au groupe SanlamAllianz.
La cession de l’acte de propriété a eu lieu à Yaoundé, lors d’une cérémonie officielle. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, représentait l’État camerounais. En face, Aymerick Villebrin, directeur délégué des réseaux bancaires internationaux du groupe Société Générale, signait pour la partie française.
Dans la foulée de cette transaction, l’établissement a changé de nom pour devenir General Bank of Cameroon. L’accord de cession avait été signé le 15 juillet 2025. Son montant s’élève à 129 milliards de FCFA, soit environ 230,5 millions de dollars toutes taxes comprises.
La finalisation de la transaction a suivi l’avis de non-objection de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), obtenu fin avril 2026. La COBAC est le régulateur du secteur bancaire dans la zone CEMAC.
General Bank of Cameroon hérite d’une institution au bilan sain et à l’histoire longue. La filiale camerounaise de Société Générale naît officiellement en 1963, sous le nom de Société Générale de Banques au Cameroun. Elle prend l’appellation Société Générale Cameroun en 2013, après plus d’un demi-siècle de présence dans le pays.
Au 31 mars 2026, Société Générale Cameroun affichait 138 milliards de FCFA de fonds propres nets. Son ratio de couverture des risques atteignait 20,5 %, soit presque le double du minimum de 11,5 %. Ce qu’exige une banque systémique. Son ratio de liquidité de 211 % dépassait largement le seuil de 100 % imposé par la COBAC.
L’État camerounais récupère 250 000 relations clients, des ratios prudentiels supérieurs aux normes et une légitimité institutionnelle construite sur plus d’un demi-siècle. C’est le deuxième établissement bancaire du pays, en pleine forme opérationnelle.
Le retrait du groupe Société Générale s’inscrit dans une stratégie globale de recentrage engagée depuis 2023 sur certains marchés jugés prioritaires. Après plusieurs cessions de filiales africaines, le Cameroun a exercé son droit de préemption pour reprendre le contrôle de sa filiale locale.
De Société Générale Cameroun à General Bank of Cameroon : une transition pilotée
La prise de contrôle de la banque par l’État ne devrait être que temporaire. L’opération s’apparente davantage à une transition destinée à encadrer le retrait du groupe Société Générale qu’à un choix durable de renforcement de la présence publique dans le secteur bancaire.
« Face à la décision stratégique du groupe Société Générale de réorganiser ses activités en Afrique, l’État du Cameroun a fait le choix d’agir avec responsabilité et méthode, dans le souci de préserver les intérêts nationaux et garantir la stabilité du système financier », a expliqué Louis Paul Motaze.
Plusieurs sources évoquent une cession ultérieure à un opérateur privé. Le ministre ne s’est pas prononcé sur ce point lors de la cérémonie officielle. L’État se positionne donc comme un actionnaire de transition, pas comme un propriétaire définitif. Cette acquisition fait de General Bank of Cameroon la cinquième banque majoritairement publique du pays, aux côtés de la BC-PME, CBC, NFC Bank et UBC. Le secteur bancaire camerounais se reconfigure autour d’un État qui pèse désormais très lourd dans le paysage financier national.
L’État entend tout de même faire de General Bank of Cameroon une banque « moderne, compétitive et inclusive ».
Sur la question de la continuité des services, Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du ministère des Finances, a été formel : « Pour les clients, rien, absolument rien ne change. Toutes les dispositions sont prises pour que le fonctionnement de la banque reste le même. Tout ce qui concerne le logiciel, le système informatique, va être géré dans ce cadre. »
Pour les 250 000 clients de l’ex-Société Générale Cameroun, la General Bank of Cameroon doit maintenant faire ses preuves. Ses fondamentaux financiers sont solides. Sa direction reste à consolider. Et l’arrivée annoncée de nouveaux partenaires stratégiques privés constituera le vrai test de ce pari de souveraineté bancaire.