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Angela Wamola, la voix des réseaux africains

Angela Wamola Angela Wamola
Angela Wamola, Head of Sub-Saharan Africa, GSMA

Élève médiocre en mathématiques, seule femme dans sa promotion d’ingénierie, unique cadre féminin senior dans la division technologique de Safaricom pendant six ans. Angela Wamola, Kényane née à Nairobi, dirige aujourd’hui l’Afrique subsaharienne pour la GSMA, l’organisation qui représente plus de 800 opérateurs mobiles dans le monde.

À l’école secondaire à Nairobi, Angela Wamola était ce qu’on appelle poliment une élève en difficulté. Les mathématiques et la physique lui résistaient. Ses notes la classaient parmi les derniers. Dans sa famille, elle était, selon ses propres mots, « le mouton noir côté études ». Rien ne laissait présager une carrière à la tête des télécommunications africaines.

Tout bascule en troisième année de lycée, le jour où les élèves reçoivent des formulaires d’orientation universitaire. La jeune Angela pense à son oncle, ingénieur civil. Elle pense à ce que signifie résoudre des problèmes concrets plutôt qu’accumuler des notes abstraites. Elle coche la case génie civil à l’Université de Nairobi et se retrouve quelques mois plus tard dans une promotion où six femmes seulement étudient l’ingénierie.

À l’Université de Nairobi, les premières années sont rudes. Angela Wamola découvre l’ampleur de ce qu’elle s’est engagée à faire. Sa promotion en génie civil ne compte que six femmes. Les horaires sont denses. Les cours, intimidants. La pression de prouver sa légitimité dans un environnement majoritairement masculin est permanente.

Elle envisage d’abandonner. Elle le dit sans ambages dans un entretien accordé au journal kényan The Standard. Puis, en troisième année, quelque chose change. Les matières qui lui résistaient commencent à avoir du sens. Elle comprend, dira-t-elle plus tard, que l’ingénierie n’est pas qu’une accumulation de formules mais un outil pour résoudre des problèmes concrets. Cette révélation change son rapport à la discipline. Elle obtient son Bachelor of Science en génie civil. Pas en brillante première de promotion. Mais en femme qui a tenu.

Computech, puis Safaricom : la longue ascension

Avant d’entrer chez Safaricom, Angela Wamola passe par Computech, une entreprise kényane spécialisée en solutions informatiques, où elle prend ses premiers repères dans le monde professionnel technologique. C’est là qu’elle opère le glissement décisif de l’ingénierie civile vers les télécommunications.

En 2011, elle rejoint Safaricom, alors déjà l’un des opérateurs mobiles les plus puissants du continent, porté par le succès mondial de M-Pesa. Elle entre au département IT support. Elle y apprend vite. Les postes se succèdent. Elle monte au département de planification du réseau cœur, puis à la tête du Core Network Planning and Support Department. Elle finit par diriger la Strategy and Planning de la division technologique.

En six ans dans cette direction, elle est la première et unique femme senior de toute l’équipe de direction technologique de Safaricom. La seule. Dans l’une des entreprises les plus influentes du continent. Six ans à prouver, chaque jour, qu’un profil comme le sien pouvait non seulement y être, mais y diriger.

C’est pendant ces années à Safaricom qu’Angela Wamola signe les deux réalisations qui vont marquer son nom dans l’histoire des infrastructures numériques kényanes. Elle pilote la livraison des deux câbles sous-marins qui relient le Kenya au reste du monde, des projets d’envergure continentale qui transforment l’accès au haut débit mobile dans le pays. Elle conduit ensuite le programme de transformation et modernisation IP du réseau Safaricom, qui modernise en profondeur l’architecture technologique de l’opérateur.

Ce n’est pas que du génie technique. Chaque décision engage des millions de dollars, des équipes internationales, des délais que personne ne peut se permettre de manquer. C’est de la stratégie au sens plein du terme : anticiper les besoins de connectivité d’une économie en accélération, convaincre des équipes, négocier avec des partenaires internationaux, tenir des délais sur des projets où chaque jour de retard se chiffre en millions.

Angela Wamola
Angela Wamola, Directrice Afrique de GSMA

En 2011, Angela Wamola fonde le programme Safaricom Women in Technology (WIT). L’idée est simple dans son énoncé, complexe dans son exécution : construire un pipeline de talents féminins dans l’industrie technologique kényane, des salles de classe jusqu’aux postes de direction. Le programme noue des partenariats avec des universités, des écoles secondaires, l’ICT Authority du Kenya et des organisations internationales comme TechnovationGirls. Il fonctionne encore aujourd’hui.

En 2014-2015, elle reçoit le Safaricom Technology HEKO Award, le CEO Award Safaricom Way Heroes, et la reconnaissance de l’ICT Authority du Kenya pour ses contributions aux femmes dans les STEM, lors du Connected East Africa. Entre ses responsabilités chez Safaricom et ses engagements dans le secteur, Angela Wamola complète sa formation par un Executive MBA à la Graduate School of Business de l’Université du Cap, en Afrique du Sud. Une formation qui lui donne les outils pour passer d’une logique d’ingénieure à une logique de dirigeante à l’échelle régionale. C’est cette combinaison qui lui ouvre les portes de la GSMA.

Angela Wamola : la GSMA, 800 opérateurs, un continent à connecter

La GSMA est l’organisation mondiale qui réunit les intérêts de plus de 800 opérateurs mobiles et des acteurs de l’écosystème numérique. Angela Wamola y prend la tête du bureau Afrique subsaharienne. Son rôle ? Coordonner les acteurs de l’industrie mobile dans la région, peser sur les politiques publiques, et accélérer la transformation numérique d’un continent de 1,4 milliard d’habitants.

Elle y arrive avec un constat chiffré qui dérange autant qu’il interroge : 710 millions d’Africains ont accès à un signal mobile mais ne l’utilisent pas pour se connecter à internet. Pas parce que la technologie manque, mais parce que les smartphones restent trop chers, les données trop coûteuses, les politiques fiscales trop restrictives.

Sa réponse à ce paradoxe est franche. Elle le dit à TechAfrica News en juin 2025 : « En Afrique, nous avons beaucoup de politiques et de documents qui dorment dans des couloirs ou des placards. Le vrai défi, c’est la mise en œuvre. Nous n’avons pas besoin de passer 80 % de notre temps à créer davantage de politiques et de stratégies. Nous devrions passer 80 % de notre temps à les appliquer, à les faire respecter, et à fournir les ressources nécessaires. »

Sous sa direction, la GSMA Afrique publie des rapports qui alimentent les décisions politiques, notamment une analyse qui montre que les télécommunications ont contribué directement à hauteur de 8 % au PIB du Nigeria en 2023, et qu’une amélioration de l’environnement réglementaire pourrait générer 15 millions d’utilisateurs internet supplémentaires au Nigeria d’ici 2028.

Angela Wamola ne parle pas de connectivité comme d’une fin en soi. Elle la voit comme un levier pour l’agriculture, la santé, l’éducation, l’emploi des jeunes. Elle remet en question l’obsession pour la 5G dans des marchés où les besoins fondamentaux de connexion ne sont pas encore couverts. Elle milite pour des smartphones abordables, pour que l’accès au numérique ne reste pas un privilège de classe.

L’élève qui échouait en mathématiques à Nairobi dirige aujourd’hui l’agenda numérique d’un continent. Ce n’est pas une métaphore. C’est un fait documenté, et une leçon que l’Afrique ferait bien de retenir.

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