Un virage stratégique vers le continent. Cinq ans après son implantation dans le quartier du Marais à Paris, la Fondation H, créée par le milliardaire franco-malgache Hassanein Hiridjee (PDG du groupe Axian), fermera son espace d’exposition français en septembre 2026.
Le milliardaire malgache Hassanein Hiridjee resserre la présence internationale de sa fondation d’art contemporain autour du continent africain. La Fondation H tourne la page de son aventure parisienne pour concentrer ses moyens sur son siège d’Antananarivo, seule base retenue pour accompagner les artistes d’Afrique et de ses diasporas.
L’institution d’art contemporain a fait le choix de fermer cette vitrine internationale pour regrouper l’ensemble de ses moyens, résidences d’artistes et programmes de formation sur son site de 2 200 m² à Antananarivo, affirmant sa volonté de développer l’écosystème artistique directement depuis la Grande Île.
Le site parisien fonctionnait grâce à un partenariat avec la Cité internationale des arts, où la Fondation H louait un atelier-logement pour des résidences d’artistes, complété par un espace d’exposition attenant dans le quatrième arrondissement, à proximité du quartier des galeries.
Ce dispositif donnait aux artistes de Madagascar et de l’océan Indien un point d’ancrage sur l’un des marchés de l’art les plus importants au monde. Le lieu avait ouvert avec une exposition personnelle de la peintre malgache Malala Andrialavidrazana, installée à Paris, dont les grands photomontages retravaillent cartes, billets de banque et symboles de la culture africaine précoloniale et contemporaine.
Hassanein Hiridjee avait alors expliqué vouloir rapprocher le public français et international de la création africaine contemporaine et construire de nouveaux ponts. L’espace a continué à accueillir des expositions jusqu’à cette année, avec notamment une résidence de recherche de l’artiste Priscilla Kennedy à partir de fin mars.
La Fondation H se recentre sur Antananarivo
Créée à Antananarivo en 2017, la Fondation H a été reconnue d’utilité publique l’année suivante par Madagascar. Elle fait fonctionner gratuitement plusieurs programmes, dont le Prix Paritana destiné à la jeune scène malgache, des résidences d’artistes à Antananarivo et à Paris, les ateliers créatifs Hay pour les enfants de 6 à 14 ans, et les formations Ainga pour les artistes en activité.
La fondation avait affiché tôt des ambitions qui dépassent Madagascar, avec une exposition sur l’art malgache au musée du Quai Branly Jacques Chirac dès 2018. Elle affirme que Madagascar manque d’espaces d’art dédiés et de formation structurée pour les jeunes artistes, et se positionne pour combler ce manque.

Son bâtiment d’Antananarivo, alimenté à l’énergie solaire, sur 2 200 mètres carrés, abrite une collection permanente centrée sur les artistes de la région, un café et des salles d’exposition accueillant des commissariats locaux et internationaux. C’est désormais ce site unique qui portera l’ensemble des résidences, subventions, productions locales et commissariats internationaux de la fondation.
Un mécénat construit en parallèle du développement du groupe Axian
Hassanein Hiridjee, né à Antananarivo en 1975, dirige le groupe Axian, conglomérat panafricain actif dans les télécommunications, l’énergie, l’immobilier et les services financiers. Issu d’une famille khoja, dite Karane, installée à Madagascar, il a étudié au Lycée français de Tananarive avant de rejoindre l’ESCP à Paris. Il intègre l’entreprise familiale, alors appelée Hirimix, en 1997, après plusieurs années dans la finance en France.
Le groupe prend le nom d’Axian en décembre 2015, avant d’étendre ses activités au-delà de Madagascar, dans l’océan Indien puis sur le reste du continent, avec notamment la reprise des activités de Tigo en Tanzanie, une entrée au capital de Togocom au Togo, et un partenariat au Sénégal. Axian Telecom compte aujourd’hui parmi les principaux opérateurs télécoms d’Afrique.
Le mécénat d’Hassanein Hiridjee a suivi la même logique régionale que la croissance d’Axian, en misant sur Madagascar et l’océan Indien plutôt que sur les places artistiques les plus établies du continent. L’espace parisien de la Fondation H en constituait la vitrine tournée vers l’extérieur.
Sa fermeture ramène le champ d’action de la fondation vers sa base et vers le continent qu’elle dit vouloir servir, avec une question en suspens : comment les artistes qui utilisaient ce tremplin parisien vers le marché international pourront-ils conserver ce type de visibilité une fois l’activité recentrée sur Antananarivo.