L’Eswatini veut accélérer sa transition énergétique et attirer davantage de capitaux privés. L’annonce d’un projet de centrale solaire de 300 mégawatts, porté par l’homme d’affaires zimbabwéen Wicknell Chivayo, s’inscrit dans cette stratégie. Estimé à 163 millions de dollars, l’investissement pourrait modifier l’équilibre énergétique du royaume, sous réserve de sa concrétisation.
Le royaume d’Eswatini pourrait bientôt accueillir l’un des plus importants investissements privés de son histoire dans le secteur de l’énergie. L’homme d’affaires zimbabwéen Wicknell Chivayo s’est engagé à investir 163 millions de dollars (R3 milliards) pour la construction d’une centrale solaire de 300 mégawatts, quelques jours seulement après avoir reçu la nationalité eswatinienne et un passeport diplomatique des mains du roi Mswati III.
Cette promesse d’investissement, si elle se concrétise, marquerait un véritable changement pour un pays qui cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’Afrique du Sud. L’annonce soulève toutefois des questions sur la faisabilité du projet et sur le profil de son promoteur.
L’annonce a été faite le 23 juin 2026 par le journal local Times of Eswatini, puis relayée par les autorités du royaume. Selon un communiqué gouvernemental, Wicknell Chivayo a été reçu en audience privée par le roi Mswati III le 18 juin, en présence du prince Lindani. Cette visite visait à discuter d’opportunités d’investissement dans les infrastructures et les énergies renouvelables.
En reconnaissance de ses « contributions philanthropiques » en Afrique, le roi a accordé à l’homme d’affaires la citoyenneté eswatinienne et un passeport diplomatique. En retour, Wicknell Chivayo, à la tête de la société Intratrek Holdings basée à Maurice, s’est engagé à investir 163 millions de dollars dans un projet de centrale solaire de 300 MW.
La centrale serait développée en tant que producteur d’électricité indépendant (IPP) sur 120 hectares de terrain mis à disposition par le roi . Cet investissement est présenté par les autorités comme un levier important pour la sécurité énergétique et la croissance industrielle du pays, qui importe plus de 80 % de son électricité d’Eskom, le fournisseur sud-africain.
Une centrale solaire de 300 MW et un contexte local favorable aux énergies renouvelables
Cette promesse s’inscrit dans une dynamique nationale forte. Le gouvernement d’Eswatini a fait de la réduction de sa dépendance énergétique une priorité, avec un programme national ambitieux pour développer la production solaire, la biomasse et même des centrales au charbon . En mai 2026, le projet de centrale solaire Tsamela de 20 MW, développé par le groupe sud-africain Anthem, a atteint sa clôture financière.
L’initiative est devenue la première du genre à franchir cette étape dans le cadre d’un programme plus vaste de l’Autorité de Régulation de l’Énergie d’Eswatini (ESERA). Ce programme prévoit le développement de plusieurs centrales solaires de 10 à 20 MW dans les mois à venir. La promesse de Chivayo, bien que non officiellement intégrée à ce programme, démontre l’attractivité du marché eswatinien pour les grands projets d’IPP.
La nouvelle de ce projet est toutefois accueillie avec prudence, car le passé de Wicknell Chivayo est marqué par des controverses. Son principal véhicule d’investissement au Zimbabwe, Intratrek Zimbabwe, avait remporté en 2015 un contrat estimé entre 172 et 202 millions de dollars pour construire une centrale solaire de 100 MW à Gwanda.
L’entreprise a reçu une avance de 5 millions de dollars de la compagnie d’électricité zimbabwéenne, mais n’a jamais réalisé de travaux de construction significatifs. Chivayo a été arrêté en 2018 pour fraude et blanchiment d’argent en lien avec cette avance, avant d’être acquitté en 2024, les tribunaux estimant que l’État n’avait pas apporté de preuves suffisantes.
Le gouvernement zimbabwéen a annoncé en mars 2025 qu’il examinait ce contrat afin de le relancer sous des termes révisés, un projet toujours en suspens plus de dix ans après sa signature. Plus récemment, Wicknell Chivayo a été cité dans des enregistrements audio qui concernent un contrat de 100 millions de dollars pour la fourniture de matériel électoral à la Commission électorale du Zimbabwe. Une enquête de la commission anti-corruption zimbabwéenne, conclue en décembre 2025, n’a pas trouvé de preuves directes le liant à cette transaction.
Malgré l’absence de détails sur le calendrier, la structure de financement ou les autorisations réglementaires, le porte-parole du roi, Percy Simelane, a défendu la légitimité de l’octroi du passeport diplomatique. Il a déclaré que, en l’absence d’un document judiciaire l’en empêchant, le statut de Wicknell Chivayo reste valide. De son côté, l’homme d’affaires, qui se présente comme un « centi-millionnaire » avec une fortune auto-déclarée qui dépasse les 100 millions de dollars, a affirmé sa volonté d’atteindre le statut de milliardaire.
Si le projet devait se concrétiser, il représenterait un apport considérable pour Eswatini. Toutefois, les promesses passées non tenues de l’investisseur et son image controversée jettent un doute sur la viabilité de ce projet. L’engagement du gouvernement eswatinien à attirer des capitaux pour son indépendance énergétique semble devoir se faire au prix d’une gestion minutieuse des risques de réputation.
