Le parc agro-industriel de Kolda est bien plus qu’une inauguration de plus. C’est la première pièce visible d’un puzzle national qui ambitionne de transformer le sud du Sénégal en hub agroalimentaire. Derrière les 15 hectares inaugurés le 24 avril 2026, c’est toute la stratégie de souveraineté alimentaire du président Bassirou Diomaye Faye qui prend forme sur le terrain.
Le président Bassirou Diomaye Faye a inauguré le 24 avril 2026 le parc agro-industriel de Kolda, implanté dans la commune de Dioulacolon sur une superficie de 15 hectares, dont 5 hectares déjà aménagés. L’infrastructure, placée sous la tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce, a été financée à hauteur de 2,32 milliards de FCFA par la Banque islamique de développement.
Le parc agro-industriel de Kolda est mené dans le cadre du Projet Agropole Sud, qui couvre les trois régions de la Casamance : Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. Ce qui distingue ce parc d’un simple entrepôt agricole, c’est sa conception intégrée. Le site est doté d’une zone logistique avec quai de chargement et de déchargement, un atelier mécanique, un pont bascule.
L’infrastructure porte également un hangar de stockage d’une capacité de 3 600 tonnes et une chambre froide de 220 tonnes. Il intègre un espace entreprises de 2 hectares extensibles pour accueillir des unités de transformation privées et des PME (petites et moyennes entreprises), ainsi qu’un forage de 70 m³ par heure et un château d’eau de 150 m³.
Pour les autorités sénégalaises, il ne s’agit plus seulement de produire. Il faut mieux stocker, mieux transformer, mieux commercialiser et mieux attirer l’investissement au plus près des bassins de production, comme l’a résumé le chef de l’État lors de la cérémonie.
Le parc agro-industriel de Kolda: mettre en valeur le sud du Sénégal, longtemps oublié
La Casamance est l’une des régions les plus fertiles du Sénégal. Mangue, anacarde, maïs, produits halieutiques : le potentiel agro-industriel y est considérable. Le projet parc agro-industriel de Kolda cible précisément les filières mangue et anacarde comme priorités, avec un module central basé à Ziguinchor et trois modules régionaux dont celui de Kolda.
Pourtant, l’implication du secteur privé reste un point de faiblesse, avec un taux de mobilisation limité à 50 % à ce stade. C’est précisément pour lever ce frein que le gouvernement a décidé d’élargir le périmètre et de rendre les infrastructures plus attractives pour les entreprises.
Les autorités ont pris la décision de transformer les plateformes logistiques prévues à Kolda et Sédhiou en véritables pôles agro-industriels qui intègreront production, transformation et logistique. L’extension des parcs entre 50 et 100 hectares a été annoncée.

À terme, le Projet Agropole Sud prévoit la création de 14 500 emplois directs et 35 000 emplois indirects, ainsi que la mobilisation de 125 milliards de FCFA d’investissements privés. Pour 2026, un financement additionnel de 41,4 milliards de FCFA a été mobilisé dans le cadre de l‘Agenda national de transformation Sénégal 2050.
En mars 2026, le projet avait déjà remis des équipements de transformation à 9 379 femmes des régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, financés à hauteur de 414 millions de FCFA par la Banque islamique de développement.
Un modèle à reproduire à l’échelle nationale
Ce parc agro-industriel au Sénégal n’est pas un projet isolé. Il se rattache au Programme national de développement des agropoles du Sénégal (PNDAS).
Ce programme prévoit des agropoles dans le Sud, à Thiès dans l’Ouest, à Saint-Louis dans le Nord et à Tambacounda dans l’Est. Chacun est spécialisé dans les filières dominantes de son territoire. Le secteur agricole contribue à 16 % du PIB (Produit Intérieur Brut) sénégalais et emploie environ 22 % de la population active.
La logique est celle d’une industrialisation par le bas : partir des ressources existantes dans chaque territoire, leur donner une infrastructure, et laisser le secteur privé créer la valeur. C’est un pari raisonnable.
Mais sa réussite dépend d’une variable encore incertaine : la capacité du gouvernement à convaincre les investisseurs privés de franchir le pas dans des zones qui restent éloignées des grands centres économiques du pays. Le parc agro-industriel de Kolda est posé. Ce qui se passe dans les mois qui viennent, quelles entreprises s’installent, quelles filières se structurent, combien d’emplois se créent réellement, dira si la stratégie tient la route.
