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Côte d’Ivoire : le plan à 423 milliards de FCFA pour éteindre la crise des délestages

Côte d’Ivoire : le plan à 423 milliards de FCFA pour éteindre la crise des délestages

centrale thermique de Songon centrale thermique de Songon
Jean-Christian Turkson, Directeur général de la Compagnie Ivoirienne d'Électricité (CIE).

Face à une demande en électricité qui explose à Abidjan, l’État ivoirien scelle un accord historique avec le géant Energy China pour bâtir la centrale thermique de Songon (372 MW). Un chantier stratégique pour soulager le tissu industriel et sécuriser le réseau national.

L’approvisionnement en électricité est l’un des principaux défis de la Côte d’Ivoire. À Abidjan, la demande augmente de 10 à 14 % par an, tandis que les coupures de courant se sont intensifiées depuis le début de l’année 2026, avec des répercussions directes sur l’activité industrielle. 

Pour renforcer les capacités de production du pays, l’État ivoirien et le groupe chinois Energy China International ont signé, le 1er juin 2026, le Common Terms Agreement relatif à la centrale thermique de Songon. Doté d’une capacité de 372 MW pour un investissement de 423 milliards FCFA, ce projet représente à ce jour l’une des réponses les plus importantes apportées au déséquilibre croissant entre l’offre et la demande d’électricité en Côte d’Ivoire.

La cérémonie de signature s’est tenue à Abidjan, en présence des autorités ivoiriennes, des partenaires financiers et du groupe chinois Energy China International. Le projet représente un investissement global de 423,166 milliards de FCFA, dont 342,129 milliards consacrés à la construction de la centrale elle-même, soit plus de 80 % du coût total.

La future centrale thermique de Songon, alimentée au gaz naturel, aura une capacité installée de 372 MW. Elle produira environ 2,8 milliards de kWh par an, avec une couverture annoncée pour plus de 31 millions de personnes selon les projections communiquées lors de la cérémonie.

L’objectif affiché par les parties est d’atteindre la clôture financière avant la fin de l’année 2026. L’État ivoirien s’est engagé à faciliter les procédures administratives, garantir l’approvisionnement en gaz naturel et assurer l’accès au réseau national de transport d’électricité afin de respecter le calendrier fixé.

Du côté d’Energy China International, le président Qiao Xubin a rappelé que la Côte d’Ivoire occupe une place stratégique dans le portefeuille du groupe, qui y développe plusieurs projets dans l’énergie et les transports pour un volume d’investissements dépassant 3 milliards d’euros. 

Le groupe a mis en avant un modèle intégré combinant financement, construction et exploitation pour assurer la performance du projet. Le financement du Fonds OPEP pour le développement international, 40 millions de dollars annoncés en septembre 2025 pour ce même projet de 372 MW, fait partie des apports qui structurent le montage financier global.

Électricité en Côte d’Ivoire : une demande qui déborde les capacités actuelles

La centrale thermique de Songon ne s’inscrit pas dans une logique d’anticipation lointaine. Elle répond à une pression déjà visible et documentée sur le réseau électrique ivoirien. En février 2026, la consommation a bondi de 14 % par rapport à l’année précédente, sous l’effet des pics de chaleur et de l’afflux de nouveaux abonnés. Abidjan, avec ses six zones industrielles et ses grands chantiers d’infrastructure, voit ses besoins en énergie progresser de 10 % à 14 % par an.

En deux (2) décennies, la Côte d’Ivoire a fait du raccordement à l’électricité une priorité nationale. Le nombre d’abonnés est passé de 1 à 5 millions, avec environ 500 000 nouveaux raccordements par an. Une politique ambitieuse qui a permis d’améliorer considérablement l’accès à l’énergie, mais qui contribue aujourd’hui à saturer le réseau. 

Contrairement à certains pays qui limitent les connexions en attendant de renforcer leurs capacités, les autorités ivoiriennes ont choisi d’élargir rapidement l’accès. Résultat : une demande qui dépasse désormais les capacités de production, de transport et de distribution.

Les autorités rappellent que le temps moyen de coupure est passé de quarante-sept (47) heures en 2011 à dix-huit (18) heures en 2025. Un progrès réel, mais qui cache des épisodes de tensions récurrentes. Des perturbations similaires à celles de début 2026 avaient déjà été enregistrées en 2021 et en 2024.

Face à l’urgence, le directeur général de CI-Énergies a annoncé un plan d’investissement de 700 milliards FCFA (1,2 milliard de dollars) pour moderniser et renforcer le réseau de distribution. Ce plan porte sur la distribution, transporter l’électricité là où elle est consommée, tandis que la centrale de Songon porte sur la production. Les deux chantiers sont complémentaires et simultanément nécessaires.

Un enjeu économique de premier plan et une réponse avec centrale thermique de Songon 

Les industries agroalimentaires, textiles et manufacturières, qui constituent l’épine dorsale de l’emploi formel dans le pays, sont les premières victimes des interruptions intempestives de courant. Les coupures d’électricité sabotent directement l’essor industriel et menacent l’emploi formel. Pour les PME et les artisans qui ne peuvent pas se payer un groupe électrogène, chaque coupure est une perte sèche de chiffre d’affaires.

Pour les ménages, la question dépasse le simple confort. Dans les quartiers populaires d’Abidjan, une coupure de plusieurs heures perturbe la conservation des aliments, empêche les élèves de travailler le soir et expose les familles à une chaleur difficile à supporter. La croissance annuelle moyenne de la consommation nationale d’électricité est estimée à 6,5 % sur la période 2025-2030. Ce qui signifie que chaque année sans nouvelle capacité de production creuse un peu plus l’écart entre l’offre et la demande.

La centrale thermique de Songon s’inscrit dans un cadre stratégique plus large. Le projet est aligné sur les orientations du Plan national de développement (PND) 2026-2030 et sur le Plan directeur de production et de transport de l’électricité, avec une stratégie équilibrée combinant valorisation des ressources gazières nationales et développement des énergies renouvelables : solaire photovoltaïque, biomasse et hydroélectricité.

À plus long terme, les autorités prévoient de multiplier les projets de production, de transport et de distribution via la mobilisation de 15 milliards d’euros d’ici à 2040, en maintenant les engagements de fourniture électrique auprès des pays voisins : Mali, Burkina Faso, Liberia, Guinée et Togo. La position de hub énergétique régional que la Côte d’Ivoire ambitionne de consolider repose entièrement sur sa capacité à produire davantage que ce qu’elle consomme. Un équilibre que la centrale de Songon contribuera à restaurer.

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