Le Nigeria fixe son cap à 2,5 millions de barils par jour, alors que sa production pétrolière réelle reste loin du compte. Le ministre Lokpobiri appelle les investisseurs à s’engager. Les défis sont aussi techniques que politiques.
Le Nigeria veut produire 2,5 millions de barils de pétrole par jour. C’est l’objectif affiché par le ministre d’État aux Ressources pétrolières, le sénateur Heineken Lokpobiri, lors d’un séminaire de direction tenu à Abuja. Le ministre a demandé un cadre clair pour y parvenir, avec des investissements soutenus et une intensification des forages.
La production pétrolière actuelle du Nigeria se situe bien en deçà de cet objectif. En mars 2026, elle avait rebondi à 1,84 million de barils par jour après une chute à 1,31 million en février. En 2024, la moyenne annuelle n’avait atteint que 1,56 million de barils par jour. Ces chiffres illustrent une réalité : la production reste instable, soumise aux pannes techniques, aux actes de sabotage et aux fluctuations du marché.
Pourtant, le point de départ a changé. Quand l’administration Tinubu arrive au pouvoir en 2023, le Nigeria produisait à peine un million de barils par jour. La remontée vers 1,8 million représente un bond significatif. Le nombre de plateformes de forage actives est passé de moins de 10 à plus de 60 selon les autorités, même si d’autres sources officielles évoquent environ 50 plateformes opérationnelles à mi-2025.
Le pays dispose de 37,5 milliards de barils de réserves prouvées : la onzième plus grande au monde. Les autorités estiment que 75 % du potentiel en hydrocarbures reste inexploré. Les réserves de gaz naturel figurent parmi les plus importantes d’Afrique. Le problème n’est pas la ressource. Il est dans la capacité à l’extraire de manière stable et rentable.
La production pétrolière du Nigeria face aux défis de l’investissement et de la sécurité
Le « Project One Million Barrels », lancé en octobre 2024, vise à ajouter un million de barils par jour à la production nationale en douze à vingt-quatre mois. Mi-2025, il avait permis d’injecter environ 300 000 barils supplémentaires. Loin de l’objectif initial, mais une contribution réelle à la remontée de la courbe de production.
Les cessions d’actifs par les compagnies pétrolières internationales ont déclenché plus de 5,5 milliards de dollars de décisions finales d’investissement. Ces transferts ont ajouté environ 200 000 barils par jour à la production. Lokpobiri y voit un signal positif : des investisseurs asiatiques, européens et nord-américains marquent leur intérêt pour le secteur nigérian.
Le siphonage du pétrole avait longtemps saigné les opérateurs : entre 300 000 et 500 000 barils perdus chaque jour selon les estimations des autorités. Les réformes de sécurité menées ces trois dernières années ont réduit ces pertes. Mais la stabilité reste fragile. Et la production de février 2026, tombée à 1,31 million de barils, rappelle que les progrès peuvent être effacés rapidement.
2,5 millions de barils : une production aux implications budgétaires majeures
Pour le budget nigérian, chaque baril compte. Le pétrole représente encore près de 50 % des recettes d’exportation du pays. En 2025, les exportations de brut ont rapporté environ 31,54 milliards de dollars.
Une production durablement autour de 2,5 millions de barils par jour doublerait presque ces recettes, de quoi financer les investissements en infrastructures, santé et éducation qu’un pays de 230 millions d’habitants attend.
Mais pour les ménages nigérians, les effets sont moins directs. La suppression des subventions aux carburants en 2023 a fait flamber les prix à la pompe. La raffinerie Dangote, qui monte en charge, pourrait améliorer l’accès aux produits pétroliers raffinés sur le marché local. Si la production augmente et que les recettes fiscales se redressent, le gouvernement aurait plus de marges pour absorber les chocs sociaux.
L’objectif de 2,5 millions de barils reste ambitieux. En novembre 2005, le Nigeria avait atteint un pic de 2,47 millions de barils par jour, son record historique. Le retrouver, après deux décennies de déclin, exige non seulement des investissements massifs, mais aussi une stabilité politique et sécuritaire que le pays doit encore consolider.