Le financement pétrolier africain entre dans une nouvelle ère. Heirs Energies a été primée à Londres pour son accord de 750 millions de dollars conclu avec Afreximbank. L’une des plus grandes opérations jamais réalisées par une entreprise énergétique africaine locale.
Les EMEA Finance Project Finance Awards ont décerné, le 3 juin 2026 à Londres, le prix de la meilleure transaction pétrole et gaz de l’année à Heirs Energies. La société nigériane a été récompensée pour son financement en deux (2) tranches de 750 millions de dollars, structuré avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). L’opération est désormais reconnue comme l’une des plus importantes jamais montées par une entreprise énergétique locale du continent.
Les EMEA Finance Project Finance Awards distinguent chaque année les transactions les plus remarquables en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Remporter la catégorie pétrole et gaz face à des acteurs couvrant ces trois régions, place Heirs Energies dans une position inédite pour une société africaine indépendante.
Cet accord a été signé à Abuja en décembre 2025. Il était conçu pour accélérer le développement du champ Oil Mining Licence 17 (OML 17), optimiser la production et renforcer la structure financière à long terme de l’entreprise. Afreximbank, dont le total d’actifs dépasse 48,5 milliards de dollars, a joué un rôle central dans le montage, en lieu et place des consortiums bancaires occidentaux habituels.
Pour le directeur général de Heirs Energies, Osa Igiehon, cette reconnaissance confirme la capacité des institutions financières africaines à soutenir des opérations de premier plan. Samuel Nwanze, directeur général délégué et directeur financier, souligne que l’accord a été structuré pour soutenir une stratégie de développement sur le long terme, et non pour financer une simple acquisition.
OML 17, moteur du financement pétrolier africain
Heirs Energies a pris le contrôle du bloc OML 17 en 2021, à l’occasion du rachat de la participation de Shell. Depuis, la société a doublé sa production de pétrole, dépassant les 50 000 barils par jour, et triplé sa production de gaz, qui atteint plus de 135 millions de pieds cubes standard par jour. Elle représente environ 5 % de la production pétrolière totale du Nigeria et une part équivalente de l’approvisionnement national en gaz.
Cette remontée en puissance a réuni les conditions nécessaires à un prêt garanti par les réserves. Ce type de financement pétrolier africain exige des profils de production solides, des estimations de réserves fiables et un historique d’opérateur rigoureux. Heirs Energies répondait aux trois critères, ce qui a rendu possible une opération de cette envergure auprès d’un établissement multilatéral panafricain.
Le choix d’Afreximbank n’est pas anodin. La banque, partenaire de Heirs Energies depuis l’acquisition initiale en 2021, a confirmé son positionnement de référence pour les grandes transactions énergétiques africaines. Haytham ElMaayergi, vice-président exécutif d’Afreximbank, a qualifié cette opération de modèle pour le financement de l’énergie sur le continent.
Pour Tony Elumelu, président de Heirs Energies, fondateur de la Fondation Tony Elumelu et président de United Bank for Africa, cet accord illustre une conviction ancienne : la sécurité énergétique de l’Afrique ne peut reposer uniquement sur des capitaux étrangers. Avec 750 millions de dollars levés auprès d’une institution africaine, ce principe trouve ici sa démonstration la plus concrète à ce jour.
Les retombées de cet accord dépassent les salles de marché. Une production de gaz multipliée par trois depuis 2021, désormais intégralement dirigée vers le marché domestique nigérian, alimente directement la production électrique du pays.
Au Nigeria, où les coupures de courant freinent l’activité économique des ménages et des petites entreprises, un approvisionnement en gaz plus stable signifie davantage d’heures d’électricité disponibles.
Le financement de 750 millions de dollars permet à Heirs Energies de poursuivre le développement d’OML 17, avec des investissements dans les infrastructures de production et la maintenance des puits. Ces chantiers génèrent des emplois locaux et renforcent les compétences techniques nigérianes dans un secteur longtemps dominé par des opérateurs étrangers.
Plus largement, la distinction obtenue à Londres envoie un message aux autres entreprises énergétiques du continent : il est possible de lever des capitaux importants via des institutions africaines, sans dépendre exclusivement de bailleurs occidentaux. Ce modèle, s’il fait école, pourrait accélérer le financement de projets énergétiques dans d’autres pays africains où les besoins restent considérables.