Né à Bournemouth d’un père nigérian et d’une mère kényane, grandi à Zaria dans le nord du Nigeria, Masai Ujiri a traversé le basket professionnel européen sans laisser de trace, pour en ressortir comme l’un des dirigeants les plus influents de la NBA. En mai 2026, il prenait la présidence des Dallas Mavericks. Un sommet atteint après trente ans d’un parcours que rien ne prédestinait. Portrait.
Masai Ujiri n’a jamais été un grand joueur de basketball. Il le sait mieux que quiconque. Et c’est précisément cela qui a tout changé. Grandit à Zaria, dans le nord du Nigeria, nourri de cassettes VHS de la NBA et du modèle d’Hakeem Olajuwon, il a cru longtemps que le terrain était son chemin. Six ans de basketball professionnel en Europe lui ont appris que ce n’était pas là que se trouvait sa place. Ce qu’il a fait de cette découverte-là est toute l’histoire.
7 juillet 1970. Masai Ujiri naît à Bournemouth, en Angleterre. Son père, Michael Ujiri, est administrateur hospitalier et formateur en soins infirmiers nigérian. Sa mère, Paula, est médecin, d’origine kényane. La famille rentre à Zaria quand Masai a deux ans. C’est dans cette ville du nord du Nigeria, chef-lieu de l’État de Kaduna, qu’il grandit et qu’il découvre le basketball.
Il quitte le Nigeria pour rejoindre une école préparatoire à Seattle, aux États-Unis, où il réside chez une famille nigériane. Puis il joue deux ans au Bismarck State College dans le Dakota du Nord, avant d’être transféré à la Montana State University Billings, qu’il quitte après un an pour l’Angleterre.
Il joue six ans professionnellement en Europe, notamment en Angleterre, en Belgique, en Allemagne. Avec les Solent Stars, il aide l’équipe à remporter un titre de quatrième division avec un bilan de 20 victoires pour 2 défaites. Ce n’est pas une carrière brillante. Ce n’est pas non plus une carrière ratée. C’est une carrière qui lui enseigne l’essentiel sur lui-même.
À 30 ans, il reconnaît qu’il n’est pas assez doué pour continuer. « Je n’étais pas assez bon pour continuer une carrière professionnelle, notamment sur le plan des revenus financiers », se souvient-il, lors d’une interview accordée à un média local. Ce moment d’honnêteté radicale, posé à l’aube de la trentaine, va tout changer. Il rentre au Nigeria pour travailler comme entraîneur de jeunes. Puis repart vers les États-Unis.
Masai Ujiri, le pivot qui change tout

Lors d’un match de ligue d’été NBA à Boston, Masai Ujiri rencontre David Thorpe, qui le met en contact avec des entraîneurs universitaires. Il commence comme scout non rémunéré pour le Magic d’Orlando. Une entrée par la petite porte, sans salaire, sans garantie.
En 2004, à 34 ans, il encadre des joueurs africains invités au programme Basketball Without Borders de la NBA à Johannesburg, un camp qui rassemble 100 jeunes athlètes africains pour une semaine de basketball et de formation. C’est là qu’un journaliste américain qui le croise pour la première fois note sa maîtrise, sa bienveillance et son intensité. Masai Ujiri ne recrute pas seulement des joueurs. Il scrute des marchés, comprend tôt que le basketball n’est pas un sport américain exporté dans le monde, mais un sport mondial attendant d’être pleinement intégré.
Il devient recruteur pour les Nuggets de Denver de 2003 à 2007, rejoint les Raptors de Toronto comme directeur du recrutement puis manager général entre 2008 et 2010, avant de prendre le poste de directeur général des Nuggets en 2010. Un poste qui fera de lui le premier Africain à diriger une grande franchise sportive nord-américaine. En 2013, Masai Ujiri est nommé NBA Executive of the Year après avoir construit une équipe des Nuggets qui remporte 57 victoires en saison régulière, un record de franchise.
Il revient à Toronto à l’été 2013 comme décideur principal. Pendant cinq ans, il construit. Puis en 2018, il prend la décision que personne n’attendait : échanger DeMar DeRozan, le meilleur joueur de l’histoire des Raptors, contre Kawhi Leonard. Traîné dans la boue par les médias, pris en grippe par le vestiaire, conspué par certains fans, Masai Ujiri semblait avoir fait le pire choix de sa carrière. Et pourtant. Le 13 juin 2019, les Raptors de Toronto remportent leur premier titre NBA, face aux Golden State Warriors. Sur le parquet de l’Oracle Arena, Masai Ujiri célèbre en drapant un drapeau nigérian vert et blanc sur ses épaules.
Ce soir-là, une image tourne dans le monde entier. Un homme né à Zaria, dans le nord du Nigeria, qui a joué en quatrième division en Angleterre, qui a commencé comme scout non rémunéré, brandit le drapeau de son pays après avoir mené une franchise canadienne au titre de la compétition la plus regardée de la planète basketball.
Giants of Africa, Zaria Group, Dallas

Depuis 2003, en parallèle de toute sa carrière NBA, Masai Ujiri dirige Giants of Africa, l’une des organisations de développement du basketball les plus importantes du continent africain, qui a accompagné des milliers de jeunes joueurs à travers des camps et des programmes de leadership.
Avec Zaria Group, du nom de sa ville d’origine, il développe des complexes sportifs multifonctionnels en Afrique, dont Zaria Court, inauguré à Kigali, premier modèle d’un déploiement continental prévu à grande échelle.
En 2026, Masai Ujiri devient actionnaire principal de Toronto Tempo, nouvelle franchise de la WNBA, aux côtés de Serena Williams, où il pilotera le programme de mentorat Tempo Rising pour les futures entraîneuses et dirigeantes du basket féminin.
En mai 2026, il est nommé président des Dallas Mavericks. Le gamin de Zaria qui shootait en allant au terrain de football est désormais à la tête de l’une des franchises les plus emblématiques de la NBA.
Le basketball lui a donné plus qu’il n’espérait. Il lui rend, depuis vingt ans, avec une méthode qui ressemble à ce qu’il a toujours pratiqué : décision froide, vision longue, paris tenus jusqu’au bout.
